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Encore heureux : Humour noir


D’accord, Marie est un peu fatiguée de l’insouciance de son mari Sam, cadre sup au chômage depuis 2 ans. D’accord, elle est très tentée de se laisser séduire par ce bel inconnu qui lui fait la cour. D’accord, il y a aussi le concours de piano de sa fille… Si cet équilibre dingue et léger tient à peu près debout, un événement inattendu jette toute la famille sur un chemin encore plus fou.

  • Réalisateur(s): Benoît Graffin
  • Acteurs principaux: Sandrine Kiberlain, Edouard Baer, Bulle Ogier
  • Date de sortie: 27/01/2016
  • Nationalité: Française
Une comédie atypique et imparfaite

Une comédie atypique et imparfaite

 

Présenté en compétition officielle au Festival de comédie de l’Alpe d’Huez, « Encore heureux » sort sur nos écrans, et réunis pour la troisième fois deux acteurs taillés sur mesure pour la comédie Sandrine Kiberlain (césarisée dans « 9 mois ferme », et qui a brillée ces dernières années dans « Floride », « Les gamins » et surtout dans « Elle l’adore ») et Edouard Baer (qui avait interprété notamment Astérix dans la dernière version). Le cinéaste Benoît Graffin (signant son troisième long-métrage) a d’abord eu l’idée de réaliser ce film pour montrer qu’une famille peut être un espace de folie, à l’opposée de la norme. Et de la folie, il y’en a dans ce film ! La comédie repose sur cette mère de famille qui doit s’occuper à la fois de ses enfants, de son mari, personnage insouciant et tête en l’air au chômage depuis deux ans, tout en essayant de permettre à sa famille de rester à flots. La jeune fille de la famille apprend des cours de piano chez la voisine du dessus, jusqu’au jour où en plein cours celle ci va succomber d’une crise cardiaque. La fille de la famille va avoir une drôle d’idée permettant à sa famille de pouvoir s’en sortir. De là, de mensonge en non dits, « Encore heureux » va se déployer en film assez fou.

L’une des grandes forces de cette comédie repose sur ses dialogues (écrits par l’humoriste Nicolas Bedos) et cela se ressent tant certains de ces dialogues sont acides et tranchants autour du décalage entre classes sociales. Se présentant comme une fable immorale, « Encore heureux » semble clairement inspirée des comédies à l’italienne (on pense notamment à « Affreux, sales et méchants » du regretté Ettore Scola). La première partie du film, présentant les personnages, est rythmée, plaisante et loufoque. L’excellente Sandrine Kiberlain éclabousse une nouvelle fois de son talent comique, et emporte l’adhésion du spectateur. On s’attache à cette mère de famille, seul repère mature de la famille, qui tente désespérément de pousser son mari à chercher du travail, et tente de jongler avec sa vie de famille et de femme. Séduite par un homme qui la « sauve » après un vol de nourriture, elle va hésiter et se perdre dans les décisions qu’elle doit prendre. Surprenant dans son démarrage, cette comédie drôle sur fond pourtant assez grave (la dégringolade sociale, suivie d’une dégringolade morale) est parfois inégale. Car s’il est certain que certains passages ne brillent pas par leur subtilité ou leur crédibilité, on s’amuse des drôles des situations vécues par les personnages, doté d’une vraie réflexion sur la question de la relation entre le bien matériel et le fait d’être heureux.

On regrette surtout cette deuxième partie du film lorsque le film se transforme en road-movie en fuyant la police, que j’ai trouvé plus maladroite et manquant vraiment de rigueur dans son scénario, avec des invraisemblances devenant dès lors trop visibles. Saluons néanmoins le talent des comédiens et en particulier des comédiennes (le rôle ingrat de la voisine voulant respecter scrupuleusement la loi, ou encore la mère de Sandrine Kiberlain, sorte de Tatie Danielle.) Drôle, parfois touchant, « Encore heureux » est une comédie grinçante comme on aimerait en voir plus souvent au cinéma, et surtout si le film pourrait se tenir jusqu’à sa fin. Car même si l’humour très noir du film et l’amoralité que celui développe est agréable et rafraichissant, celui ci à du mal à se prolonger sur l’entièreté du film, qui devient pour sa part, confus.

 

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SCENARIO 64%
MISE EN SCENE 76%
ACTEURS 75%
HUMOUR 76%
PHOTOGRAPHIE 65%
APPRECIATION GENERALE 74%
Vote final

Drôle, parfois touchant, « Encore heureux » est une comédie grinçante, teintée d'humour noir comme on aimerait en voir plus souvent au cinéma. Dommage que le film (en deux parties) se met à déployer trop d'invraisemblances dans sa seconde partie.

Note finale 71%