Nos avis Ciné

Juste la fin du monde : Le huis clos selon Dolan


Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.
Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

  • Réalisateur(s): Xavier Dolan
  • Acteurs principaux: Gaspard Ulliel, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Nathalie Baye
  • Date de sortie: 21/09/2016
  • Nationalité: Franco-canadien

juste-la-fin-du-monde-photo-1

 

A seulement 27 ans, Xavier Dolan a déjà cinq longs-métrages à son actif, ce qui le propulse parmi les génies du cinéma canadien, mais aussi mondial. Son premier film « J’ai tué ma mère » sorti en 2009 a été la première pierre de son cinéma, centré avant tout sur des personnages forts mais aussi sensibles, et une mise en scène davantage centré autour de l’émotion. Puis a suivi « Les amours imaginaires » (2010), « Laurence Anyways » (2012) et « Tom à la ferme » (2013). Mais c’est incontestablement son dernier film « Mommy » sorti en 2014 qui l’a sans doute permis d’atteindre des sommets, en remportant le Prix du Jury au Festival de Cannes de la même année. Un film véritablement bouleversant basé sur une histoire d’amour et de conflits entre une mère et son fils violent. Émouvant et tourbillonnant, « Mommy » avait d’ailleurs été mon film préféré parmi les 242 films vus cette année là.

Forcément, l’attente de ce nouveau film de Xavier Dolan est immense. D’autant que « Juste la fin du monde » a permis au cinéaste de remporter le Grand prix du Jury, un prix qui récompense le film ayant manifesté le plus d’originalité ou d’esprit de recherche. Pour son sixième long-métrage, Dolan décide d’adapter une pièce de théatre écrite par Jean-Luc Lagarce, une histoire en huis clos où Louis âgé de 34 ans rend visite à sa famille qu’il n’avait pas vu depuis des années. Il retrouve ainsi sa sœur cadette Suzanne, son frère Antoine, sa mère dont nous ne connaîtrons pas le prénom, et Catherine, la compagne d’Antoine. Pour mettre en scène ce film, Xavier Dolan a fait appel à une pléiade d’acteurs de renom, Gaspard Ulliel dans le rôle de ce jeune homme introverti, et pour interpréter la famille déjantée de Louis, nous retrouvons Nathalie Baye dans la rôle de la mère excentrique, Vincent Cassel incarnant le frère rugueux et cassant, Léa Seydoux en petite sœur paumée et encore en fin d’adolescence, et Marion Cotillard, en belle sœur de Louis, dépassée par la situation.

maxresdefault (1)

On pourrait qualifier « Juste la fin du monde » d’anti- « Mommy » par excellence, tant le film s’attache à suivre la souffrance des personnages, et d’effacer ou presque toute trace de bonheur. Ce huis clos familial se déroulant sur une seule journée s’appuie à nous démontrer d’abord la différence criante de caractère entre Louis et le reste de sa famille, comme si un gouffre les séparait. Avec des personnages hauts en couleurs, des dialogues bruts et parfois long, et des choix de cadrages se resserrant sur ses personnages, « Juste la fin du monde » se révèle assez oppressant, et place le spectateur dans une position assez inconfortable, dès l’arrivée de Louis dans sa famille en pleine campagne. Mais nous restons accroché à un certain suspense : comment annoncer à sa famille-si différente de lui- sa mort prochaine ? Constamment, le film repousse ce moment, et se focalise sur les non-dits entre les personnages, et leur manque de communication. Teinté de nostalgie, le récit nous immerge dans cette famille dont les relations sont à la fois glaciales et bouillonnantes comme dans une cocotte-minute, prête à exploser à tout moment. Par ailleurs, Dolan crée un conflit permanent entre le chaud et le froid : la canicule qui règne à l’extérieur contraste avec l’atmosphère du logement assez froid, la mise en scène oscillants entre gros plans visages mais accentuant les relations assez fraîches entre les protagonistes. Ce conflit permanent des températures va implicitement et explicitement tourner à l’orage.

Moins réussi que « Mommy » à cause d’un manque d’émotion dûe aux non-dits qui applatissent quelque peu l’attachement aux personnages. Néanmoins, « Juste la fin du monde » est un très bon film, tantôt assez oppressant dans la mise en scène rapprochée de ses conflits familiaux, tantôt poétique dans les flashbacks magnifiques de Louis se remémorant ses premiers émois amoureux ou le souvenir des sorties dominicals. Le cinéaste québecois apporte comme d’habitude un choix particulier aux musiques de ses films, ici, les musiques de Moby, de Camille ou du groupe Ozone se mèlent parfaitement à la nostalgie et à l’énergie du film. Sur ce point, Dolan a encore tout bon, tout comme le choix de ses acteurs (Nathalie Baye excellente en mère totalement décalée et dépassée, Gaspard Ulliel et son mystère envoûtant, ou encore la fragilité timide du personnage de Marion Cotillard). La fin du film est une nouvelle fois très forte, comme Dolan en a la coutume, une fin qui fait passer, par l’image d’un animal, une personnification de Louis qui révèle tout le message du film, sans mots, simplement par l’image et le son.

email
SCENARIO 81%
MISE EN SCENE 91%
ACTEURS 92%
PHOTOGRAPHIE 87%
BANDE SON 92%
APPRECIATION GENERALE 77%
Vote final

Nouveau tour de force de Xavier Dolan, qui nous fait réfléchir sur la violence des mots avec ce contraste avec la beauté des images et ce conflit familial sur fond de non-dits, « Juste la fin du monde » est toutefois un cran en dessous du tourbillonnant « Mommy », en raison d'un léger manque d'émotion.

Note finale 86%