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La belle et la belle : Une chronique douce-amère originale


Margaux, 20 ans, fait la connaissance de Margaux, 45 ans : tout les unit, il s’avère qu’elles ne forment qu’une seule et même personne, à deux âges différents de leur vie… 
  • Réalisateur(s): Sophie Fillières
  • Acteurs principaux: Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud
  • Date de sortie: 14/03/2018
  • Nationalité: Française

Loin des productions fantastiques hollywoodiennes, « La belle et la belle » joue clairement sur le détournement du genre auquel il appartient également. A commencer par son titre, prenant à contre-pied le célèbre conte, la seconde « belle » remplaçant la « bête ». Aux commandes de ce film, on retrouve Sophie Fillières qui souhaitait filmer ses personnages au plus près du réel. Il raconte : « J’ai toujours fait un cinéma qu’on peut appeler décalé, mais c’était surtout au niveau du ton que le décalage s’opérait. Là, j’ai eu envie d’aller plus loin, de mélanger réalité et fantastique et aussi de retrouver une forme d’amusement au sens fort du terme. C’est un jeu, il y a quelque chose de ce qui nous vient de nos désirs enfantins de savoir qui on sera, qui on deviendra. C’est une question qu’on peut se poser aussi à n’importe quel âge de la vie. »

« La belle et la belle » est un pari osé dans la comédie française, où l’on reproche souvent ses défauts d’inventivité. Cette fois, Sophie Fillières propose un scénario assez original, d’une femme de 45 ans qui va faire la rencontre de sa propre personne, lorsqu’elle avait 20 ans de moins. Si la cinéaste pioche chez Noémie Lvovsky et son « Camille redouble », ce film se présente comme un conte teinté d’onirisme mais qui reste sur les pas d’un réalisme évident. Les vingt premières minutes nous présentent, via un montage alterné, les deux femmes, Margaux jeune et Margaux plus âgée, où les actions de l’une répond aux actions de l’autre. Ce montage intelligent donne une vraie saveur au film, et apportant bien plus que l’attente de la fameuse rencontre entre les deux femmes. Passé ce point d’orgue du film (voir photo à la une), « La belle et la belle » développe une thématique passionnante qui nous interroge tous : Que deviendrons-nous dans 20 ans ? Quel regard portons sur nos propres actions 20 ans en arrière ?

 

Cette réflexion passionnante infuse cette comédie qui verse dans le triangle amoureux avec au centre l’envoûtant Melvil Poupaud, ex-mari de l’une, nouvelle idylle pour l’autre. Le duo porté par Sandrine Kiberlain et Agathe Bonitzer fait des étincelles, bien aidées par des dialogues assez drôles. On peut découper le film en trois tiers : un premier tiers autour de la rencontre de ces deux femmes si identiques, un deuxième tiers s’interrogeant sur la nostalgie de nos choix passés et futurs assez intéressant. Malheureusement, le dernier tiers, offre un scénario beaucoup moins abouti qui tourne un peu en rond assez maladroitement sans apporter de réelle réponse. Le joli final sur un quai de gare (lieu ô combien cinématographique) laisse planer encore tout le mystère de ce conte doux-amer et tragi-comique d’une douce poésie.

 

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SCENARIO 63%
MISE EN SCENE 65%
ACTEURS 71%
PHOTOGRAPHIE 61%
BANDE SON 59%
APPRECIATION GENERALE 64%
Vote final

Original et amusant, "La belle et la belle" est à mi-chemin entre une comédie romantique et un conte fantastique détonnant. Ce jeu de miroir sur le temps qui passe et nos mauvais choix est passionnant. Le dernier tiers du film perd, cependant, en intensité, la faute à un scénario qui se répète et qui peine à se réinventer. Toutefois, une jolie comédie iconoclaste à découvrir.

Note finale 63%