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Le ciel attendra : Le film coup de poing de la rentrée !


Sonia, 17 ans, a failli commettre l’irréparable pour « garantir » à sa famille une place au paradis. Mélanie, 16 ans, vit avec sa mère, aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Elle tombe amoureuse d’un homme sur internet. Elles pourraient s’appeler Anaïs, Manon, Leila ou Clara, et comme elles, croiser un jour la route de l’embrigadement…Pourraient-elles en revenir ?

  • Réalisateur(s): Marie-Castille Mention Schaar
  • Acteurs principaux: Sandrine Bonnaire, Clotilde Courau, Yvan Attal
  • Date de sortie: 05/10/2016
  • Nationalité: Française

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« Le ciel attendra » est la quatrième long-métrage de Marie-Castille Mention-Schaar qui s’était illustré avec trois premiers films très différents les uns des autres. Sa carrière de réalisatrice a débuté en 2011 avec « Ma première fois » sur un premier émoi amoureux entre deux jeunes adultes, avant d’enchaîner avec une comédie sociale « Bowling ». Mais son meilleur film fut son précédent : « Les héritiers » sorti en 2014, où l’on suivait une prof qui décide de faire passer un concours national d’histoire à sa classe de seconde. La cinéaste poursuit encore plus sa quête de raconter le réel par le biais d’un sujet d’actualité brûlant : la radicalisation djihadiste. Mais pour illustrer son propos, Marie-Castille Mention-Schaar s’est intéressé à l’embrigadement de deux filles, jouées par deux actrices Noémie Merlant et Naomi Amarger, qui jouaient toutes les deux dans « Les héritiers ». De par son sujet si délicat, le tournage du film a forcément été particulier, d’autant que celui ci a commencé seulement trois jours après les attentats du 13 novembre. La cinéaste a d’ailleurs hésité à tout annuler, comme elle l’explique : « On était tous complètement bouleversés de faire ce film qui cherche à explorer l’intimité de deux jeunes filles qui ont, ou vont, basculer dans le fanatisme, au moment où la France était à nouveau massivement atteinte dans sa chair. Comprendre n’est en rien excuser. Mais il devenait encore plus urgent pour moi d’essayer de comprendre. »

« Le ciel attendra » prend la position de croiser deux sorts inversés : celui de Sonia, en voie de déradicalisation après avoir failli commettre un attentat, et celui de Mélanie, une jeune femme pleine de vie, qui va tomber sous les griffes d’un homme, se présentant comme un « prince » sur Facebook. Si l’on met un peu de temps pour comprendre les liens entre les personnages, qui ont étés complexifiés par le scénario, le film parvient à nous captiver sur le fonctionnement terrifiant et bien huilé de la radicalisation où tout le monde paraît vulnérable. Face à ce phénomène complexe, la cinéaste fait tout pour éviter tout amalgame entre l’islam et le terrorisme. Pour cela, elle a fait appel à Dounia Bouzar, une figure médiatique, qui a collaboré au scénario et qui interprète son propre rôle, celle d’une directrice d’un centre de déradicalisation qui va tenter de confronter les idéologies des jeunes femmes embrigadées avec celles de l’islam. Chaque personnage musulman du film pratique sa religion de manière modérée, le djihadisme ne passant que par la conversion, avec ces deux jeunes femmes.

En bousculant nos préjugés, « Le ciel attendra » prend le temps d’essayer de comprendre un phénomène qui donne le tournis. On s’intéresse particulièrement au personnage de Mélanie, qui au début du récit est une ado généreuse, qui fait des dons pour des associations en Afrique, joue du violoncelle, est ouverte sur le monde et qui aime sa grand-mère. C’est la perte de cette dernière et une mauvaise relation qui va faire basculer la jeune fille. On va suivre son inexorable radicalisation, de la même manière que Sonia est remise sur les rails d’une vie non-violente. Extrêmement documenté, le film est fascinant par sa manière de montrer les divers paliers de radicalisation et d’y dévisager les multiples raisons qui les poussent vers leur mission macabre, tout en ne montrant jamais le visage de ces rabatteurs, simplement par la voix-off qui agit comme une force non palpable et quasi-mystique. La mise en scène de Marie-Castille Mention-Schaar est d’ailleurs une grande réussite, par le découpage à l’intérieur du plan, la photographie, les gros plans, elle y capte l’essence du récit, où derrière la luminosité et la vie se cache une facette plus sombre.

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SCENARIO 84%
MISE EN SCENE 86%
ACTEURS 83%
PHOTOGRAPHIE 85%
BANDE SON 83%
APPRECIATION GENERALE 84%
Vote final

Reconnu comme un « outil pédagogique » par l'Education nationale, « Le ciel attendra » agit comme un véritable film coup de poing, qui explore ce sujet de la radicalisation djihadiste de manière documentée. Même si le film est parfois confus dans sa gestion des personnages secondaires et comporte quelques longueurs, on est saisi par ce long-métrage puissant, constamment pesant et sans pathos.

Note finale 84%