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Les cowboys : Saisissant !


Une grande prairie, un rassemblement country western quelque part dans l’est de la France. Alain est l’un des piliers de cette communauté. Il danse avec Kelly, sa fille de 16 ans sous l’oeil attendri de sa femme et de leur jeune fils Kid. Mais ce jour là Kelly disparaît. La vie de la famille s’effondre. Alain n’aura alors de cesse que de chercher sa fille, au prix de l’amour des siens et de tout ce qu’il possédait. Le voilà projeté dans le fracas du monde. Un monde en plein bouleversement où son seul soutien sera désormais Kid, son fils, qui lui a sacrifié sa jeunesse, et qu’il traîne avec lui dans cette quête sans fin.

  • Réalisateur(s): Thomas Bidegain
  • Acteurs principaux: François Damiens, Finnegan Oldfield, Agathe Dronne
  • Date de sortie: 25/11/2015
  • Nationalité: Française
Un François Damiens saisissant dans un drame terrifiant d'actualité

Un François Damiens saisissant dans un drame terrifiant d’actualité…

Scénariste du film multi-césarisé « Le prophète » de Jacques Audiard en 2008, Thomas Bidegain signe ici son premier long-métrage, avec il faut le dire, une réelle prise de risque sur son scénario. Même si le film peut ressembler fortement au célèbre western « La prisonnière du désert » de John Ford, le néo-cinéaste l’adapte dans une version plus contemporaine, autour du terrorisme. Alors que le thriller brûlant « Made in France », film sur l’infiltration d’un journaliste dans une filière djihadiste a été déprogrammé suite aux attentats du 13 Novembre, et avant « Taj Mahal » qui relatera l’attentat contre un hôtel à Bombay (et qui est lui bien maintenu), on retrouve donc ce film qui a le mérite d’aborder ce sujet d’une manière totalement originale.

En racontant la recherche incessante de Kelly par son père et son frère, après que celle ci a disparue brutalement et mystérieusement du rassemblement annuel du country-club, et où tout laisse penser qu’elle est partie faire le djihad, Bidegain étale son récit de 1994 (à l’époque où comme un personnage le dit si bien « on ne savait pas que ça existait) jusqu’au début des années 2010, avec comme principaux marqueurs temporels, les principaux attentats du début du XXI siècle (le 11 septembre, les attentats de Madrid et Londres) qui apparaissent par les écrans de télévision. Mais contrairement à son titre « chevaleresque », « Les cowboys » n’est pas un thriller haletant, mais une aventure humaine autour d’une famille brisée qui parvient sans cesse à surprendre le spectateur en changeant de registre très rapidement.

Découpé en deux parties, l’une juste après la fuite de Kelly où l’on suit la quête désespérée du père (interprétée par un François Damiens bluffant, à milles lieues de ses caméras planquées), la seconde partie s’intéresse au prolongement de son fils pour savoir où est sa soeur, avec la vraie révélation du film Finnegan Oldfied, que l’on retrouvera très vite surement. Au milieu de ces deux parties, un twist étonnant particulièrement inattendu. On sent clairement toute l’influence qu’a pu avoir Audiard sur Bidegain, tant ce mélo à la fois familial et politique se révèle au plus proche des sentiments humains. Dans cette variation autour du gentil et du méchant (d’où la référence aux cowboys et aux indiens, comme pour montrer la seule référence connue de la guerre entre gentils et méchants à l’époque), le cinéaste propose un réel point de vue de mise en scène, en montrant subtilement le sacrifice d’une jeune génération, les souffrances souterraines liées aux incompréhensions des uns et des autres, touchés par cet évènement. Certes, le film souffre de quelques maladresses souvent inhérentes aux premiers films, liés surtout à ellipses trop présentes de passages importants qui vient désarçonner sans cesse le spectateur, qui a tendance à manquer de repères dans ce film. Néanmoins, on gardera longtemps en tête ce final silencieux bouleversant qui dit tout sans avoir besoin de dire quelque chose.

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SCENARIO 82%
MISE EN SCENE 78%
ACTEURS 88%
BANDE SON 77%
PHOTOGRAPHIE 84%
APPRECIATION GENERALE 86%
Vote final

Co-scénariste de Jacques Audiard, Thomas Bidegain prouve avec sa première réalisation qu'il a été formé à la bonne école. De ce drame familial qui se transforme en transmission générationnelle, sur fond de djihadisme, "Les cowboys" se révèle saisissant et parfois bouleversant, malgré quelques maladresses, excusables pour un premier long-métrage.

Note finale 82%