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Le challat de Tunis : Entre fiction et documentaire


En 2003, un homme sur une moto, une lame de rasoir à la main, balafre les plus belles paires de fesses des femmes qui arpentent les trottoirs de Tunis. On l’appelle le Challat, la lame.

  • Réalisateur(s): Kaouther Ben Hania
  • Acteurs principaux: Mohamed Slim Bouchiha, Jallel Dridi, Moufida Dridi
  • Date de sortie: 01/04/2015
  • Nationalité: Tunisienne,française,canadienne, émirats arabe unis
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Présenté lors du 34ème Festival international du film d’Amiens, « Le challat de Tunis » est le premier film vu dans le cadre de la compétition internationale et le seul représentant africain (le film étant « en partie » tunisien). Il s’appuie sur un fait réel, qui s’est déroulé en 2003 où un homme à moto « s’amusait » à balafrer les plus belles paires de fesses de femmes se promenant à Tunis.

Le film se présente sous une forme tout à fait originale et mêle deux genres souvent opposés dans le cinéma, à savoir la fiction et le documentaire. (Certains films ont déjà montré cette frontière s’amincissant de plus en plus comme « La vierge, les coptes et moi » de Namir Abdel Messeeh en 2012). Non seulement, on retrouve deux genres qui se mélangent mais ils s’entrecroisent constamment dans le film, de l’un dans l’autre, ou de l’un vers l’autre. Le début du film qui met en scène une étudiante en cinéma qui pour le besoin de son film part à la recherche du véritable challat et ceux qui l’ont connu. De cette enquête quasi-policière, la réalisatrice Kaouther Ben Hania qui se met en scène fait bifurquer son film puisqu’il devient à la fois un film de témoignage des femmes agressés, et prend le pouls de la société tunisienne, post-révolution arabe mais toujours plombé par le poids des traditions.

le mensonge comme l'arme du film!

le mensonge comme l’arme du film!

Le film est très réussi lorsqu’il déploie le mensonge comme l’axe fondamental du film, aussi bien dans sa forme que dans son fond. Sur la forme, le casting qu’organise la réalisatrice pour engager quelqu’un pour « jouer » le challat de Tunis (et qui emprunte une forme de « fausse-fiction ») s’interrompt brutalement lorsqu’un homme entre dans la pièce (le t-shirt de « Scarface » bien en évidence) et prétend être le véritable challat, et qui illustre un basculement du film dans le faux-documentaire.

L’art du faux qui caractérise bien se trouve matérialisé par deux points précis du film, tout d’abord le jeu vidéo que développe un personnage pour profiter financièrement de ce fait divers (le joueur doit scarifier des fesses des passantes, en évitant à tout prix les policiers et surtout de ne pas toucher aux femmes voilées, car ça fait perdre des points!). Cette scène, une des plus drôles du film (il ne faut s’y tromper d’ailleurs, le film est bien plus drôle qu’on ne le croit!) s’accompagne d’une réflexion plus amère sur le poids des traditions, en particulier religieuses que soulève le film (certains hommes n’hésitant pas à affirmer leur accord avec le challat, lesquels rejetant sur les tenues trop sexy des femmes). Il est parfois dommage que le film perd parfois d’intensité en cours de route, mais l’ensemble s’avère convaincant.

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SCENARIO 78%
MISE EN SCENE 75%
ORIGINALITE 91%
APPRECIATION GENERALE 86%
Vote final

Premier film en compétition présenté au FIFAM 2014, "Le challat de Tunis" est une réussite dans son mélange des genres entre fiction et documentaire, et en abordant avec subtilité l'art du faux dans une société en reconstruction, après les révolutions des printemps arabes.

Note finale 82%