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Frantz : Du très bon Ozon !


Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles dans la ville.

  • Réalisateur(s): François Ozon
  • Acteurs principaux: Pierre Niney, Paula Beer
  • Date de sortie: 07/09/2016
  • Nationalité: Française

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A 48 ans et avec 15 longs-métrages jusqu’ici, François Ozon s’est fait une place importante dans un certain cinéma d’auteur dans le cinéma français. Le cinéaste aime explorer divers genres qu’il parvient même à méler : film fantastique, comédie, film policier, thriller ou encore film à costumes. Parmi ses films marquants, on retient « Sous le sable » (avec Charlotte Rampling), « Huit femmes » (2001) réunissant un casting féminin impressionannt, « Potiche »(2010) ou encore « Jeune et jolie » (2013) ou « Une nouvelle amie » (2014). Pour son seizième film, Ozon adapte « Frantz », un remake de « Broken Lullaby », un film d’Ernst Lubitsch réalisé en 1932, et lui même

adapté d’une pièce de Maurice Rostand, publiée en 1930. Avec « Frantz », Ozon a fait appel à l’une des grandes stars du cinéma français, Pierre Niney qui enchaîne trois films en 2016, après la comédie « Nine » en mars dernier et avant « L’odyssée » de Jérôme Salle. A ses côtés, une jeune actrice allemande totalement inconnue, Paula Beer, premier de ses films à connaître une sortie en France.

L’histoire de « Frantz » tourne autour d’un thème majeur, qui est le mensonge, François Ozon jugeant le contraste intéressant avec notre « époque obsédée par la vérité et la transparence. » Pour cette histoire se déroulant juste après la fin de la Première Guerre mondiale, le cinéaste a fait le choix du noir et blanc, pour un choix avant tout économique mais aussi artistique. Donnant au film un aspect classique, ce noir et blanc est très réussi et colle parfaitement au récit du film où la nostalgie et la tristesse demeurent deux sentiments omniprésents au lendemain de la guerre. Pour être précis, Ozon s’autorise ça et là la couleur lors de séquences bien précises, lorsque nous découvrons des moments de bonheur, qu’ils soient réels ou fictionnels.

Ces choix de photographie et dans le visuel du film rejoint ainsi son scénario. On assiste en réalité à 2 films en un seul, avec deux parties bien distinctes. La première concerne la venue d’Adrien, ce jeune français en Allemagne lorsqu’il va prier sur la tombe de Frantz, un allemand mort au combat. Adrien va se rapprocher d’Anna, sa compagne devenue veuve, mais aussi par les parents de Frantz, intrigués par sa présence et par le lien qui existait entre Adrien et leur fils. Touchante lorsqu’elle évoque le difficile travail de deuil et les blessures physiques et psychologiques de l’après-guerre, cette première partie immisce également de véritables doutes dans la tête du spectateur. On s’interroge sur la relation qui liait Adrien et Frantz, et sur de possibles liens amoureux entre les deux hommes. Mais ceci est constamment remis en doute par les paroles et les faits d’Adrien, qui nous font douter en même temps qu’Anna, qui commence à éprouver des sentiments pour ce jeune français, qu’elle voit comme une sorte de double de son défunt compagnon, avec lequel elle avait prévu de se marier.

Puis, vient une révélation au milieu du film qui vient modifier totalement notre perception du film. A ce moment, « Frantz » bascule dans une seconde partie où c’est Anna qui va se rendre en France à la recherche d’Adrien, et qui -elle aussi- va se confronter au rejet des habitants en raison de sa nationalité. Grâce à cette narration bien équilibrée et déployant un bon suspense plus prenant que l’on aurait imaginé, le film opère comme une passerelle pour une certaine réconciliation franco-allemande. Ozon ne se permet jamais de juger ni les actes, ni les mensonges de ses personnages. Il faut également mentionner les performances de Pierre Niney, tout en fragilité et en pudeur, mais aussi de Paula Beer, véritable révélation du film et qui vient d’ailleurs de repartir du Festival de Venise avec le prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir féminin pour ce rôle.

 

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SCENARIO 85%
MISE EN SCENE 82%
ACTEURS 88%
PHOTOGRAPHIE 80%
BANDE SON 75%
APPRECIATION GENERALE 83%
Vote final

Finalement, malgré son classicisme forcené, « Frantz » est un film plein de sensibilité, de pudeur et de subtilité. Porté par un Pierre Niney toujours au top, et par la révélation Paula Beer, le nouveau film de François Ozon bénéficie d'un scénario intelligent jouant avec le spectateur sur la notion du secret et du mensonge. Pour notre plus grand plaisir...

Note finale 82%