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Les huit salopards : Tarantinesque !


Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons. L’un de ces huit salopards n’est pas celui qu’il prétend être ; il y a fort à parier que tout le monde ne sortira pas vivant de l’auberge de Minnie…

  • Réalisateur(s): Quentin Tarantino
  • Acteurs principaux: Samuel L.Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh
  • Date de sortie: 06/01/2016
  • Nationalité: Américaine
Une oeuvre de 2h47...

Une oeuvre de 2h47…

 

 

Réalisateur influent et renommé dans le monde, Quentin Tarantino est un cinéaste qui possède son propre style, que l’on pourrait par un goût prononcé pour de longues scènes dialoguées, entrecoupées de violence soudaine et extrême. Il apprécie également modeler la structure linéaire, en y modifiant sa chronologie. Adulé par certains, décrié par d’autres, Tarantino (l’un des cinéastes les plus cinéphiles) manie en tout les cas un humour noir, voire un côté parodique avec brio. Il n’hésite pas à laisser de côté la vraisemblance réaliste de l’histoire pour l’illusion et le côté spectaculaire et sanguinolant. Ainsi, il a imaginé un attentat contre Hitler dans un cinéma dans « Inglorious Basterds », ou une révolte des esclavagistes dans « Django Unchained ». Après avoir signé des films cultes (ou destinés à devenir cultes) comme « Reservoir dogs » (1992), « Pulp Fiction » (1994), les deux « Kill Bill » (2003 et 2004), « Boulevard de la mort » (2007) et ses deux précédents donc « Inglorious Basterds » (2009) et « Django Unchained » (2012), Quentin Tarantino dégaine donc son huitième long-métrage (présenté tel quel par le cinéaste, même s’il compte les « Kill Bill comme un seul et même film).

« Les huit salopards » a connu un développement houleux et incertain, puisque juste après l’écriture du scénario en janvier 2014 et avant le tournage prévu en juillet de la même année, le scénario fuite sur internet et provoque la colère et la décepion de Tarantino qui décide d’abandonner la réalisation du film, et qu’il va simplement en publier son scénario sous la forme d’un roman. Quelques mois plus tard, il change finalement d’avis en décidant d’y modifier le scénario. Tarantino part avec l’idée d’un huis clos tout à fait intéressant en voulant raconter : « juste un groupe de méchants dans une pièce, se racontant tous des histoires qui peuvent être aussi bien vraies que fausses. Enfermons ces gars ensemble dans une pièce avec un blizzard à l’extérieur, donnons leur des flingues, et voyons ce qui se passe. »

Samuel L.Jackson

Samuel L.Jackson

 

Le début du film accrocheur montrant un cadavre cloué à une croix, faisant évidemment référence au Christ, et tout cela dans des paysages enneigés. Cette première image donne le ton d’un film où le cinéaste s’amuse avec la morale, sur ce qu’il est possible de faire. « Les huit salopards » se décompose en six chapitres, les deux premiers intitulés « Dernière étape vers Red Rock » et « Fils de p… » abordent la rencontre entre un chasseur de primes, Warren avec une dilligence où John Ruth dit « le bourreau » emmène Daisy Domergue « dit la prisonnière » se faire pendre. Puis, le film nous raconte le cheminement vers cette auberge, à cause d’un blizzard les menaçant, au gré d’une nouvelle rencontre avec le futur shérif.

Ces deux premières parties, bien qu’intéressantes dans la présentation du film sont assez longues à mon goût (ce long prologue dure presque 45 minutes!). Puis, le film prend un virage différent lorsque les protagonistes arrivent dans l’auberge d’une certaine Minnie (absente) où vit trois autres personnages mystérieux, et où l’on rentre dans un véritable huis clos enneigé. Dans le troisième chapitre, sobrement intitulé « la mercerie de Minnie » installe le huis clos avec une certaine intelligence voire une certaine prédestination sur leur sort (la porte que les personnages doivent clouer avec deux planches pour qu’elle ne se rouvre pas avec le blizzard, comme si les personnages cloueraient leur propre cercueil). Cette même symbolique de l’enfermement se retrouve aussi chez le spectateur qui se retrouve enfermé dans la grange par les personnages. Après une première surprise que l’on ne révèlera pas, la quatrième partie intitulé « le secret de Domargue » rembobine son récit sur un élément passé inaperçu des autres protagonistes (l’empoisonnement du café où seule Daisy Domergue a vu le coupable) et qui donne lieu à une véritable escalade de violence et d’horreur. Le cinquième chapitre du film, peut-être le plus passionnant et nommé « Les quatre passagers » revient une nouvelle fois en arrière et nous fait mieux comprendre l’ampleur du piège, aperçu lors du chapitre précédent. Enfin, le final « Homme noir, enfer blanc » nous témoigne de la manière dont cette sympathique auberge devient un véritable enfer.

Comme souvent chez Tarantino, le final donne lieu à un véritable déferlement de violence (même si celle ci me semble plus diffuse sur l’ensemble du film que d’habitude). On retrouve tout ce qui fait la patte du cinéaste : des dialogues crus donnant lieu à un humour millimétré, une ambiance western savoureuse, des rebondissements imprévisibles, une mise en scène bien pensée et rythmée, le tout porté par un casting de haute volée. C’est aussi des paysages hivernaux magnifiques donnant lieu l’impression de se draper dans un film old-school, terriblement rafraichissant. Même chose pour cette partition absolument géniale d’Ennio Morricone, qui reste durablement en tête et porte de son empreinte ce film. Cette fausse adaptation des « Dix petits nègres » d’Agatha Cristie est peut-être l’un de ses films les plus sombres du cinéaste, en nous présentant ces huit anti-héros, ces huit personnages détestables. Malgré tout, le film n’a pas la même tension que l’on pouvait ressentir presque viscéralement dans « Inglorious basterds » par exemple, et l’on regrette que le film dure si longtemps (2h47) alors qu’il aurait largement pu se contenter des 2 heures, à cause d’un prologue trop mollasson et certaines scènes dialoguées inintéressantes. Au final, un film terriblement « tarantinesque ».

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SCENARIO 77%
MISE EN SCENE 85%
ACTEURS 84%
BANDE SON 94%
PHOTOGRAPHIE 83%
APPRECIATION GENERALE 83%
Vote final

Plus sombre encore que ses précédents films, la nouveau film fleuve de Quentin Tarantino vaut indéniablement le coup, car malgré ses scènes dialoguées trop longues, "Les huit salopards" est un huis clos foisonnant, riche, violent bien entendu, et qui contient tout ce qui fait la patte du cinéaste, avec une bande son de Morricone génialissime. Pour résumer, terriblement "tarantinesque"...

Note finale 84%