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Johnny s’en va-t-en guerre : l’âme supérieure


Durant la Première Guerre mondiale, un jeune soldat est blessé par une mine : il a perdu ses bras, ses jambes et toute une partie de son visage. Il ne peut ni parler, ni entendre, ni sentir mais reste conscient. Dans la chambre d’un hopîtal, il tente de communiquer et se souvient de son histoire.

  • Réalisateur(s): Dalton Trumbo
  • Acteurs principaux: Timothy Bottoms, Don Red Barry, Kathy Fields
  • Date de sortie: 1971
  • Nationalité: Américaine
l'âme enfermé dans le corps..

l’âme enfermé dans le corps…

Présenté dans l’optique de la rétrospective consacrée à l’oeuvre unique, « Johnny s’en va-t-en guerre » est d’abord un scénario écrit à peine deux jours après le début de la Seconde guerre mondiale, et qui n’est adapté au cinéma qu’en 1971, soit pendant la guerre du Vietnam. On peut dire que le le film se situe au croisement de l’histoire de ce point de vue là. Malgré son grand prix du jury à Cannes, le film n’a pas rencontré un succès public. C’est étonnant que ce film n’ait pas marché, tant il se révèle bouleversant dans son histoire dans un premier temps : un homme qui a reçu un obus, se trouve amputé des deux jambes et des deux bras, et en ayant perdu presque tous ses sens, et ne pouvant se fier en définitive qu’aux vibrations du sol qu’il ressent ou le contact avec sa peau dès qu’on le touche. 

De cette terrible histoire vraie (puisque l’on nous apprend le nombre phénoménal de « gueules cassées » lors de la Première guerre mondiale), naît une double narration que mène Dalton Trumbo avec un certain génie, en s’appuyant sur le point de vue du spectateur (ce qu’il filme) et en incluant un deuxième point de vue, la voix-off de Johnny, et plus exactement la voix de son conscience, son seul point de repère.

Cette double narration nous permet de suivre la différence entre la croyance du personnage qui se fie aux vibrations, et ce que l’on voit, nous spectateur, ce qui procure parfois des rires lorsqu’il y’a un décalage, mais plus souvent de l’émotion, car on prend vraiment une pitié pour ce personnage de Johnny, superbement interprété par Thimothy Bottoms. Trumbo fait également appel à des flash-back qui, contrairement aux séquences post-accident à l’hôpital sont en couleurs, ce qui nous permettre de vivre avec lui ses meilleurs souvenirs (sa seule relation sexuelle avec sa nouvelle petite amie, ses relations avec son père). Le noir et blanc des scènes de l’hôpital assèche les sentiments pour leur donner un aspect des plus brut, appuie la nostalgie du personnage et son dénuement total.

Plus on avance dans le film, plus on se rapproche de ce personnage, qui va d’abord prendre conscience de son état désespéré (gardé en vie uniquement pour des expériences), puis va essayer de trouver un moyen de communiquer avec l’équipe médicale et enfin de les convaincre de soit le mettre au soleil (afin de se sentir plus vivant), soit le tuer. Malgré des longueurs (le film aurait pu être écourté d’une vingtaine de minutes) et le fait qu’on ne voit jamais le visage détruit du héros, le film pose la question fondamentale de l’âme supérieure au corps. Comment faire quand son corps et son âme ne coordonnent plus? et comment vivre sans corps? Saisissante et cruelle, la fin du film est l’une des plus terribles et plus renversantes que j’ai pu voir au cinéma !

 

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SCENARIO 90%
MISE EN SCENE 93%
ACTEURS 90%
BANDE SON 78%
APPRECIATION GENERALE 89%
Vote final

Malgré ses quelques longueurs, "Johnny s'en va-t-en guerre" est un film saisissant et cruel sur un jeune soldat seulement vivant par la conscience et le toucher de sa peau. Tout en dénonçant l'absurdité de la guerre, l'unique oeuvre de Dalton Trumbo laisse sa trace indélébile dans le cinéma par sa force émotionnelle rare et son récit prenant !

Note finale 88%