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Le fils de Saul : Plongée dans l’horreur


Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau.
Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

  • Réalisateur(s): Laszlo Nemes
  • Acteurs principaux: Géza Rohrig, Levante Molnar, Urs Rechn
  • Date de sortie: 04/11/2015
  • Nationalité: Hongroise
Plongée dans l'horreur...

Plongée dans l’horreur…

Vu en avant-première lors d’une invitation à une journée de prévisionnement le 10 Septembre dernier.

Après être passé à deux doigts de la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes (au détriment de « Dheepan » de Jacques Audiard) mais « se contentant » du Grand Prix (soit le 2ème film plus important), le premier film hongrois Laszlo Nemes débarque dans nos salles. Se présentant comme « l’anti-Liste de Schneider », « Le fils de Saul » présente un cadre narratif et filmique pour le moins oppressant, le camp de concentration, dont Nemes adopte le format carré, à l’instar de « Mommy » de Xavier Dolan (mon film chouchou de 2014). Puissante et chargé de sens, la scène d’introduction nous place au coeur du camp de concentration nazie, au travers de Saul, Juif qui fait parti du Sonderkommando, une faction que les nazis forcent à retirer les corps des camps. Saul croit reconnaitre parmi les corps, son fils. L’est-ce réellement ou une représentation psychologique ?

Presque épique, « Le fils de Saul » suit ce parcours à la fois horrifiant et fluide de cet homme vis à vis de cette société sombre. La grande force de ce film réside en cette mise en scène accrocheuse et novatrice dans un monde déstructurée. En jouant sur le travail du flou, Nemes crée un cadre empreint de maîtrise, le tout en filmant en gros plan le personnage de Saul, qui débouche sur une immersion totale au coeur de l’horreur. Ce film ne doit pas se regarder sous un angle strictement narratif (au risque de décevoir), mais rend compte avec foisonnement, de l’inhumanité totale et de la perte totale de l’individuation, les corps sont appelés « des pièces » et sont filmés tels des morceaux de viande morts, sans aucune incarnation. Rigoureux dans sa forme, évanescent et maîtrisé dans sa plastique, « Le fils de Saul » est une réelle leçon de mise en scène, qui prouve que Nemes a toute sa place dans le cercle très fermé des cinéastes talentueux à suivre de très près à l’avenir.

La quête de Saul pour trouver une sépulture et surtout un rabbin pour pouvoir enterrer avec décence celui qu’il reconnaît être son fils (et dont on ne saura jamais réellement si c’est le cas ou non) est touchante et Nemes suit quasi-constamment Saul en plan-séquence de dos, ce qui donne cette impression de traque et de caméra qui colle à la peau du personnage, à l’inverse d’autres films qui suivent le personnage de loin seul dans la destruction. Ici, c’est le personnage qui semble guider la caméra et qui devient une fenêtre sur le monde. On peut seulement regretter un certain épuisement du procédé, créant une sensation d’hypnose assez fatigante pour le spectateur (voulue ou non) mais aussi une volonté jusqu’au boutiste de Nemes, rendant sa dernière partie à la fois terrible mais aussi trop appuyée. Néanmoins, par sa mise en scène et sa photographie soignées, le film et plus globalement le cinéma de Laszlo Nemes demeure un film-bulle passionnant, riche et prometteur.

EXTRAIT DU FILM :

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SCENARIO 74%
MISE EN SCENE 87%
ACTEURS 79%
BANDE SON 83%
PHOTOGRAPHIE 86%
APPRECIATION GENERALE 83%
Vote final

Rigoureux dans sa forme, appliqué et maîtrisé dans sa plastique, "Le fils de Saul" est une réelle leçon de mise en scène. Malgré ses quelques défauts narratifs et un certain épuisement de son procédé, le film montre un monde-bulle passionnant, riche au travers du regard d'un homme relégué au rang de "pièce vivante" dans un monde en ruines.

Note finale 82%