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Le 15h17 pour Paris : Quand fiction et réalité ne font plus qu’un


Dans la soirée du 21 août 2015, le monde, sidéré, apprend qu’un attentat a été déjoué à bord du Thalys 9364 à destination de Paris. Une attaque évitée de justesse grâce à trois Américains qui voyageaient en Europe. Le film s’attache à leur parcours et revient sur la série d’événements improbables qui les ont amenés à se retrouver à bord de ce train. Tout au long de cette terrible épreuve, leur amitié est restée inébranlable. Une amitié d’une force inouïe qui leur a permis de sauver la vie des 500 passagers …  
  • Réalisateur(s): Clint Eastwood
  • Acteurs principaux: Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Spencer Stone
  • Date de sortie: 07/02/2018
  • Nationalité: Américaine

Contrairement au cinéma français qui peine à mettre en scène les événements tragiques (en témoigne le téléfilm ajourné sur l’attentat du Bataclan), le cinéma américain n’hésite pas à retranscrire les faits dramatiques et traumatiques de notre histoire récente. Cette semaine, deux films traite de deux attentats, l’un qui a malheureusement eu lieu « Stronger » (traitant de la double explosion sur la ligne d’arrivée du marathon de Boston, en suivant l’un des survivants Jeff Bauman). Celui ci traite de l’attentat évité le 21 août 2015 dans le train Thalys reliant Bruxelles et Paris. Ce jour là, un terroriste sur-armé fut désarmé de justesse par une poignée de voyageurs, parmi lesquels trois américains qui voyageaient à travers l’Europe.

Tout au long de sa carrière, Clint Eastwood a souvent valorisé l’héroïsme américain, d’abord en tant qu’acteur, puis en tant que réalisateur. Après avoir touché au western (Impitoyable), le film de guerre (Mémoires de nos pères, Lettres d’Iwo Jima), le drame (Gran Torino, L’échange, Au-delà), Clint Eastwood poursuit une sorte de trilogie qui met en avant le héros américain ordinaire qui dans des conditions extraordinaires ont permis de sauver des vies. Cette « trilogie » est composée par ses deux derniers films : « American sniper » où l’on suivait le tireur d’élite Chris Kyle qui se démenait en Irak, et « Sully » où Tom Hanks incarnait le pilote de ligne Sullenberger se démenant pour poser son avion dans le lac gelé de l’Hudson en 2009.

« Le 15h17 pour Paris » est un étonnant objet de cinéma, qui peut cliver par son approche et son résultat. Clint Eastwood a d’abord fait appel aux héros du Thalys, ces trois amis Anthony, Alek et Spencer, ainsi que Mark Moogalian, mais aussi de nombreux passagers et secouristes. Beaucoup ont acceptés de faire parti de ce film « carthasis » dont la promo qui nous promettait un thriller peut nous induire en erreur. Non, « Le 15h17 pour Paris » ne nous plonge pas pendant 1h30 dans ce Thalys, mais se trouve être davantage un film sur l’amitié. On pourrait dire qu’il y’a un peu tromperie sur la marchandise, et où l’attente de la reconstitution de l’attentat ne nous ait montré d’abord sous forme de flash-back de quelques secondes, avant la scène ne durant à l’écran pas plus de 10 minutes.

En réalité, « Le 15h17 pour Paris » se concentre davantage sur l’amitié de ces trois américains ordinaires, de leur enfance tumultueuse où ils faisaient les 400 coups, à leur voyage en Europe. Si le film comporte énormément de longueurs, ce nouveau film de Clint Eastwood passionne par moments, dans le pouvoir indicible du destin. Comment ces américains se sont retrouvés dans ce Thalys, alors que leur parcours scolaire était désastreux, que leurs revenus n’étaient pas très élevés, que de nombreux étrangers leur déconseillaient de se rendre à Paris. On suit particulièrement le destin de Spencer (le personnage le plus mis en avant du film) : un enfant bouboule décidant de se rendre dans l’armée pour devenir soldat et apprendre les maniements du combat, avant de sentir qu’un destin hors norme l’attendrait. Evidemment, beaucoup vont en voir une publicité gigantesque pour l’armée avec un discours pro-Trump, sauf que le film n’est que la mise en avant d’une histoire vraie, où tous les faits relatés sont exacts. On ne peut nier l’importance que l’armée a eu sur ces trois américains dans l’arrestation de ce terroriste. Dans ce film, on prend conscience que chaque décision de notre vie, chaque choix peuvent avoir une répercussion décisive dans sa vie. Ce discours percutant se fond dans un film simple dans son déroulement, sincère avec les positions du cinéaste. Le final avec les images d’archives nous montrant la réception des héros par François Hollande, avec un discours humaniste universel et profond est un hommage à sa juste valeur sur le sens de l’héroïsme.

 

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SCENARIO 63%
MISE EN SCENE 64%
ACTEURS 78%
PHOTOGRAPHIE 68%
BANDE SON 61%
APPRECIATION GENERALE 62%
Vote final

Drôle d'objet cinématographique certes mal fagoté et avec beaucoup de longueurs, "Le 15h17 pour Paris" est toutefois un vibrant hommage aux héros du Thalys. Loin d'être un thriller déchaîné et tendu, le nouveau film de Clint Eastwood est davantage un ôde à l'amitié et à l'armée qui ont permis de sauver des centaines de vies. Si le discours ultra-patriotique peut parfois agacer nos sensibilités européennes et que le manque de point de vue se fait ressentir, la force du destin où chacun de nos choix a des influences sur notre futur passionne.

Note finale 66%