Nos avis Ciné

It comes at night : Hypnotique !


Interdit aux moins de 12 ans

Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu’il a mis en place est soudain bouleversé. 

 

  • Réalisateur(s): Trey Edward Shults
  • Acteurs principaux: Joel Edgerton, Riley Keough, Christopher Abbott
  • Date de sortie: 21/06/2017
  • Nationalité: Américaine

Si « It comes at night » est vendu comme un film d’horreur, il est en réalité tout autre chose. Sorti intelligemment pendant cette période de la Fête du cinéma, souvent propice pour les films d’épouvantes (Conjuring 2, Insidious), « It comes at night » est seulement le deuxième long-métrage après « Krisha » qui n’était pas sorti en salles en France l’an dernier. Pour ce film, Trey Edward Shults s’est beaucoup inspiré de sa propre vie, en partant notamment de la relation très instable avec son père, qu’il a accompagné jusqu’à sa mort d’un cancer du pancréas alors que père et fils ne s’étaient pas vu pendant dix ans. Le cinéaste, qui a abandonné la fac pour travailler avec Terrence Malick voue un culte pour le film « Shining » de Kubrick, dont son film se nourrit incontestablement.

Si le cinéma d’horreur est clairement dominé dans les salles par les productions Blumhouse et les found foutages en tout genre, « It comes at night » s’inscrit dans la veine du cinéma que je qualifierai de « film d’atmosphère » où l’angoisse naît grâce à la mise en scène. Souvent réussis graphiquement, ces films déçoivent souvent dans leur narration (It follows, The witch). « It comes at night » corrige un peu le tir, en occupant un terrain miné mais passionnant, celui du film catastrophe. On se retrouve dans un monde post-apocalyptique, après qu’un virus dont on ignore la source a décimé la population. Le film s’ouvre par la mort du grand-père après avoir été contaminée. Paul, Sarah et leur fils Travis vont le tuer et brûler le corps. De là, le film ne va cesser de faire naître l’anxiété chez le spectateur, avec l’arrivée d’un homme demandant de l’aide pour lui et sa famille. Loin de l’atmosphère sanguinolente de « The walking dead », « It comes at night » joue avec nos peurs de l’inconnu et s’amuse avec nos attentes de spectateurs. Ici, point de jump-scares à l’horizon mais de l’angoisse diffuse provoquant un malaise délicieux.

Trey Edward Shults suit particulièrement le point de vue de l’adolescent de 17 ans, victime de terribles cauchemars. Tout en déroulant son récit d’une manière extrêmement lente, ce qui désarçonnera bon nombre de spectateurs, « It comes at night » prouve l’adage : « Le diable est dans les détails ». C’est dans ces détails que le film trouve sa force. La caméra tournoie autour des personnages comme pour mieux nous désorienter dans son style. Captivant et imprévisible, « It comes at night » retourne aux fondamentaux en jouant avec les vieilles recettes qui marchent : l’obscurité, la peur de l’inconnu qui s’invite chez vous, l’animal blessé ou encore la forêt oppressante encerclant la maison. Avec ces petits riens, le cinéaste crée un huis clos modeste mais parfaitement efficace. Même si le rythme est volontairement très lent, on ne s’ennuie pas, totalement hypnotisé par cette mise en scène intrigante et tendue, mais aussi par ses acteurs : le duo/duel Joel Edgerton/Christopher Abbott entraîne le film plus loin encore dans l’horreur et le pessimisme d’un monde foutu, où le semblant de règles que tente de conserver le patriarche se heurte à l’imprévu et à autrui. Evidemment, « It comes at night » laisse un petit goût d’inachevé, où vous risquez de sortir avec plus de questions qu’au début, mais il n’en est pas moins maîtrisé, comme en atteste sa critique en creux du monde d’aujourd’hui sans pitié et cruel à souhait, avec une résonance politique mais aussi avec une intelligente structure en boucle de son scénario, surprenant et inquiétant.

email
SCENARIO 66%
MISE EN SCENE 86%
ACTEURS 77%
PHOTOGRAPHIE 80%
BANDE SON 75%
APPRECIATION GENERALE 79%
Vote final

Loin de toutes les productions horrifiques Blumhouse pas toujours réussies (et même souvent ratées), « It comes at night » est une variation entre film post-apocalyptique, horrifique et drame familial osée et oppressante. Trey Edward Shults prouve surtout qu'une mise en scène angoissante et travaillée peut déboucher à elle-seule sur un film réussi qui infuse dans nos esprits plusieurs jours après la projection.

Note finale 77%