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Hugo Cabret [Critique]


Affiche de "Hugo Cabret"

Hugo Cabret, c’est l’histoire d’un … :

Jeune garçon de douze ans, orphelin depuis le décès de son père (Jude Law) lors de l’incendie du musée dont il était le conservateur à Paris. Recueilli par son ivrogne d’oncle, il doit désormais vivre au sein des murs d’une gare parisienne, avec pour but de mettre la main sur la clé en forme de cœur qui seule pourra permettre de découvrir le secret détenu par l’automate que Hugo n’a de cesse de réparer depuis le décès de son père. Sa rencontre avec Isabelle, jeune fille d’un marchand de jouets (interprété par le grand Ben Kingsley) de la gare en sachant beaucoup sur l’automate, va bouleverser sa vie…

Hugo Cabret, Meilleur Film … ou demi-film ?

Un film de Martin Scorsese est toujours un événement. Toujours ? Enfin, presque… Et force est d’admettre que non seulement, Hugo Cabret n’a au premier abord rien à voir avec le reste de la filmographie du plus italien des New-Yorkais (un conte pour enfants par le roi des films sur la Mafia, c’est ce qu’on appelle un changement drastique d’univers….), mais que par ailleurs, les premières bandes-annonces du film se montrèrent relativement inquiétantes : un Paris méconnaissable plus proche du Londres de Dickens (heureusement que la Tour Eiffel est là pour nous rappeler que oui, nous sommes bien en France), une atmosphère enfantine à limite de la mièvrerie, et surtout, une histoire aussi simpliste que plate…

Malheureusement, la première moitié du métrage confirme ces (mauvaises) premières impressions, de longues minutes pendant lesquelles Martin Scorsese peine avec son matériau d’origine (le film est tiré d’un roman illustré pour enfants intitulé L’Invention de Hugo Cabret), cherchant son rythme au sein d’une histoire ne le passionnant guère (les enjeux et leurs aboutissements sont expédiés en moins d’une heure, sur les deux qu’en compte le film…), dirigeant comme il peut un duo d’enfants peu inspiré (mention spéciale au jeune Asa Butterfield dont la performance ne restera guère dans les annales, même s’il serait injuste d’écarter Chloë Moretz, tout aussi fade, de ce triste constat), et s’épuisant quelque peu à donner un réel souffle à son récit. Ainsi, autant dire que le tout part mal

Mais après tout, cela reste un film de Scorsese, et la plus grande des erreurs à ne pas commettre serait de ne s’en tenir qu’à cette malheureuse première partie. Malheureuse, certes, mais loin d’être inintéressante malgré tout. Car au-delà d’un scénario loin d’être folichon, s’il y a un domaine sur lequel le réalisateur saura mettre tout le monde d’accord, c’est bien sur la mise en scène, absolument somptueuse et inattaquable (le mot n’est pas trop fort). Une photographie sublime (on appréciera ou non cette vision tronquée de Paris, mais le pari visuel quant à lui est bel et bien remporté), des effets visuels tout en élégance et en précision (à voir en 3D pour en apprécier davantage la substantifique moelle : rarement celle-ci n’aura été utilisée à si bon escient), une caméra d’une fluidité exemplaire, bref, Scorsese en impose et en remontre à la jeune garde par une maitrise jamais démentie.

Puis, arrive la seconde partie du film : LE véritable film de Martin Scorsese. Car oui (et ce sans trop en dévoiler), ce dernier, par l’intermédiaire d’une pirouette scénaristique bien trouvée renvoie aux oubliettes le conte pour enfants pour mieux laisser place à l’un des plus beaux hommages rendus au cinéma des origines, j’entends par ceci le cinéma de George Méliès. Délesté des contraintes propres aux récits enfantins, c’est un Scorsese libéré qui nous offre une dernière heure absolument fascinante, d’une humilité rare (à plus forte raison de la part d’un monument du 7ème Art comme l’est Martin Scorsese), et d’une exquise poésie.

Aussi, amateurs de contes, passez votre chemin, ce film (ou demi-film) ne s’adresse pas autant à vous que les producteurs aimeraient bien le faire croire : Martin Scorsese, avec Hugo Cabret, s’il galvaude (de manière assez honteuse, ne le cachons pas) ce pan de son film, cherche avant tout à parler aux amateurs du Cinéma, à son histoire, ses origines, ses fondements, et pour le coup, le fait avec un brio rare.

 

Conclusion :

Hugo Cabret joue avec les paradoxes et les non-dits. Vendu comme un film pour enfants, ce n’est pourtant rien de moins qu’un hommage (et quel hommage !) au Cinéma et à son créateur que Martin Scorsese nous offre, bâclant une première partie manquant de souffle et de panache (de passion et d’intérêt ?), pour mieux se sublimer dans une seconde moitié proprement excellente, touchante, poignante.

Un demi-film raté, pour un autre intéressant et maîtrisé ET à conseiller sans hésiter !

P.S. : à ce sujet, je conseille à tous l’écoute de l’excellente émission « Au Coeur de l’Histoire » consacrée à Georges Méliès disponible à l’adresse suivante : http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Au-coeur-de-l-histoire/Sons/Georges-Melies-le-pere-du-cinema-799249/. Un parfait complément au film !

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