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Intense et puissant Last Days of Summer


Fin de l’été 1987. Adèle et son fils vivent dans une petite ville de la Nouvelle-Angletterre. Henry, 14 ans, prend soin de sa mère qui reste cloîtrée chez elle depuis son divorce, fragilisée par ses angoisses. Peu de temps avant la rentrée scolaire, Henry a besoin de nouveaux habits. Adèle prend sur elle et accepte de se rendre en magasin. Pendant leurs achats, un homme blessé surgit et leur demande de l’aider, en l’emmenant chez eux. Adèle ne peut refuser tant son ton est péremptoire. Une fois chez eux, la photo de Franck apparaît alors dans les journaux télévisés : il s’agit d’un meurtrier évadé de prison.

  • Réalisateur(s): Jason Reitman
  • Acteurs principaux: Kate Winslet, Josh Brolin, Gattlin Griffith
  • Date de sortie: 30/04/2014
  • Nationalité: Américaine

 

Adèle (Kate Winslet) et son fils Henry (Gattlin Griffith)

Adèle (Kate Winslet) et son fils Henry (Gattlin Griffith)

Si on devait comparer le film Last Days of Summer à une image, je dirais immédiatement qu’il m’évoque une odeur : celle d’un fruit. Mais pas n’importe lequel. Un fruit qui en serait à une étape bien précise de sa maturation. Prenez, par exemple une pomme mûre, bien mûre, « trop » mûre. Elle exalte une odeur amère, forte et sucrée, légèrement écœurante. Encore comestible, elle est sur le point de basculer dans l’état de pourriture. J’ai bien dit « sur le point ». C’est à cet instant précis que se situe Last Days of Summer. L’ambiance tout entière du film se place dans le moment exact et précis de cet entre-deux, sans basculer ni d’un côté ni de l’autre. C’est comme si la moitié d’un corps se trouvait en suspens au-dessus d’une ligne sans avoir encore posé le pied de l’autre côté, mais qu’il tenait un parfait équilibre. Dans ce millième de seconde qui précède la chute –si chute il y a ! – Last Days of Summer nous tient en haleine.

Derrière sa caméra, Jason Reitman filme des personnages dans leur environnement quotidien et nous offre une image aux couleurs vieillies, passées. Les scènes ont un goût salé de peaux moites, une odeur de sueur, de dessous-de-bras et de cou qui transpirent. Les murs de la maison collent et les tapisseries ont perdu l’éclat de leur couleur. L’ensemble a l’allure et la senteur âcre d’un pou pourri poussiéreux. Elle est à la fois un refuge, mais aurait besoin d’un bon ménage de printemps ! En arrière-plan, les ventilateurs du décor nous rappellent sans cesse l’atmosphère lourde et pesante de cette fin d’été. Parfois, quelques rayons de soleil brièvement captés entre les feuillages d’un arbre sont là pour nous rappeler que l’air existe. Qu’il est possible de respirer, quelque part…

Dans cette ambiance et ces décors congestionnés, aux allures pourtant familières de maisons de grand-mère, les personnages vivent avec une invisible auréole de tension au-dessus de leur tête. D’ailleurs, tout le film tient dans ces odeurs et ces tensions diverses, qui lui confèrent son intensité.

 

Adèle soigne la blessure que Franck s'est faite lors de son évasion.

Adèle soigne la blessure que Franck s’est faite lors de son évasion.

Avant de poursuivre, replaçons rapidement le décor de ce drame romantique. Nous sommes à la fin de l’été 1987. Adèle et son fils Henry habitent dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, où il semble faire bon vivre. Depuis son divorce, Adèle reste cloitrée chez elle, luttant contre ses angoisses et son incapacité à les surmonter. Henry, 14 ans, a pris la place de l’homme adulte et prend sa mère en charge. De temps à autre, voisins et amis viennent leur rendre visite pour témoigner leur affection. Le dernier week-end d’été, Henry convint sa mère de sortir : la rentrée scolaire approche, il doit avoir de nouveaux habits. Au centre commercial, un homme blessé au visage leur demande de l’aide et les oblige à le cacher chez eux. C’est alors qu’au journal télévisé, sa photo apparaît sur l’écran : Franck s’avère être un évadé de prison. Petit à petit, une relation tendue puis intense s’installe entre les trois personnages. Une tension fil conducteur du film. Car …

Il y a la tension d’Henry, adolescent qui porte par le poids de sa mère pour ne pas qu’elle tombe. Il y a la tension d’Adèle, qui doit se confronter au monde extérieur et à ses propres démons. Il y a la tension de Jack. La tension de la relation entre les trois personnages. La tension sexuelle entre Adèle et Jack. Il y a ses vêtements à elle, tendus aussi par des rondeurs qui demanderaient à exploser. Un corps encore jeune qui aurait envie de vivre. Il est tellement trop tôt, à votre âge, chère Adèle, pour se claustrer dans une vie d’octogénaire… Chaque scène est orchestrée de telle sorte que la pression ne monte pas, mais reste stagnante jusqu’à la dernière minute du film. On retient sa respiration, on la bloque, on n’ose pas encore souffler. Il est trop tôt, même si les dés semblent jetés… Mais peut-être que … ?

 

Adèle (Kate Winslet), Franck (Josh Brolin) et Henry (Gattlin Griffith) pétrissent la pâte pour faire un gâteau.

Adèle (Kate Winslet), Franck (Josh Brolin) et Henry (Gattlin Griffith) pétrissent la pâte pour faire un gâteau.

Le trio Kate Winslet/Josh Brolin/Gattlin Griffith est d’une justesse délicieuse. Chacun d’entre eux incarne son personnage avec brio et profondeur. On est le témoin direct de leur relation, où germe petit à petit l’intensité, renforcée par leurs jeux de silences et de regards. C’est comme si de ces trois personnes naissait un roc, contre le reste du monde. Peu de mots, beaucoup de gestes, quelques chuchotements… Des gros plans sur leurs mains qui se touchent et pétrissent la pâte â gâteau (cette scène est magique !). Un autre gros plan sur une cheville ficelée ou une mèche de cheveux, qui s’entortille sur elle-même le long d’un cou.

Avec le rôle d’Adèle, Kate Winslet ne choisit certes pas l’originalité – Adèle n’est pas sans rappeler le personnage qu’elle interprétait dans The Hours –, mais ce qu’elle sait faire de mieux. Et elle le fait drôlement bien, on la retrouve avec plaisir. Elle seule pouvait être capable de donner à Adèle une telle force et une telle amplitude. Elle joue ici la partition de la gravité sans jamais tomber dans le pathos. Sur sa souffrance retenue, elle a recousu une carapace de solitude, mais se retrouve pourtant souvent confrontée à ses démons. Et puis Kate Winslet est tellement « caméra-génique » qu’elle en est captivante, et ce quel que soit son rôle ! Certes, je manque d’impartialité puisqu’elle est ma favorite parmi les favorites.

Last Days of Summer se révèle être un film fort, qui traite de la profondeur des relations humaines. Il pose la question de la fatalité, des hasards inopinés de la vie et des scénarios individuels répétitifs (et inconscients ?). Mais surtout, il parle de l’amour et de toute son échelle complexe de sentiments, en illustrant un vaste champ lexical : celui de la tendresse et de l’affection en passant par l’ardeur, l’amitié, la bienveillance, la douceur et la caresse. Tout en retenue et sans explosion d’émotions.

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Scénario 75%
Réalisation 70%
Jeu des acteurs 75%
Ambiance sonore 60%
Appréciation globale 75%
Vote final

Très bien interprété par Kate Winslet, Josh Brolin et Gattlin Griffith, Last Days of Summer est un film tout en tension (avec pourtant peu d'action) sur les relations humaines et les destins croisés des individus. L'image, travaillée et jaunie, retranscrit bien la chaleur de cette fin d'été, tout en moiteur, et l'ambiance pesante. Profond et intense.

Note finale 71%