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Elle : Sulfureux et bestial !


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Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

  • Réalisateur(s): Paul Verhoeven
  • Acteurs principaux: Isabelle Huppert, Laurent Laffite et Virginie Effira
  • Date de sortie: 25/05/2016
  • Nationalité: Française

Elle

 

Présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes dont il est reparti bredouille, « Elle » est l’adaptation cinématographique de « Oh.. », un roman de l’écrivain français Philippe Dijan. C’est le réalisateur néerlandais Paul Verhoeven qui (à 77 ans) s’y colle, lui qui s’est fait connaître pour le thriller érotique « Basic Instinct » ou encore trois grands classiques de la science-fiction « Robocop »,« Total Recall » ou encore « Starship troopers ». Dix ans après son absence des écrans (depuis « Black book » en 2006), celui que l’on surnomme le hollandais violent s’attèle à réaliser son premier film en français, avec des acteurs principalement français. Au départ, Paul Verhoeven voulait réaliser son film aux Etats-Unis avant de renoncer en raison de contraintes trop nombreuses, il a a déclaré : « C’était compliqué, d’un point de vue financier, et aussi artistique : on s’est rendus compte qu’aucune actrice américaine n’accepterait de jouer dans un film aussi amoral. Même celles que je connaissais bien, il leur était impossible de dire oui à un tel rôle. Alors qu’Isabelle Huppert, que j’avais rencontrée au tout début du projet, elle était très partante pour faire le film. »

Le film ne perd pas de temps et rentre directement dans l’action dérangeante du film. On entend des cris et des coups pendant que Verhoeven nous filme un chat (celui de la victime) inactif et regardant l’action. L’action, en réalité, c’est le viol de Michèle, une femme d’une cinquantaine d’années par un homme cagoulé et vêtu de noir. D’abord choquée, Michèle prendra cet événement avec un calme déconcertant, en ne souhaitant pas porter plainte, tout en cherchant à se défendre en achetant une hachette, un spray pour les yeux et en s’entraînant dans un stand de tir. Mais au delà de ça, le film nous montre pendant deux heures, cette femme gérant ce traumatisme d’une façon ambivalente, entre une certaine fascination pour le sexe et une certaine crainte pour l’avenir.

Assumant une grande amoralité, « Elle » est un film qui ne laisse pas indifférent, ne serait-ce d’abord dans son genre, le film oscillant entre un drame sombre, un thriller mais aussi un humour corrosif dans certaines situations ou dans la folie de Michèle, incarnée avec un talent fou par une Isabelle Huppert ahurissante, taillée pour ce rôle ambigu. De par les répliques caustiques, tout comme certains personnages secondaires apportant de bonnes notes d’humour (qu’il s’agisse du chat, de la voisine très pieuse qui regarde scupuleusement la messe de Noël ou encore le collègue de Michèle), « Elle » est un film qui étonne constamment, mais qui est aussi dur et dérangeant. Imprégné dans une atmosphère érotique et sexuelle, le film assume son côté vénéneux et subversif rare au cinéma, qui parvient à créer un certain suspense (même si l’on devine assez rapidement l’identité du violeur) mais qui discute à l’intérieur de lui-même sur sa propre morale. Avec ce film en forme de palettes aux multiples émotions où le spectateur passera du rire à la peur avec de la violence frontale, Verhoeven assume ce film à la fois noir et drôle où l’immoralité est le maître mot (certaines des actions des personnages sont difficilement compréhensibles) et explore la perversité et les relations extra-conjugales avec une vision novatrice et contemporaine.

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SCENARIO 86%
MISE EN SCENE 92%
ACTEURS 92%
PHOTOGRAPHIE 90%
BANDE SON 84%
APPRECIATION GENERALE 87%
Vote final

Aussi nerveux que sulfureux, « Elle » confronte constamment humanité et bestialité (alors que Verhoeven déclare volontiers que « Nous ne sommes guère plus que des morceaux de chair »), et se révèle être cynique et perturbant, où l'on ne s'ennuie pas et où malgré quelques questions restées sans réponses, laisse une marque indélébile et forte, portée par Isabelle Huppert plus vénéneuse que jamais. Une œuvre majeure du hollandais violent Paul Verhoeven !

Note finale 88%