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Gérontophilia : « Mon fils couche avec un vieux schnock de 80 ans ! »


Lake, 18 ans, un garçon plutôt ordinaire, vit avec une mère névrosée et sort avec une fille de son âge, un peu excentrique. Mais il se découvre un penchant de plus en plus fort pour… les vieux messieurs. Embauché dans une maison de retraite pour l’été, il tombe sous le charme de M. Peabody, un séduisant patient de 82 ans.

  • Réalisateur(s): Bruce LaBruce
  • Acteurs principaux: Pier-Gabriel Lajoie, Walter Borden, Katie Boland
  • Date de sortie: 26/03/2014
  • Nationalité: Canadienne
Une histoire d'amour peu banale !

Une histoire d’amour peu banale !

Si l’on reproche au cinéma de plus en plus souvent de manquer de créativité, on ne peut qu’applaudir la démarche de Bruce LaBruce (réalisateur sulfureux de la transgression sexuelle) d’oser filmer l’amour naissant entre un jeune étudiant de 18 ans et un vieillard de 80 ans. Car si à mon sens, le cinéma se doit de raconter des histoires, il doit aussi éviter de recycler les mêmes indéfiniment. (Halte aux love-story trop faciles telles que « Tu veux ou tu veux pas »).

Cette rencontre fortuite, dans le cadre du travail du jeune Lake, démarre doucement et s’installe très progressivement, notre découverte de sa gérontophilie arrivant avant sa relation avec Monsieur Peabody. Ce film brouille les pistes des genres avec brio, passant de la comédie au drame en quelques secondes, et surtout ne juge à aucun moment la psychologie du personnage de Lake, ce qui permet au film de prendre de la hauteur, et de faire passer l’amour avant la question de la différence d’âge.

Gandhi personnage central du film!

Gandhi personnage central du film!

 

Finalement, les reproches que l’on pourrait faire au film seraient surtout sa briéveté (1h22) très court, ce qui écourte considérablement la passion entre les deux amants qui met du temps à démarrer. Mais aussi la relation « hétéro » que Lake entretient avec sa copine dont Bruce LaBruce ne sait pas trop quoi en faire. Mis à part ces quelques défauts, beaucoup de qualités émanent de ce film : l’interprétation solaire et mystérieuse du beau Pier-Gabriel Lajoie, et du malicieux et saillant Walter Borden, la mise en scène de LaBruce, qui en filmant les corps en gros plan et en utilisant des brillants ralentis qui allongent le temps, pas forcément dans des moments « plaisants » comme il est coutume de le faire, mais aussi dans des moments plus gênants (l’érection de Lake à la piscine lorsqu’il fait du bouche-à-bouche à un vieil homme en difficulté).

Cette mise en scène permet de créer une certaine sensibilité bienveillante, doublé d’un humour décalé ravageur (la jalousie de Lake lorsque certains hommes s’approchent un peu trop près de « son » homme). Enfin, le portrait de Gandhi qui trône au dessus du lit du héros et qui incarne une certaine volonté divine et une autorité supérieure devient à lui seul le troisième personnage du film, puisqu’il apparaît comme celui qui oriente le personnage de Lake dans « le chemin divin » en quelque sorte.

 

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SCENARIO 78%
MISE EN SCENE 88%
ACTEURS 86%
BANDE SON 91%
APPRECIATION GENERALE 81%
Vote final

A la fois drôle et triste, beau et décalé, "Gérontophilia" est une très belle surprise, venue tout droit du Canada (décidément très en verve avec "Mommy") L'amour naissant entre un jeune homme de 18 ans et un vieillard de 80 ans est filmé avec une sensibilité bienveillante, une sensualité étonnante, le tout sublimé par une bande son hypnotique !

Note finale 84%