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La vanité : Tempête sous un crâne


David Miller veut en finir avec sa vie. Ce vieil architecte malade met toutes les chances de son côté en ayant recours à une association d’aide au suicide. Mais Espe, l’accompagnatrice, ne semble pas très au fait de la procédure alors que David Miller tente par tous les moyens de convaincre Tréplev, le prostitué russe de la chambre d’à côté, d’être le témoin de son dernier souffle, comme la loi l’exige en Suisse. Le temps d’une nuit, tous trois vont découvrir que le goût des autres et peut-être même l’amour sont des sentiments drôlement tenaces.

  • Réalisateur(s): Lionel Baier
  • Acteurs principaux: Carmen Maura, Patrick Lapp, Ivan Georgiev
  • Date de sortie: 02/09/2015
  • Nationalité: Suisse, français
Une chronique douce-amère originale

Une chronique douce-amère originale…

L’année dernière, je vous avais parlé du formidable documentaire suisse « L’abri » de Fernand Melgar, qui faisait parti de mes films préférés de l’année passée. Assez rare dans nos salles hexagonales, le cinéma helvète produit un nouveau film, dans une construction différente. Point question de documentaire ici, mais une comédie dramatique d’un point de départ très sombre : David Miller veut mourir et il fait appel pour cela à Espe, une accompagnatrice espagnole. Mais comme la loi l’exige, il faut un témoin, et le fils de David tardant à venir, le vieil homme fait appel à son voisin de motel, un prostitué russe Constantin. C’est le point de départ du film, dans ce lieu clos et obscur d’un motel miteux sur le point de fermer.

Empreint d’une grande mélancolie, cette comédie douce-amère traite de sujets aussi sérieux (la fin de vie, la prostitution) de manière singulière qui dédramatise la situation, par certaines situations cocasses et sensibles. La grande partie du film qui se déroule en huis clos est empreint d’une grande théâtralité qui peut parfois agacer par sa symbolique exagérément appuyée (le rideau rouge). Après 45 minutes plûtot réussies dans la façon dont ces trois êtres si différents apprennent à s’appréhender et se découvrent les uns par rapport aux autres, le tout dans un microcosme fascinant.

Malheureusement, le film s’entête dans sa dernière demie-heure à s’enfermer à la fois dans sa forme, mais aussi dans son récit alternant des flashs-back souvent inutiles ou redondants. On ne peut en revanche que saluer la performance sincère et enjouée de ces trois comédiens (en particulier Carmen Maura). Dommage que ce cruel manque de fantaisie dans la caractérisation des personnages l’emporte parfois dans un récit qui pourrait être meilleur. Alors même que le récit regorge d’idées intéressantes, comme ce rapport à l’art (et cette oeuvre « Les ambassadeurs » avec le crâne caché) et le film s’amuse à mettre en situation le physique et l’art, le premier se cognant au second, plus fort que lui et révélant toutes les faces des personnages. La fin du film traîne également en longueurs vers la fin lorsque les personnages sortent du huis clos alors même que le film est pourtant très court (1h15)

 

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SCENARIO 71%
MISE EN SCENE 61%
ACTEURS 68%
BANDE SON 63%
PHOTOGRAPHIE 72%
APPRECIATION GENERALE 61%
Vote final

Petit film helvète sans prétention (malgré son titre générique), "La vanité" est une comédie douce-amère, empreinte d'une grande théâtralité. Tantôt fascinante, tantôt agaçante, cette chronique reste toujours sur le fil avec malice une bonne partie du film, mais s'enferme malheureusement dans un exercice de style trop cloisonné...

Note finale 66%