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La forme de l’eau : L’Oscar du romantisme sage


Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…
  • Réalisateur(s): Guillermo Del Toro
  • Acteurs principaux: Sally Hawkins, Octavia Spencer, Michael Shannon, Richard Hawkins
  • Date de sortie: 21/02/2018
  • Nationalité: Américaine

Avec 4 Oscars dont le prix tant convoité de l’Oscar du meilleur film, difficile de passer à côté de l’engouement généralisé pour « La forme de l’eau ». Depuis son prix du Lion d’or au Festival de Venise, le film de Guillermo Del Toro rafle tout sur son passage. Au fil de sa filmographie, le cinéaste mexicain a placé le monstre comme personnage d’étude, comme il a pu le prouver avec « Le labyrinthe de Pan », « Hellboy », « Pacific Rim » ou encore la série « The strain ». En ce qui concerne la signification ambiguë du titre, Del Toro explique : « L’eau prend la forme de son contenant, mais malgré son apparente inertie, il s’agit de la force la plus puissante et la plus malléable de l’univers. N’est-ce pas également le cas de l’amour ? Car quelle que soit la forme que prend l’objet de notre flamme – homme, femme ou créature –, l’amour s’y adapte. »

Se présentant comme un véritable conte, « La forme de l’eau » semble se nourrir de plusieurs influences. On pense d’emblée à deux films : « La belle et la bête » pour l’histoire d’amour entre deux êtres différents, et à « L’étrange créature du lac noir » pour la conception du monstre, absolument bluffant. Des références qui virent même au plagiat selon Jean-Pierre Jeunet qui estime que Del Toro a copié deux de ses films « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » et « Delicatessen ». Revenons-en à « La forme de l’eau » qui commence de manière enchantée par un ravissement visuel très prometteur. La photographie très rétro, comme pour coller au mieux avec l’époque du film se déroulant en pleine Guerre froide, est sublime, et on ne peut qu’apprécier tout du long, le travail sonore titanesque du français Alexandre Desplat qui a obtenu, fort logiquement, l’Oscar pour sa composition. L’atmosphère lourde et poisseuse du film devient progressivement poétique lorsque Elisa, joué avec excellence par Sally Hawkins, touchée par la grâce, tombe amoureuse de ce monstre, muet comme elle, et avec qui elle communique avec des objets et par la force du regard. Même si le méchant scientifique joué par Michael Shannon veut tout faire pour étudier cette création.

Il y’a fort à parier que la clé du succès de « La forme de l’eau » réside essentiellement dans le caractère universel et intemporel du récit. De plus, son triomphe aux Oscars s’explique par l’esprit de romantisme et le respect des différences comme arme de combat à la politique et l’obscurantisme. Sous entendu, une réponse forte à l’Amérique selon Trump. Néanmoins, on retrouve dans « La forme de l’eau » un certain nombre de défauts gênants : un entêtement à rendre le récit le plus niais possible, une histoire d’amour sur le papier très forte mais qui a l’écran nous paraît étrangement fade, une intrigue parallèle liée à la Russie assez inintéressante et des longueurs qui émaillent ce conte qui eut mérité un traitement plus « adulte », malgré quelques prises de risques osées, comme l’explication pratique du sexe de la créature. Au final, une fable fantastique aqueuse teinté d’un romantisme doux mais qui ne parvient pas toujours à nous captiver malgré l’élégance épatante de ses effets visuels.

Enfin, malgré les qualités plastiques du film, et à titre de comparaison, les autres films nommés pour l’Oscar demeurent quasiment tous meilleur (selon moi) : « Call me by your name », « 3 Billboards », « Pentagon papers », « Dunkerque » ou encore « Get out » plus aboutis.

 

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SCENARIO 60%
MISE EN SCENE 81%
ACTEURS 77%
PHOTOGRAPHIE 86%
BANDE SON 80%
APPRECIATION GENERALE 65%
Vote final

Lauréat de l'Oscar du meilleur film, "La forme de l'eau" séduit énormément par sa photographie rétro et son univers aqueux et visqueux teinté d'un romantisme fou. On reste un peu plus sur notre faim au sujet de son scénario, manquant d'un traitement plus "adulte" et n'effaçant pas une légère impression de déjà-vu. Néanmoins, un conte fantastique à mi chemin entre "La belle et la bête" et "L'étrange créature du lac noir" à découvrir !

Note finale 74%