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La Délicatesse [Critique]



La Délicatesse, c’est l’histoire de … :

Nathalie et François filant le parfait amour. Complices, aimants, tout va extrêmement bien pour eux. Trop, sûrement. Un drame les happent de plein fouet, laissant Nathalie seule, abandonnée par le destin, devant se reconstruire avec le coeur empli de tristesse, face à un deuil par trop injuste.

Noyant son désespoir dans le travail, Nathalie a perdu le goût de vivre et d’avancer. Jusqu’au jour où, dans un moment de confusion, elle embrasse Markus, membre de son équipe de travail…

La Délicatesse, plaisir précieux

Je dois confesser qu’il m’arrive souvent d’éprouver une certaine réticence à regarder des comédies romantiques. Pétri d’a priori mal placés, je ne peux m’empêcher d’imaginer avant l’heure un ramassis de clichés tous plus indigestes les uns que les autres, au ton doucereux et gorgé jusqu’à la moelle de bons sentiments, et dont la finalité n’aura de cesse de nous renvoyer au visage la dureté bien réelle, elle, de la vie amoureuse.

Je me fais pourtant avoir à chaque fois, et je ne compte plus le nombre de fois où mon cœur d’artichaut finit par baisser pavillon face à la justesse et l’émotion dégagée par certaines œuvres :  Eternal Sunshine : of the Spotless Mind, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, ou encore Garden State pour ne citer qu’eux.

Je devrais donc pourtant le savoir, me montrer moins méfiant, mais rien n’y fait : je ne pars jamais confiant.

Et une nouvelle fois, grand mal m’en prit, car cette Délicatesse m’a ému, transporté, et saisi.

La Délicatesse

Affiche de La Délicatesse

Toute subjectivité mise à part (…), au-delà même des (réelles) qualités scénaristiques de La Délicatesse sur lesquelles nous reviendrons, force est d’admettre avant tout que nous sommes face à un vrai bon film de cinéma. On parle bien trop souvent du phénomène « téléfilm » que beaucoup se (com)plaisent à affubler à la moindre comédie française, arguant d’une pauvreté manifeste de la direction photo, de l’indigence de la mise en scène ou du manque d’imagination des situations, et La Délicatesse n’a malheureusement pas échappé au même jugement. Jugement pourtant injuste tant le film des frères Foenkinos respire la grâce et l’élégance.

 

Qu’il fait bon se retrouver face à un tel plaisir chromatique, aux teintes douces et chaudes, aux textures aussi chatoyantes. Des costumes aux décors, des drapés aux objets, chaque choix visuel hume le bon goût, et place d’emblée La Délicatesse au dessus de la mêlée. Pour faire simple, la volonté de bien faire des co-réalisateurs se sent, et avant tout, se voit.

Bien sûr, on n’échappe pas aux écueils inhérents à toute première réalisation, et il n’est pas rare de voir se répéter quelques idées de réalisation de manière un peu trop appuyée, mais rien toutefois à même de gâcher le plaisir de cette sucrerie visuelle.

 

Un ravissement prolongé par la qualité de l’écriture, portée par des dialogues d’une justesse remarquable, un humour doux-amer toujours adéquat, et un sens du rythme et de la répartie salvateur à bien des égards. David Foenkinos ne trahit donc en rien sa réputation ni son œuvre : sa Délicatesse filmique se pose sans problème aucun comme la digne héritière de son pendant romanesque. Un léger bémol toutefois : si le roman se caractérise avant tout par un humour décalé souvent jouissif, le film peine malgré tout à retrouver ce côté si facétieux et original du récit originel, pour faire place à des échanges tout aussi savoureux, mais néanmoins plus conformes.

 

Audrey Tautou et François Damiens

Nathalie et Markus

Conforme, le couple de La Délicatesse ne l’est de toute évidence pas. Improbable, peu en phase avec les canons et les clichés sociétaux communément admis, le duo principal questionne, surprend, détonne, et surtout, étonne. Nous renvoyant constamment à nos propres a priori, nos propres questionnements concernant la vie de couple, la relation amoureuse, ou plus simplement, les rapports hommes-femmes, l’alchimie Nathalie-Markus touche autant qu’elle rassure, et apporte un jour nouveau sur un sujet maintes fois rebattu, voire rabâché.

Si la plume de David Foenkinos réussit avec brio à faire prendre corps à ces deux individus si attachants, les interpréter comme il se doit n’en restait pas moins une tâche loin d’être gagnée. Une nouvelle fois, les choix se sont faits justes et pertinents : Audrey Tautou et François Damiens sont absolument parfaits dans leur rôle respectifs, à la fois maladroits, fragiles, et drôles, complices et pourtant si antithétiques.

Si la première nommée, forte d’une interprétation nuancée, tantôt bouleversante en femme endeuillée et brisée, tantôt espiègle et retrouvée face à un amour de nouveau conté, nous rappelle ses plus belles heures dans Amélie Poulain ou Ensemble c’est tout, notre belge favori n’est pas en reste et s’avère être au final LA belle surprise du film. Si ses talents sont évidents, il fallait pourtant beaucoup d’imagination et pas mal d’inconscience pour voir « François L’Embrouille » ou le beauf’ de Dikkenek interpréter un suédois gauche et maladroit, à la sincérité naïve, pétri de gentillesse et de bienveillance. Une inconscience et un goût du risque qui sied définitivement comme un charme à David Foenkinos !

 

On ne remerciera enfin jamais assez les réalisateurs de nous avoir également offert une des meilleures bandes son de 2011 (2012 au Québec), composée par la brillante Émilie Simon, une musique à l’image du livre et des personnages : à la frontière entre plaisir enfantin et gravité toute adulte, cuivrée et sucrée, parfaitement en phase avec les images et le verbe des Foenkinos.

 

Conclusion :

En somme, une réussite rare, précieuse, non dénuée de défauts, mais ceux-ci sauront se montrer suffisamment mineurs pour ne dénaturer en rien un plaisir qu’il fait bon vivre et regarder , dans une période où légèreté n’a guère droit de cité.

Et si la présente critique ne vous convainc toujours pas de l’excellence du film, je vous invite à lire également celle de Camille, disponible à l’adresse suivante : http://www.nosmeilleursfilms.fr/critiques-films/la-delicatesse-critique

« François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, c’est parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse…
– Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie. Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité ».

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