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La taularde : Un huis clos carcéral intense !


Interdit aux moins de 12 ans
Pour sauver l’homme qu’elle aime de la prison, Mathilde prend sa place en lui permettant de s’évader. Alors que sa survie en milieu carcéral ne dépend que de lui, Mathilde n’en reçoit plus aucune nouvelle. Isolée, soutenue uniquement par son fils, elle répond désormais au numéro d’écrou 383205-B. Mathilde deviendra-t-elle une taularde comme une autre ?

  • Réalisateur(s): Audrey Estrougo
  • Acteurs principaux: Sophie Marceau, Anne Le Ny, Suzanne Clément
  • Date de sortie: 14/09/2016
  • Nationalité: Française

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Après avoir réalisé une comédie musicale détonnante avec « Toi, moi, les autres » (2009) puis un film sur le viol dans « Une histoire banale », Audrey Estrougo s’attaque à un autre sujet tout aussi sombre qu’est la vie en prison. Avec « La taularde », la cinéaste s’intéresse à un fait divers d’une femme qui fut condamnée pour sauver l’homme qu’elle aime. Tourné dans une prison désaffectée à Rennes, « La taularde » s’inscrit dans le sous-genre bien particulier du film de prison qui regorge bon nombre de film. Parmi les grands classiques du genre, on peut citer « Un condamné à mort s’est échappé » de Robert Bresson, « Midnight express » d’Alan Parker, « Un prophète » de Jacques Audiard ou encore « Dog Pound » de Kim Chapiron. Si le cinéma s’est un peu moins intéressé à la prison pour femmes, on peut toutefois la série « Orange is the new black » ou récemment le film français « Eperduement » où la détenue jouée Adèle Exarchopoulos tombait amoureuse d’un gardien interprété par Guillaume Galienne. Si le film de prison a la particularité de constituer un huis clos de choix où le danger est sans cesse présent, Audrey Estrougo estime que : « ce qui est fascinant dans la prison, c’est qu’elle nous raconte entre quatre murs tout ce qui vrille dans la société. La prison, ça s’entend, ça se regarde, ça se vit, c’est très intense. » Dans son travail de recherche pour le film pour lequel elle partagé le quotidien de ces personnes, la réalisatrice a entendue une phrase qui l’a marquée : « « Que tu passes une journée, dix jours, dix mois ou dix ans en prison, c’est pareil. » A partir du moment où l’on te donne un numéro d’écrou, que l’on retire ton identité et ce qui te caractérise, le processus de destruction lente est enclenchée. »

Pour ce portrait de femme, la cinéaste a fait appel à la grande Sophie Marceau, dans un rôle (enfin!) à contre-emploi par rapport aux rôles auxquels elle est cantonnée depuis de nombreuses années, à savoir des rôles de working-girl, dans des comédies romantiques fades et sans saveur. Cette fois, l’actrice incarne Mathilde Leroy, une femme amoureuse qui pour protéger son mari, va en prison à sa place. Professeur dans la vie, elle va se retrouver dans un univers terrifiant, où elle devra partager sa cellule avec une jeune co-détenue banlieusarde qui va lui mener la vie infernale. Dès la mise à nue de Mathilde dans la séquence d’ouverture, on comprend que l’on va assister à un film dur dans cette prison pour femme, tout aussi impitoyables que leurs homologues masculins. La volonté d’Audrey Estrougo (et elle y parvient) est de nous immerger dans cet univers carcéral, avec un regard appuyé sur la diversité sociale et culturelle de ces femmes, réunies en prison pour différentes raisons : par amour, par folie, ou par instinct de survie.

Le film nous offre ainsi une palette de personnages secondaires passionnants : une détenue plus âgée (jouée par Anne Le Ny) qui malgré sa sagesse apparente, cache un visage plus sombre ou encore l’ « amie » de Mathilde, incarnée par Suzanne Clément (révélée dans « Mommy »). En ce qui concerne son scénario, la cinéaste illustre la dureté des conditions de vie en prison avec une grande précision. Assez intelligent dans les rapports humains entre ces femmes qui endurent la même épreuve, « La taularde » appuie aussi sur les énormes dysfonctionnements du système, avec le point de vue des agents pénitencières au bord de la crise de nerfs, mais aussi sur l’absurdité de certaines situations (la pénurie de papier toilettes, la fuite d’eau forçant les gardiennes à placer 5 détenues dans la même cellule). Le film développe un montage sonore soigné s’appuyant sur le moindre détail, et renforçant le processus d’immersion du spectateur. Peu à peu, on suit le combat de Mathilde pour avoir des nouvelles de son compagnon, et qui espère rester le moins longtemps, quitte à craquer et à livrer ce qu’elle sait. Le final du film se révèle d’ailleurs absolument cruel, et forme une boucle narrative terrifiante et désespérante, sur un cycle sans fin et un cauchemar éveillé.

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SCENARIO 78%
MISE EN SCENE 83%
ACTEURS 85%
PHOTOGRAPHIE 80%
BANDE SON 82%
APPRECIATION GENERALE 82%
Vote final

Finalement, « La taularde » est un drame carcéral intense, révélant la complexité du personnage jouée par Sophie Marceau, dans un rôle à contre-emploi qui lui sied parfaitement. Si l'ensemble peut contenir quelques longueurs, ce huis clos se distingue par sa mise en scène bien rodée et l'approche humaine de ces « taulardes ».

Note finale 81%