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LA ISLA MINIMA: TRUE DETECTIVE IBERIQUE


Dans l’Espagne des années 1980, deux policiers que tout oppose sont envoyés depuis Madrid dans les marais du Guadalquivir pour enquêter sur l’assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales d’une petite ville andalouse.

  • Réalisateur(s): Alberto Rodriguez
  • Acteurs principaux: Javier Gutierrez, Raul Arevalo, Antonio De la torre, Nerea Barros, Jesus Castro, Manolo Solo
  • Date de sortie: 26/09/2014
  • Nationalité: Espagnole
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« Duo moustachu du bayou andalou »

Alberto Rodriguez, m’avait cueilli déjà il y’a quelques années avec son film pertinent, Groupe d’élite ou des flics ripoux tentaient par tous les moyens de stopper un trafic de drogue au cœur même de Séville. Il revient ici, trois ans plus tard avec son nouveau métrage au nom porteur de biens de mystères, jusqu’au trois quarts du film. La isla minima.

Le goya (sorte de césar espagnol), est un prix dont il est devenu un habitué le père  Rodriguez. Il en avait déjà raflé 2 dont 16 nominations pour Groupe d’élite, et pas moins de 10 pour son nouveau métrage La isla minima. Alors « la plus petite île » en français ça parle de quoi me direz vous? Et bien c’est assez simple. Vous prenez les Matthew Mc Conaughey et Woody Harrelson espagnols, en leur collant des grosses moustaches, vous remplacez les bayous de la Louisianne par les bayous andalous de l’Espagne profonde , et vous obtenez le climax de départ de ce thriller tendu comme un arc.

"born on a bayou"

« il pleut, il pleut bergère »

La différence notable du réalisateur avec la vague outre atlantique qui à déjà traité maintes fois le sujet sur le sérial killer insaisissable aux sévices sadiques, qui planifie ses meurtres aux méthodes peu orthodoxes, et que  Rodriguez, lui, ajoute sa petite touche personnelle en y insufflant un univers peu commun et connu des cinéphiles asservis que nous sommes, à savoir les terres humides et vastes d’une Espagne que nous n’avions jamais vu filmée encore sous cette angle là.  La trame de départ associant deux flics que tout oppose sur la recherche d’un psychopathe décimant les gamines du village, donne des tempéraments à la fois, plus consciencieux pour l’un, Raul Arevalo, et plus fonce dans le lard pour l’autre Javier Gutierrez, qui aurait pu avoir un goût d’amertume et de déjà vu classico-hollywoodien si toutefois les rapports entre les deux hommes n’étaient pas si vaillamment interprétés, avec une conviction sans faille,  au service d’un scénario noir et épuré.

De par ce fait l’intrigue avance pas à pas avec très peu de musique ambiante, laissant place et priorité dans une atmosphère crade et houleuse, au jeu des deux flics tourmentés par l’enquête à l’aune d’un dénouement froid et glacial qui laissera pantois plus d’un sur le destin et les enjeux d’un des deux protagonistes. Servi dans une période proche de la fin du Franquisme, cela confèrera un mal être et une profondeur certaine sur le sujet ambiant, qui fera résonner toute la détresse d’une Espagne déjà en perdition sociétaire (voir la scène de la manifestation), et déraisonner le conflit entre chasseurs et traqué.

Chacun joue au diapason, faisant avancer le jeu subtil d’une enquête à la fois sombre et dépouillée, sur un tueur qui n’est jamais celui que l’on croit au final. Rodriguez tire des ficelles pertinentes dans son thriller calibré, vrai, authentique, et toujours honnête et respectueux dans ses phases d’enjeux narratifs et de progression. Le film est long,  lent mais surtout posé, il avance sans ennui, et il nous vient rapidement la moiteur progressive sur nos mains, au fur et à mesure que nos deux vaillants enquêteurs avancent dans leur chasse à l’homme inextricable. Le réalisateur ibérique est une valeur sure et immédiate une fois le générique terminé, et dans le panorama cinématographique,  il est évident, qu’il faudra suivre son évolution future dans les années à venir, car nous tenons là, un maestro talentueux.

BANDE ANNONCE:

 

 

 

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REALISATION 92%
ACTEURS 91%
SCENARIO 85%
BANDE SONORE 84%
PHOTOGRAPHIE 93%
AVIS GLOBAL 94%
Vote final

Pour résumer, "La isla Minima" est un incroyable thriller porté à bout de bras par une prestation exceptionnelle, à commencer par le jeu froid et téméraire du très bon Javier Guttierez, qui autour d'une histoire simple mais efficace, va suivre progressivement la trame posée au cœur des marécages andalousiens. La codification du genre quand à elle, est trop ancrée vers ses homologues américains comme "True détective", ou "Seven" en son temps, mais au final comme il y'a pire comme référence, le métrage de Alberto Rodriguez s'en sort avec les honneurs, avec une qualité esthétique formidable, et une maitrise de la mise en scène fine et racée. Vu le peu de films de genre de cette qualité en ce moment, il serait bête et injuste de bouder son plaisir, devant cette bobine tendue et parfaitement réalisée....

Note finale 89%
Note des Lecteurs
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