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La tête haute : Poignant !


Le film est présenté en ouverture du Festival de Cannes 2015, hors compétition.
Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

  • Réalisateur(s): Emmanuelle Bercot
  • Acteurs principaux: Catherine Deneuve, Rod Paradot, Benoit Magimel
  • Date de sortie: 13/05/2015
  • Nationalité: Française
Catherine Deneuve brillante dans un rôle difficile !

Catherine Deneuve brillante dans un rôle difficile !

Présenté en film d’ouverture et hors compétition au Festival de Cannes il y’a quelques jours, « La Tête haute » est le nouveau film d’Emmanuelle Bercot qui a signé le très beau « Elle s’en va » en 2013 avec Catherine Deneuve, qu’elle retrouve à l’occasion de ce film dans un rôle totalement différent. De prime abord, au vu du synopsis, on pense évidemment et immédiatement à l’extraordinaire « Mommy » de Xavier Dolan (mon film préféré de 2014), qui était une formidable leçon de cinéma et de vie sublimé par une relation fusionnelle entre une mère aimante mais dépassée et son fils violent et ingérable. Néanmoins, le film multiplie les directions qui l’éloigne un peu des comparaisons avec le film de Dolan.

Dès les premières minutes, Bercot nous place à hauteur d’enfant où Mallony, encore très jeune (6 ans) assiste impuissant et sous un regard terriblement attachant à la confrontation entre la juge (Catherine Deneuve joue ici un de ses meilleurs rôles des dernières années) et sa mère (interprétée par Sara Forestier, beaucoup critiquée pour son faux dentier, qui pour ma part ne m’a pas choqué et participe à la crédibilité du personnage). En multipliant les points de vues, celui de la juge qui essaie de se montrer très conciliante et compréhensive malgré les difficultés (C.Deneuve dans un rôle différent de celui du précédent film de Bercot « Elle s’en va » où elle était à la quête de liberté. Ici, elle apparaît presque toujours assise sur son fauteuil et dans un rôle plus rigoureux et immobile, mais non moins intéressant). On s’attache aussi au point de vue de l’éducateur (Benoît Magimel), auquel le film rend un hommage vibrant, qui est malmené tout le film et qui essaie tant bien que mal de garder son calme. Enfin, le point de vue de Mallony, sans entrer dans une psychologie redondante et lourde (pas de voix-off), qui est capable de passer du calme à une violence en une fraction de seconde fait penser au jeu d’Antoine Olivier Pilon (dans « Mommy »), même si le personnage de Mallony se veut plus hermétique, et ainsi plus menaçant.

L'équipe du film "La tête haute" au Festival de Cannes le mercredi 13 mai !

L’équipe du film « La tête haute » au Festival de Cannes le mercredi 13 mai !

Pour interpréter Mallony, le jeune Rod Paradot irradie ce film d’une puissance inattendue, et demeure la grande révélation du film, en alternant un jeu tout en retenue et des coups de colère. On a l’impression également de voir naître un acteur au fil que le film avance. Nul doute que le reverra très vite sur nos écrans, à l’instar d’Adèle Exarchopoulos, après « La vie d’Adèle ». En hissant une relation amoureuse du personnage avec son double féminin physiquement mais au caractère beaucoup plus posée, Emmanuelle Bercot installe un contrepied qui permet d’insuffler une lueur d’espoir, une manière de s’en sortir. Cela peut paraître un peu naïf, mais le film fonctionne dans son ensemble. Captivant, brillant, déstabilisant, « La tête haute » nous livre du bon cinéma, comme je l’aime. Du cinéma épuré, à fleur de peau, vif et qui confine au cinéma des Frères Dardenne (« Rosetta », « Le gamin au vélo », « Deux jours, une nuit ») qui emporte le spectateur sans le prendre de haut.

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SCENARIO 84%
MISE EN SCENE 88%
ACTEURS 93%
BANDE SON 83%
PHOTOGRAPHIE 86%
APPRECIATION GENERALE 87%
Vote final

Présenté en film d'ouverture au Festival de Cannes, "La tête haute" est un film fort, riche et poignant, à la frontière du cinéma documentaire. Porté par la prestation lumineuse et impressionnante de Rod Paradot, lui-même entouré d'acteurs au top de leur forme, le film se veut vif, captivant et déstabilisant. On peut seulement reprocher au film une relative prévisibilité du scénario, et surtout d'arriver après l'ouragan émotionnel "Mommy", auquel le film ne parvient pas à atteindre l'intensité dramatique.

Note finale 86%