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Julieta : L’éventail des sentiments selon Almodovar


Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille qu’elle n’a pas vu depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours.
Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.

  • Réalisateur(s): Pedro Almodovar
  • Acteurs principaux: Emma Suarez, Adriana Ugarte
  • Date de sortie: 18/05/2016
  • Nationalité: Espagnol

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Comptant parmi les cinéastes les plus reconnus au monde, l’espagnol Pedro Almodovar est devenu au fil de sa carrière l’un des spécialistes pour filmer les femmes souvent au centre des intrigues. Depuis « Femmes au bord de la crise de nerfs », Almodovar a enchaîné les succès critiques et publics avec « Tout sur ma mère » en 1999 (Prix de la mise en scène à Cannes et Oscar du meilleur film étranger), puis avec « Parle avec elle » en 2003, « Volver » en 2006 et « La piel que habito » en 2012. Un cinéaste traversé par la quête de l’identité sexuelle, un entrecroisement de l’humour et de l’émotion et des rapports parents-enfants complexes, le tout sur fond de drames refoulés, de mensonges emballés dans des couleurs vives. Après avoir atteint les sommets après le fascinant « La piel que habito », Pedro Almodovar s’est égaré avec « Les amants passagers », une comédie chorale dans les airs se crashant dans les clichés et le ridicule. Le cinéaste espagnol nous revient avec « Julieta », présenté en compétition à Cannes, film qui est adapté de trois nouvelles du recueil « Fugitives » d’Alice Munro où Almodovar explique « Dès que je l’ai lu, j’ai eu envie d’adapter pour le cinéma trois des nouvelles du recueil. Les trois ont Juliette pour héroine, mais ne se suivent pas. Ce sont trois histoires distinctes et j’ai inventé ce qu’il manquait pour qu’elles n’en fassent qu’une. »

Et en effet, l’histoire de Julieta prend les airs d’une seule et même histoire, celle de cette femme quadragénaire qui s’apprête à partir vivre au Portugal avec son compagnon. Jusqu’au jour où elle fait la rencontre fortuite de Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antia, qu’elle a perdue de vue depuis des années. Bea lui apprend des informations et fait comprendre conscience à Julieta l’importance de retrouver sa fille et de rattraper ses erreurs du passé. Le film opère dès lors un flash back pour nous placer dans l’adolescence et le début de l’âge adulte de Julieta, marqué par sa rencontre avec Xoan, dans un train, la naissance de sa fille et les drames familiaux qui ont parsemés sa vie et qui ont conduit à cette rupture entre la mère et la fille.

« Julieta » s’inscrit dans la pure tradition des mélos familial, teinté de mélancolie et de non-dits. Dans ce portrait de femme taillé sur mesure pour Almodovar, on retrouve toute la palette artistique dans la mise en scène du cinéaste, aussi bien d’un point de vue plastique avec des couleurs flamboyantes et des cadrages soignés en confrontant toujours les matières solides et légères avec ces voiles, qu’au point de vue narratif avec ces sous-entendus sexuels comme en témoigne cette robe rouge fendue ou ces statuettes émasculées), mais aussi cette construction du récit dense digne de la tragédie grecque, auquel le film fait d’ailleurs constamment des clins d’oeils.

Epuré et délicat, « Julieta » déploie avec des personnages simples, une histoire d’une grande sensibilité sans jamais verser dans le pathos. Souvent surprenant dans son déroulement, le film n’est pas dénué de défauts comme des effets visuels un poil trop clinquants de la part d’Almodovar et de nombreuses longueurs. Mis à part cela, ce film est aussi l’occasion de découvrir deux remarquables actrices Emma Suarez et Adriana Ugarte, incarnant toutes deux Julieta, à deux âges différents.

Almodovar et le casting du film à Cannes 2016 !

Almodovar et le casting du film à Cannes 2016 !

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SCENARIO 76%
MISE EN SCENE 72%
ACTEURS 82%
PHOTOGRAPHIE 83%
BANDE SON 76%
APPRECIATION GENERALE 74%
Vote final

Maîtrisé et sensible, déployant (parfois un peu trop) sa flamboyance dans sa mise en scène tout en développant un mélo familial intime et sombre, « Julieta » est touchant dans sa justesse et son éventail des sentiments, même si l'on regrettera un récit un peu sage et surtout cette fin expédiée, très très frustrante, qui aurait pu déboucher sur une fin bouleversante...

Note finale 77%