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Jack : L’esprit Dardenne


Fonceur, tenace et plein de ressources, Jack, dix ans à peine, est déjà seul responsable de sa famille : son petit frère Manuel, six ans, et leur mère célibataire aimante, mais totalement immature, Sanna, qui travaille la journée et fait la fête la nuit. Mais cet homme de la maison en culottes courtes n’est pas infaillible et un événement va venir bouleverser le quotidien de ce trio. Les services de protection de l’enfance décident alors de retirer la garde des deux garçons à la jeune femme et de placer Jack dans un centre d’hébergement.

  • Réalisateur(s): Edward Berger
  • Acteurs principaux: Ivo Pietzcker, Georg Arms, Luise Heyer
  • Date de sortie: 08/04/2015
  • Nationalité: Allemande
Un film brut puissant

Un film brut et puissant !!

Après avoir réalisé jusque là uniquement des épisodes de séries télévisées, l’allemand Edward Berger passe cette fois à l’échelon supérieur avec son tout premier long-métrage. Dans ses interviews, le cinéaste explique volontiers avoir eu l’idée de ce film après avoir eu connaissance d’un des amis de son fils qui vivait en alternance entre le domicile de sa mère et un foyer spécialisé. Ce film est avant tout le portrait d’un jeune garçon, Jack, 10 ans, livré à lui-même, aux responsabilités d’ adulte, qui doit s’occuper à la fois de son petit frère de 6 ans, Manuel que de leur mère, certes sympathique mais totalement immature, déambulant par exemple toute nue devant ses fils. Suite à un accident domestique qu’il cause, Jack se retrouve arraché de sa famille et placé en foyer.

Subtil et touchant, le film n’est pas qu’un simple et sempiternel film sur l’enfance, c’est avant tout un film sur une fuite perpétuelle du jeune garçon, qui pris d’une certaine solitude et d’un rejet des autres, va vouloir retrouver son frère cadet avant de d’essayer de retrouver leur mère mystérieusement disparue. C’est tout le contre-pied que prend le film, avec des enfants qui recherchent désespérément leur mère (alors que dans la plupart des films, on s’attend à l’inverse).

En suivant continuellement Jack de bout en bout (le point de vue de la mère n’existant quasiment jamais, tout est vu par le regard de Jack), Edward Berger semble clairement s’inspirer du cinéma des frères Dardenne, marqué par de nombreux plans séquences, un goût prononcé sur les gros plans, le travail fait autour de la question des corps, ou encore une photographie lumineuse qui contraste avec la noirceur certaine des situations de leur personnages. Je vous avais longuement parlé du formidable « Deux jours, une nuit » l’an passé sur la crise économique, « Jack » prend le parti d’aborder une crise familiale sans heurts ni cris (ou presque) où un garçon veut simplement reconstituer la cellule familiale réconfortante. Si l’on regrette un peu que certaines situations n’aboutissent à rien dans le récit (la violente dispute entre Jack et un autre camarade se termine de manière mystérieuse, ou encore la fuite du foyer, très rapidement expédiée), « Jack » est un film riche et immersif qui se révèle surprenant et prenant de bout en bout. Le film prend même le parti pris de se terminer d’une manière osée et extrêmement courageuse, en se détournant du thème central du film, de manière bigrement intelligente. Sans trop vous révéler cette fin, cela montre une maturité de Jack dans ses choix, après finalement un film qui ressemble à une lutte d’apprentissage en forme de bras de fer avec la société (et la ville de Berlin qui représente bien le gigantisme!)

Après le plutôt bon « Phoenix », voici donc un autre film allemand particulièrement réussi qui nous montre une nouvelle facette plus émouvante de cette cinématographie qui nous réservera surement encore de belles surprises.

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SCENARIO 85%
MISE EN SCENE 87%
ACTEURS 88%
BANDE SON 81%
PHOTOGRAPHIE 88%
APPRECIATION GENERALE 86%
Vote final

Loin d'être un énième film sur l'apprentissage de l'enfance, "Jack" se présente comme un film saisissant et prenant de bout en bout. Porté par le souffle narratif et une influence assumée pour la mise en scène des frères Dardenne, le film dégage une énergie folle, grâce à la révélation Ivo Pietzcker !

Note finale 85%