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La mécanique de l’ombre : Un premier long encourageant


Deux ans après un « burn-out », Duval est toujours au chômage. Contacté par un homme d’affaire énigmatique, il se voit proposer un travail simple et bien rémunéré : retranscrire des écoutes téléphoniques. Aux abois financièrement, Duval accepte sans s’interroger sur la finalité de l’organisation qui l’emploie. Précipité au cœur d’un complot politique, il doit affronter la mécanique brutale du monde souterrain des services secrets.

  • Réalisateur(s): Thomas Kruithof
  • Acteurs principaux: François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila
  • Date de sortie: 11/01/2017
  • Nationalité: Française

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Premier long-métrage de Thomas Kruithof, « La mécanique de l’ombre » s’inspire librement de plusieurs crises ou complots, avérés ou supposés, qui ont eu lieu en France ces trente dernières années. En grand passionné par la thématique de l’espionnage, Thomas Kruithof voit ce genre rarement exploité dans le cinéma français comme une manière de parler de l’état du monde, comme il le précise : « Vu la période de tension politique et géopolitique que nous vivons, et les questions et les peurs que nous avons tous, j’imagine que, comme durant la Guerre Froide, l’espionnage va revenir en force au cinéma, à la télévision et en littérature. ». Pour son premier film, Thomas Kruithof a voulu faire en sorte d’épurer au maximum son film, aussi bien dans les décors débarrassés des enseignes publicitaires et des marques envahissantes, que dans son récit, tout comme son personnage principal incarné par François Cluzet, car selon le cinéaste, l’acteur « arrive parfaitement à retranscrire la part d’ombre d’un personnage tout en l’humanisant. »

Dans la veine des grands classiques du cinéma d’espionnage, « La mécanique de l’ombre » suit donc un homme ordinaire, au chômage depuis deux ans. Un homme d’affaire mystérieux le contacte alors et lui propose un poste barbant (à savoir retranscrire des conversations téléphoniques à la machine à écrire toute la journée), mais extrêmement bien payé (1 500 euros la semaine). Le tout est entouré par un tas d’instructions mystérieuses comme ne pas fumer dans l’appartement, ouvrir et fermer les rideaux matin et soir, ne pas pas sortir dans la journée et ranger le tout dans un ordre bien précis, tout en gardant une discrétion de tout instant. Surpris par l’offre, Duval va accepter et mettre le doigt dans un engrenage infernal. S’il est évident que le film ne fera pas des millions d’entrées, il faut reconnaître un certain courage de la part de son réalisateur d’avoir sorti un premier film qui sort des codes. Le film contient les bons et les mauvais côtés d’un premier film : une intrigue assez bien ficelé qui lorgne sur les aspects mystérieux voire paranoïaque du cinéma d’Hitchcock ou de Polanski.

L’installation de l’intrigue est fait d’une manière malicieuse et intelligente, où l’on se retrouve plongé dans le scénario, aux côtés de Duval. Pourquoi tant de précautions prises par cet homme d’affaire (interprété par un Denis Podalydès terrifiant) ? Quel est le sens du travail de Duval ? Arborant tous les attraits du thriller, le spectateur se trouve happé par un suspense qui monte progressivement dans cette première demie-heure. D’autant que Duval reçoit la visite impromptue d’un sbire de son patron. Malgré les qualités plastiques, le jeu toujours formidable de François Cluzet et la bande son assez travaillée et subtilement inquiétante, « La mécanique de l’ombre » n’est pas une entière réussite, en raison d’un scénario pas assez abouti et d’une fin assez bâclée. Flirtant parfois avec la caricature et les invraisemblances, le film ose toutefois s’aventurer dans une manipulation politique à la fois tordue mais qui correspond avec le basculement du monde. Le cinéaste met en lumière une magouille politique bien construite autour d’un stratagème machiavélique sur fond de lutte de pouvoir. Cette mécanique politique est criante de vérité, malgré une certaine complexité dans le récit.

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SCENARIO 67%
MISE EN SCENE 74%
ACTEURS 73%
PHOTOGRAPHIE 76%
BANDE SON 66%
APPRECIATION GENERALE 68%
Vote final

Malgré ses petits défauts (un rythme volontairement lent mais qui provoque de l'ennui), « La mécanique de l'ombre » demeure un premier film à l'atmosphère oppressante et prenante, servi par des rebondissements inattendus. Le duel entre François Cluzet et Denis Podalydès apporte à ce thriller une sacrée valeur ajoutée à ce thriller tout à fait honnête.

Note finale 70%