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Le lendemain : Sur les pas d’Haneke…


Film avec avertissement pour le jeune public
John, encore adolescent, rentre chez son père après avoir purgé sa peine de prison et aspire à un nouveau départ. Mais la communauté locale n’a ni oublié, ni pardonné son crime. Sa présence attise les pires pulsions chez chacun, l’atmosphère devient menaçante, proche du lynchage. Rejeté par ses anciens amis et abandonné par ses proches, John perd espoir et la violence qui l’a conduit en prison refait peu à peu surface. Dans l’impossibilité d’effacer le passé, il décide d’y faire face.

  • Réalisateur(s): Magnus Von Horn
  • Acteurs principaux: Ulrik Munther, Mats Blomgren, Alexander Nordgren
  • Date de sortie: 01/06/2016
  • Nationalité: Polonaise, Suédoise et Française

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Présenté lors de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes en 2015, « Le lendemain » a vu sa date de sortie déplacée de décembre à juin, et nous donne l’occasion de suivre le premier long-métrage du jeune réalisateur suédois de 32 ans, Magnus Von Horn. Le réalisateur adapte une histoire vraie, celle d’un adolescent de 15 ans ayant étranglé sa petite-amie après que celle-ci l’ait quitté pour un autre. Avant son report dans sa date de sortie, j’ai été fortement intrigué par cette affiche à la fois sublime et mystérieuse, où l’on y voit une photo de classe où le visage d’un des lycéen est griffonnée, sur des tons bleus et gris. Cette affiche qui traduit un non-dit et en même temps une violence et une rancœur illustre parfaitement l’atmosphère du film, opaque et intrigante.

On y suit donc John, qui semble sortir d’on ne sait où (on pense qu’il part ou qu’il revient de vacances), mais on comprend qu’en réalité,qu’ il sort de prison. On ignore complètement pendant une bonne partie du film quel était son crime, mais l’essentiel pour Magnus von Horn n’est pas de retranscrire un meurtre, mais de démontrer comment John va être rejeté par sa communauté, lorsque celui ci revient chez son père et son petit-frère. Dès les premières minutes, on assiste véritablement à la naissance d’un cinéaste, où la précision de la mise en scène de Magnus von Horn est assez saisissante. Dans sa manière de cadrer cet ado qui sort de prison, où John n’apparaît jamais dans les reflets et les rétroviseurs de la voiture comme pour souligner l’absence de son visage , on comprend dans sa mise en scène que sa réhabilitation s’avérera impossible. Tout le film tournera d’ailleurs autour de ce mystère sur les raisons de l’incarcération de John, et cette surprise de la part des villageois de cette bourgade de voir revenir celui qui est considéré comme le « banni ».

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Marqué par une tension sous-jacente permanente, « Le lendemain » dégage une atmosphère assez oppressante où John est confronté au regard des autres, de ses camarades de classe hostiles à son retour et réclamant son expulsion, mais aussi de la difficulté de la part de sa famille à le réintégrer après cette absence de deux ans. Le film pose avant tout la question du droit ou non pour quelqu’un qui a tué d’avoir une seconde chance, et de cette impossibilité d’une partie de la communauté à pardonner (on repense souvent d’ailleurs au film « La chasse » sur cet homme accusé à tort de pédophilie, confronté au rejet des autres). Émotionnellement puissant, le film avance à petits pas et ne donne pas toutes les clés (ce qui peut parfois paraître frustrant) comme l’absence inexpliquée de la mère entre autres, mais néanmoins, l’attachement de la part du cinéaste à tordre la notion de « gentil et de méchant » totalement trouble ici, et cette tension de tous les plans forment un drame prenant et inquiétant, où l’on découvre aussi ce jeune acteur Ulrik Munther (star de la chanson dans les pays scandinaves mais jouant ici son premier rôle).

 

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SCENARIO 82%
MISE EN SCENE 89%
ACTEURS 86%
BANDE SON 71%
PHOTOGRAPHIE 88%
APPRECIATION GENERALE 87%
Vote final

Même si le film est imparfait (n'oublions pas que c'est un premier film), « Le lendemain » confine au coup de maître dans ces rapports humains en ébullition tout en marquant une extrême pudeur, dans sa construction narrative où la violence est prête à exploser à tout moment, mais surtout dans sa mise en scène. Le film, où le spectateur sera constamment dans l'inconfort, est notamment marqué par le jeu du hors-champ extrêmement présent, laissant planer l'ombre de Michael Haneke. Souhaitons à Magnus von Horn, le même chemin que l'illustre cinéaste autrichien.

Note finale 83%