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La piel que habito [Critique]


Jamais film n’aura aussi bien porté son titre. Outre la jolie métaphore, La piel que habito est un film qui se présente simple et nu, épuré et qui arrache toutes les défenses de son spectateur. C’est un film qui, personnellement, m’as mis la chair à vif de part son esthétique propre et son sujet bouleversant.

« La piel que habito », c’est l’histoire de … :

C’est l’histoire d’un chirurgien esthétique de renom (superbe Banderas) qui, depuis que sa femme a été victime de brûlures dans un accident de voiture, se consacre à la création d’une nouvelle peau, grâce à laquelle il aurait pu sauver son épouse. Douze ans après le drame, il réussit dans son laboratoire privé à cultiver cette peau qu’il greffe sans scrupules sur une femme cobaye séquestrée chez lui…

 

 Dans la peau de Pedro … ou pas?

Almodovar aime aller titiller les limites de la morale, il travaille souvent dans cette zone grise entre l’admissible et l’horrible, et c’est ce qui rends ses films (La mauvaise éducation, Femmes au bord de la crise de nerfs, pour ne citer que ceux que j’ai vu…) si fascinants et si dérangeants. La Piel que habito (d’ailleurs, même si le titre en espagnol est très beau, je me demande pourquoi il n’a pas été traduis…) explore à la fois la sexualité et l’image de soi (comme dans la Mauvaise Education d’ailleurs) et la question de l’esclavage, enfin plutôt de la domination : jusqu’à quel point peut-on modeler quelqu’un ? C’est une sorte de My Fair Lady mais version 2011, croisée avec Frankenstein, à une époque où les mécènes font de la bio-génétique et sont prêts à transgresser les frontières de… d’un petit peu tout, d’ailleurs, pour créer la créature de leur rêves. De ce point de vue, c’est aussi une très belle parabole sur la course à la perfection et l’abus de chirurgie esthétique…

Le huis-clos met le spectateur à la place de Vera, cette mystérieuse « femme-cobaye » et force le spectateur à se mettre « dans la peau » de son personnage. Je l’ai déjà dit, c’est un film qui supprime les distances de sécurité. On est catapulté au milieu de ce drame passionnel entre le chirurgien fou de chagrin depuis la mort de sa femme, et cette femme sans identité. Et le dénouement final ne fait que nous emmener plus loin dans l’inconfortable et le moralement-incorrecte.

Conclusion :

Pour moi, ce film est un sans faute. La réalisation est impeccable, Almodovar reste fidèle à son style unique et un peu kitch… Peu de personnages, peu de décors, un petit côté Vaudeville, avec des amants en costume de tigre et des portes qui claquent. Il y a un côté absurde qui ajoute une légèreté à ce film autrement extrêmement cru et pas facile à digérer ! Les acteurs sont magnifiques, Banderas en tête (qui même à 50 ans fait toujours sont petit effet en robe de chambre), ainsi qu’Elena Alaya dans son body couleur chair ou Susi Sanchèz en mère protectrice… A voir absolument.

 

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