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Eternité : Pesant et monocorde


Quand Valentine se marie à 20 ans avec Jules, nous sommes à la fin du 19e siècle. À la fin du siècle suivant, une jeune Parisienne, l’arrière-petite-fille de Valentine, court sur un pont et termine sa course dans les bras de l’homme qu’elle aime. Entre ces deux moments, des hommes et des femmes se rencontrent, s’aiment, s’étreignent durant un siècle, accomplissant ainsi les destinées amoureuses et établissant une généalogie… Une éternité…

  • Réalisateur(s): Tran Ahn-Hung
  • Acteurs principaux: Audrey Tautou, Mélanie Laurent, Bérénice Béjo
  • Date de sortie: 07/09/2016
  • Nationalité: Française

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Après avoir réalisé 5 longs-métrages, dont « L’odeur de la papaye verte » (1992), le réalisateur franco-vietnamien Tran Anh Hung revient avec « Eternité », l’adaptation du roman « L’Elegance des veuves » d’Alice Ferney, paru en 1995. Un ouvrage qui selon le cinéaste « l’a bouleversé par cette histoire de famille nombreuse, de filiation et de généalogie. Quand je vois une famille nombreuse, j’éprouve un sentiment de solidité, de pérennité qui m’évermeille » Pour mettre en image ce récit fou se déroulant sur un siècle, le réalisateur a fait appel à un casting formidable, avec Audrey Tautou comme martriarche, par qui tout a commencé, mais aussi à Bérénice Béjo et Mélanie Laurent en cousines qui perpétuent la lignée familiale. Autour d’elles gravitent des rôles masculins plus discrets mais tout aussi intense, avec Pierre Deladonschamps et Jérémie Rennier. L’histoire d ‘ « Eternité » s’appuie en fait essentiellement sur ses acteurs de renom, et sur l’audace de son récit. Un risque d’autant plus marqué que Tran Anh Hung a décidé de s’affranchir de l’écriture cinématographique classique pour ce film. Comme il l’explique : « Il n’y a quasiment pas de scènes dans le film, mais seulement des situations esquissées qui passent, qui s’écoulent, entraînées inexorablement par le temps. C’est seulement en prenant ce risque extrême que je pouvais espérer restituer au spectateur l’émotion que j’ai reçue en lisant le livre, une émotion très particulière. »

En effet, on peut affirmer que le film ne plaira pas à tout le monde, loin de là ! « Eternité » est à mille lieues de ce que l’on a l’habitude de voir. Ainsi, le film ne comporte quasiment aucun dialogue et déverse pendant toute la durée du film de la musique classique au piano, avec également la présence d’une voix-off omnisciente, qui ne représente aucun personnage du récit, comme s’il s’agissait d’une voix supérieure, voire religieuse. De plus, il faur savoir que le film ne se déroule pas tout à fait sur un siècle mais suit le personnage jouée par Audrey Tautou, tout au long de sa vie de 15 à 85 ans. Alléché par la bande-annonce sublime, on espérait qu’ « Eternité » pouvait procurer le grand frisson lié au temps qui passe. Passé la première demie-heure, consacrée au personnage d’Audrey Tautou, qui serre la gorge et qui procure des instants de grâce, le film accumule les longueurs. Le souci principal réside essentiellement en son scénario assez redondant qui enchaîne les naissances et les morts de chaque personnage, sans vraiment s’identifier à eux. Quasiment aucune scène de vie ne vient lier le récit, ce qui anéantit l’attachement aux personnages, et par la même occasion l’émotion qui aurait dû en découler logiquement.

Le cinéaste Tran Ahn-Hung signe un film assez monocorde au ton relativement déprimant. Si la photographie lumineuse est léchée et le jeu des acteurs est précis et superbe, « Eternité » développe une voix-off omniprésente pesante, l’impression d’assister à des tableaux vivants sur fond d’album photo (certes c’est très beau, mais tout est assez figé).

 

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SCENARIO 53%
MISE EN SCENE 64%
ACTEURS 68%
PHOTOGRAPHIE 73%
BANDE SON 45%
APPRECIATION GENERALE 52%
Vote final

Malgré la beauté « papier glacé » de la plastique du film, « Eternité » enchaîne séquences de vie et de mort, assez prenant dans la première demie-heure mais assez vite lassant et pesant. Le spectateur est tenu constamment à distance des émotions trop contenues par les quelques lignes de dialogues, et oubliant de recontextualiser historiquement chaque séquence. Au final, dans ces dédales du temps qui passe, le spectateur sera vite étouffé et perdu. Une déception au regard de sa bande-annonce prometteuse !

Note finale 59%