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Foxcatcher : l’entrée en lutte


« Foxcatcher » raconte l’histoire vraie des frères Schultz, deux champions de lutte, qui, après avoir remporté une médaille d’or aux Jeux Olympiques de Los Angeles, furent recrutés par John du Pont. Ce dernier, milliardaire excentrique obsédé par les honneurs, la nation et surtout par les hommes musclés en justaucorps, nouera peu à peu avec Mark une relation malsaine et vénéneuse qui finira tragiquement.

  • Réalisateur(s): Bennett Miller
  • Acteurs principaux: Channing Tatum, Mark Ruffalo, Steve Carell
  • Date de sortie: 21/01/2015
  • Nationalité: Américaine
C'est la lutte finale !!

C’est la lutte finale !!

Auréolé au dernier Festival de Cannes (en décrochant le Prix de la mise en scène), « Foxcatcher » débarque enfin sur nos écrans, deux mois après sa sortie américaine. C’est d’ailleurs un des derniers films « cannois » à être sortis aussi tardivement (après l’excellent « Les nouveaux sauvages » dont j’avais parlé la semaine dernière). Réalisé par Bennett Miller (auteur de « Truman Capote » et « Le stratège »), « Foxcatcher » nous propose une fascinante plongée dans le monde de la lutte. Au passage, je l’avais déjà exprimé ici il y’a quelque temps, je trouve qu’il y’a trop peu de film ayant pour sujet le sport, et donc peu de bons films. Heureusement, Ron Howard et son formidable « Rush » avait heureusement remédié à cela.

Mais venons-en au film, qui suit le parcours sportif des frères Schultz pendant 2h14. Pendant les premières minutes, on peut penser que le film va emprunter un chemin assez classique dans le sous-genre « du film de sport ». Seulement voilà, la rencontre avec John du Pont va changer la donne et propulser le film dans un face à face souvent en huis clos très tendu. Loin des conventions narratives habituelles, « Foxcatcher » suit l’apprentissage de Mark Schulte formé par son entraîneur John du Pont, le tout inspiré d’une histoire vraie. Porté par ce duo improbable sur le papier mais extraordinaire, qui fonctionne à merveille et des combats filmés avec précision et immersion. Channing Tatum en lutteur à la fois dur à l’extérieur mais très sensible à l’intérieur, et Steve Carell méconnaissable, qui, malgré une apparence courtoise, révèle des parts d’ombre très inquiétantes.

Un discours sur l'Amérique profonde...

Un discours sur l’Amérique profonde…

 

Au-delà d’une simple reconstitution d’un fabuleux destin sportif (même si l’on voit que Bennett Miller n’est pas toujours intéressé par le résultat sportif, il structure son récit de manière  à ce que les Championnats du monde et les Jeux Olympiques de Séoul deviennent des tournants de l’intrigue), le réalisateur propose un point de vue plus original et plus creusé qui est de concentrer sur cette relation souvent ambigüe et complexe (qui flirte avec l’homosexualité) entre deux personnages porté par le même but, la fierté et la reconnaissance de leur pays. N’oublions pas que l’intrigue se déroule entre les années 70 et 80, et que l’on est encore en pleine Guerre Froide.

En plus de se concentrer sur ce duo qui deviendra ensuite duel, Bennett Miller sonde, à travers cette histoire, les valeurs américaines et ses travers au moyen du sport, vecteur de reconnaissance très important aux Etats-Unis. Si le duo/duel fonctionne parfaitement, il a toutefois tendance à écraser un peu les autres personnages, la mère de John du Pont dont le réalisateur n’exploite pas suffisamment la place dans l’intrigue ou encore le personnage de Dave, le frère de Mark, assez obscur aussi et qui a du mal à exister également, sauf dans le dernier quart d’heure du film. Mais le défaut du film pour moi, est de demeurer trop opaque et mystérieux jusqu’au bout, c’est sa principale force pendant presque tout le film mais c’est son défaut aussi lorsqu’il s’agit de conclure le film. Au final, on ignore les vraies raisons de la dispute entre l’entraîneur et le sportif, ou encore les raisons de la dernière scène (que je ne révèlerai pas) qui demeureront jusqu’au bout cachées.

 

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SCENARIO 74%
MISE EN SCENE 92%
ACTEURS 86%
BANDE SON 69%
PHOTOGRAPHIE 88%
APPRECIATION GENERALE 81%
Vote final

Primé pour sa mise en scène à Cannes, "Foxcatcher" est une leçon de précision de Benett Miller. Porté par un duo qui deviendra duel entre Channing Tatum, bête sensible et Steve Carrell, monstre habité, le film, s'il demeure fascinant et prenant, perd un peu d'intensité vers la fin à cause d'une fin trop opaque, où les non-dits, trop présents, pèsent un peu sur l'intrigue.

Note finale 81%