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Jusqu’à la garde : Un exercice de style hitchcockien tétanisant !


Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive.  
  • Réalisateur(s): Xavier Legrand
  • Acteurs principaux: Denis Ménochet, Léa Drucker, Mathilde Auneveux, Thomas Giora
  • Date de sortie: 07/02/2018
  • Nationalité: Française

Et si l’on assistait à la naissance d’un cinéaste français talentueux ? Dès son premier court-métrage « Avant que de tout perdre », Xavier Legrand a impressionné les critiques du monde entier. Nommé aux Oscars du meilleur court-métrage en 2014, le film a obtenu de nombreuses récompenses, dont quatre prix au Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand, ainsi que le César du meilleur court-métrage en 2014. A l’instar de son court-métrage, « Jusqu’à la garde » explore la violence conjugale de l’intérieur. Rappelons qu’en France, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son compagnon. Un sujet qui demeure tabou selon Xavier Legrand qui explique : « Les victimes ont peur de se confier, les voisins et les proches ne disent rien, ils ne veulent pas s’immiscer dans un couple, une histoire privée. Le secret reste lourd. Je ne voulais pas en parler à la manière d’un dossier d’actualité. Comme dans Avant que de tout perdre, je désirais sensibiliser le public à ce drame en le traitant avec les armes du cinéma qui me passionne depuis toujours, celui d’Hitchcock, d’Haneke ou de Chabrol, un cinéma qui fait participer le spectateur en jouant avec son intelligence et avec ses nerfs. »

Il y’a parfois des films qui vous laissent K.O, dont vous ressortez avec l’impression d’avoir vu un grand film, dans le genre de ceux qui vont compter. Dès les premiers instants, Xavier Legrand nous plonge au coeur d’une décision de justice, où une juge d’instruction doit trancher entre la garde exclusive du petit Julien voulue par Miriam, et la garde partagée souhaitée par Antoine, le père. Dans cette situation compliquée dont le spectateur ne connait pas encore tous les ressorts ni les coulisses, on est frappé par l’atmosphère faite de non-dits et d’une tension sourde pourtant assourdissante. Le film débute par ce conflit familial qui trouve sa résolution (du moins au départ) dans la décision de justice. Julien se voit donc malmener contre son gré entre Miriam et sa grande soeur une semaine, son père imprévisible de l’autre. Si « Jusqu’à la garde » aborde la question des violences conjugales, celle ci s’opère toujours de manière sous-jacente et implicite sans jamais verser dans le pathos, de manière à nous immerger totalement dans l’angoisse de cette situation.

Oui, « Jusqu’à la garde » est bien un film flippant, âpre sur la forme comme le fond, et véritablement anxiogène de bout en bout. L’intelligence de son scénario est de nous emmener crescendo dans le caractère inextricable de la situation. Le titre du film peut d’ailleurs se lire au sens propre (la garde du fils comme le but de chacun des parents) et au sens figuré (l’expression signifiant « profondément »). Xavier Legrand assume parfaitement ses références : Hitchcock pour sa maîtrise du suspense, Haneke pour la mise en scène du hors-champ, mais le cinéaste fait aussi beaucoup d’allusions à « La nuit du chasseur » ou encore à « Shining » dans sa dernière partie retranchée. Lion d’Argent de la meilleure mise en scène, ce drame conjugal se muant en thriller sec est une énorme réussite tant d’un point de vue visuelle que dans le jeu d’acteur impeccable de ses comédiens. Denis Ménochet continue de nous prouver son talent à jouer des brutes épaisses (et quand même sensibles) après « Marvin ou la belle éducation ». Léa Drucker y joue ici son meilleur rôle, mais c’est surtout le jeune Thomas Giora qui est ici renversant et d’une puissance émotionnelle incroyable ! Après 1h15 qui passent à la vitesse de la lumière, le dernier quart d’heure vous scotchera à votre fauteuil avec une tension apportée par le travail du son remarquable ! Une grande oeuvre de cinéma !

 

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SCENARIO 86%
MISE EN SCENE 93%
ACTEURS 92%
PHOTOGRAPHIE 91%
BANDE SON 92%
APPRECIATION GENERALE 87%
Vote final

Maîtrisé et angoissant, "Jusqu'à la garde" est incontestablement une grande oeuvre de cinéma. Porté par une intensité digne des meilleurs films d'Hitchcock ou d'Haneke, le film doit sa réussite au jeu juste et poignant de ses acteurs mais aussi à son scénario brillant et tétanisant. Un grand cinéaste est né : Xavier Legrand. Un grand film va marquer 2018 : "Jusqu'à la garde". Courez-y !

Note finale 90%