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Dunkerque : Une expérience immersive puissante !


Le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940.

 

  • Réalisateur(s): Christopher Nolan
  • Acteurs principaux: Fionn Whitehead, Cillian Murphy, Kenneth Branagh, Tom Glynn-Barney, Jack Lowden, Harry Styles
  • Date de sortie: 19/07/2017
  • Nationalité: américaine

Chaque film de Christopher Nolan est un événement. Le cinéaste est souvent considéré (à tort ou à raison) comme un génie du 7ème art, de par son style assez particulier et reconnaissable. Ses thèmes de prédilection résident dans ses questionnements philosophiques, une construction complexe du temps, la moralité humaine et l’identité propre. Comme en témoigne ses précédents films « Memento », « Insomnia », « Le prestige ». Mais c’est incontestablement sa nouvelle trilogie de Batman (« Batman Begins », « The Dark Knight » et « The Dark Knight rises ») et le mystique « Inception » qui lui aura permis de rencontrer un succès considérable et une assise commerciale incontestable. Son précédent long-métrage « Interstellar » encensé par la critique, m’avais personnellement déçu par sa trop grande complexité et son foisonnement excessif. Avec « Dunkerque », Nolan s’intéresse à une bataille marquante de la Seconde Guerre Mondiale. Nous sommes en 1940. Environ 400 000 soldats britanniques, français, canadiens et belges se retrouvent encerclés par les troupes allemandes à Dunkerque. Leur seule issue : traverser la Manche pour rejoindre l’Angleterre. Appelé l’Opération Dynamo, cette mission de sauvetage fut par la suite nommé « le miracle de Dunkerque » tant celle-ci paraissait impossible.

Entièrement tourné à Dunkerque (pour respecter fidèlement les faits historiques), cette superproduction hollywoodienne risque de marquer d’une pierre blanche le cinéma de guerre. Nolan est probablement l’un des seuls cinéastes à pouvoir tourner des grosses productions tout en conservant un regard attentif sur la qualité. Défenseur de la pellicule, Nolan a tourné ce film en 70mm Imax et Super Panavision 65mm pour garder la meilleure qualité d’image possible. Dommage que si peu de cinémas bénéficient de cette nouvelle technologie. « Dunkerque » innove aussi dans son genre, s’il a toutes les allures du film de guerre, Nolan rejette cette appellation pour le classer comme « un survival et surtout un film à suspense. » « Dunkerque » se vit surtout comme une expérience cinématographique, à l’instar de « Gravity » (2013). On suit cet événement sous trois angles : les soldats attendant sur la jetée et la plage, les aviateurs combattant l’ennemi nazi et enfin une mission de sauvetage de civils britanniques qui traversent les courants pour sauver leurs soldats. De cette trilogie des éléments (terre-eau-air), Nolan déforme le temps, en créant une chrnologie en trois temps : une heure pour les aviateurs, un jour pour le bateau anglais, une semaine pour les soldats sur la plage.

Cette chronologie si particulière rend le film complexe et parfois difficile à suivre d’un point de vue de l’intrigue. On passe d’une chronologie à une autre sans aucune indication un souhait de Nolan pour mieux nous placer du point de vue des soldats qui n’avaient aucun point de repère. Si le scénario nous déstabilise parfois, « Dunkerque » est un grand film d’immersion, un cauchemar sans fin. Sans jamais montrer le visage d’un seul nazi, « Dunkerque » nous fait frémir par la puissance de ses images, la maîtrise de son cadre où le hors-champ (le bruit des avions bombardiers) participe grandement à l’oppression ressenti. Ce climat anxiogène qui nous tient en haleine de bout en bout (malgré la complexité du récit) est mis en valeur par la partition sonore absolument incroyable d’Hans Zimmer, faite de tic-tac incessants et d’un minimalisme entêtant apportant au moins pour moitié à la qualité du film. Ce film risque de laisser certains spectateurs sur le quai par son manque d’ampleur scénaristique, la légère prétention de Nolan de complexifier au maximum son récit ou encore sur le manque de sang, ce qui dans un film de guerre apparaît pourtant comme indispensable.

Qu’importe, Nolan réussit son pari de renouveler le film de guerre en le rendant immersif au plus haut point, et ce, sans réelle tête d’affiche. Pas de personnages principaux dans ce film, mais une multitude de personnages plongés dans cet enfer collectif. Mentionnons les performances de Tom Hardy dont on ne voit quasiment jamais le visage entier, Kenneth Branagh en capitaine héroique, Cillian Murphy mais aussi ces jeunes acteurs tous excellents, y compris Harry Styles, ex-chanteur des « One Direction ». Proche du cinéma muet, avec des dialogues réduits à la portion congrue, « Dunkerque » impressionne et fascine par sa radicalité et son intensité palpable. On ressort de la salle lessivé et abasourdi par l’expérience, même si on se perd dans les temporalités, le suspense du film faisant office de liant entre le récit et la photographie d’une maîtrise folle.

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SCENARIO 71%
MISE EN SCENE 88%
ACTEURS 84%
PHOTOGRAPHIE 89%
BANDE SON 96%
APPRECIATION GENERALE 88%
Vote final

Véritable expérience de cinéma, « Dunkerque » est un survival de guerre épatant et moderne. Même si la triple chronologie rend le film parfois difficile à suivre, on est accroché à son fauteuil par la puissance immersive du film, auxquelles participent grandement la bande-son électrisante d'Hans Zimmer et le talent de metteur en images de Christopher Nolan.

Note finale 86%