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L’ennemi de la classe : Une réflexion fascinante


À l’arrivée de leur professeur principal remplaçant, une classe de sympathiques lycéens se trouve confrontée à une discipline accrue et à un enseignement plus austère. Ce professeur d’allemand concentre vite toutes les critiques. Les élèves mènent ouvertement la fronde. La tension monte, et quand une jeune fille de la classe se suicide, la responsabilité du professeur parait indiscutable aux yeux de ses camarades. L’escalade des provocations ne fait alors que commencer, laissant les autres enseignants dépassés par les événements et les élèves face à toutes leurs violentes contradictions.

  • Réalisateur(s): Rok Bicek
  • Acteurs principaux: Igor Samobor, Barbara Gracner, Tjasa Zeleznik
  • Date de sortie: 04/03/2015
  • Nationalité: Slovène
Le deuil au centre du film

Le deuil au centre du film

Sorti en 2013 en Slovénie (avec un grand succès public inattendu), « L’ennemi de la classe » présente la particularité de n’âtre sorti que deux ans plus tard chez nous, avec une distribution discrète. Premier film du jeune réalisateur Rok Bicek, « L’ennemi de la classe », histoire vraie vécue par le cinéaste, présente une confrontation entre une classe de sympathiques lycéens, mais chouchoutés et quelque peu indisciplinés, et un professeur d’allemand remplaçant un congé maternité, aux méthodes plus rudes. Un énième film sur l’école ?? Oui, mais non ! Si l’on pense instinctivement au film de Laurent Cantet « Entre les murs » dans la confrontation élèves-prof, le film ne traite pas directement de l’éducation ou sur un choc des cultures , mais aborde essentiellement le travail de deuil (et les différents points de vues) autour du suicide de l’une des camarades. Autour du caractère si rude du professeur (remarquons la formidable performance d’Igor Samobor), la situation se cristallisera autour de lui pour devenir explosive au fur et à mesure du film.

La grande force du film est de ne pas porter de jugement sur l’une et l’autre des parties, il n’y a pas de méchant dans ce film. Rok Bicek s’abstient de toute caricature, et parvient à nous faire comprendre la psychologie des élèves et celle du professeur également. En suivant avant tout le phénomène du groupe qui se lie contre le professeur, accusé de tous les maux (accusé du suicide de Sabina, de ne pas avoir de coeur, d’être nazi). Par la psychologie creusée des vivants (les raisons du suicide de Sabina resteront mystérieuses), « L’ennemi de la classe » est un film intelligent, complexe, et mettant l’accent sur un engrenage et le phénomène d’enchaînement des lycéens les uns aux autres. Si le film peut parfois comporter des longueurs et un léger sur-place (le film dure tout de même 1h52), il n’en demeure pas moins une histoire fascinante, qui ne juge personne. On pense beaucoup d’ailleurs au phénomène d’identification qui a suivi les attentats de Charlie Hebdo, et son slogan « Je suis Charlie », particulièrement dans la scène où les lycéens mettent un masque représentant le visage de la lycéenne décédée.

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SCENARIO 82%
MISE EN SCENE 87%
ACTEURS 84%
BANDE SON 69%
PHOTOGRAPHIE 86%
APPRECIATION GENERALE 82%
Vote final

Loin d'être un film mineur, "L'ennemi de la classe", premier film du cinéaste slovène Rok Bicek nous propose une réflexion fascinante sur le travail de deuil au travers du phénomène d'identification à un drame. Sans juger personne, le film parvient à concilier les deux points de vues avec une mise en scène intelligente, habile et complexe.

Note finale 81%