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D’une famille à l’autre : Intense et brillant !


Felipe profite de sa fin d’adolescence dans les fêtes branchées de São Paulo. Sa mère, qui l’élève seule avec sa jeune soeur, lui laisse une grande liberté. Sauf que leur mère n’est pas leur mère: un test ADN prouve qu’elle les a enlevés à la naissance. Séparés, les enfants sont précipités dans leur vraie famille. Les parents biologiques de Felipe, à sa recherche depuis 17 ans, se retrouvent face à un adolescent qui ne partage pas tout à fait leur conception de la vie…

  • Réalisateur(s): Anna Muylaert
  • Acteurs principaux: Naomi Nero, Dani Nefussi, Matheus Nachtergaele
  • Date de sortie: 20/07/2016
  • Nationalité: Brésilienne

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Il y’a un peu plus d’un an, la réalisatrice brésilienne Anna Muylaert signait son deuxième long-métrage, intitulé « Une seconde mère ». L’histoire d’une femme de ménage servant de mère de substitution à une famille aisée, et qui voit débarquer sa propre fille qu’elle n’a pas vu depuis des années était un film absolument merveilleux, oscillant entre un humour savoureux et un récit émouvant. Anna Muylaert continue de creuser la question d’un amour maternel non originel mais adoptif avec ce film « D’une famille à l’autre » dont l’histoire est issue d’une célèbre histoire vraie au Brésil où une femme a volé trois enfants à la maternité et qui a dû les restituer à ses parents biologiques des années plus tard. Même si la réalisatrice considère « Une seconde mère » comme son film le plus mature, elle voit son nouveau film comme « une nouvelle route faite de rébellion et d’imprefection, une manière plus provocatrice de raconter une histoire mais également une cinématographie différente. »

« D’une famille à l’autre » commence d’une manière étonnante en nous montrant un ado errant dans une fête et draguant dans le même temps un garçon puis une fille. Cette introduction traduit ce brouillage d’identité auquel va être confronté Pierre (comme il est nommé dans ce qu’il pense être sa famille biologique). Finalement, on découvre que Pierre a été enlevé à sa naissance et qu’il s’appelle en réalité Felipe. Séparé de sa sœur (également enlevée à la naissance), on suit donc cet ado dans sa nouvelle famille, qui ne partage pas du tout le même mode de vie. Un sujet en or pour Anna Muylaert qui parvient à tirer un certes, certes moins bon que le précédent, mais qui dégage un flot d’émotions. La cinéaste choisit de montrer ce trouble adolescent déchiré dans sa propre identité avec peu de mots mais par certaines séquences fortes, comme celle du premier repas dans un restaurant (où l’on comprend par des regards et des silences que la greffe n’opére pas entre Felipe et ses parents biologiques) ou cette séquence du bowling, où Felipe fait exprès de mal jouer après été forcé d’y venir malgré son manque d’intérêt. La cinéaste insiste sur la situation propre et délicate de Felipe, au risque de laisser complètement de côté la sœur de Felipe, dont on ignore son sort dans sa nouvelle famille. Anna Muylaert ne nous montre pas non plus la mère voleuse d’enfants, l’aspect juridique y est ici complètement absent.

En évitant tout pathos, « D’une famille à l’autre » oscille entre le drame intimiste et familial et la comédie, porté par ce personnage de Felipe, androgyne qui aime s’habiller en femme, alors que sa famille biologique ne voit pas cela d’un bon œil, comme si celui ci s’amusait à les défier, et non comme son identité. Le film traite aussi la dualité dans son ensemble où beaucoup d’éléments sont traités sous la figure du double : la bisexualité, les deux mères jouées par la même actrice, le lien en miroir entre Felipe et son nouveau frère Loca qui ne lui ressemble en rien ou encore les situations sociales des deux familles à l’opposé. Si « D’une famille à l’autre » est un cran en dessous d’ « Une seconde mère », c’est essentiellement à cause de sa fin beaucoup trop expéditive. C’est suffisamment rare pour être mentionné mais le film aurait mérité une durée plus longue. Au lieu de cela, Anna Muylaert termine son film sur une très jolie image mais s’arrête au moment exact où la situation de conflit avec sa nouvelle famille pourrait s’inverser, laissant le spectacteur sur sa faim. Sa brièveté se retrouve aussi dans ses intrigues principales qui ne sont pas suffisamment développés nous laissant pensifs et un poil déçu.

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SCENARIO 81%
MISE EN SCENE 87%
ACTEURS 89%
BANDE SON 76%
PHOTOGRAPHIE 84%
APPRECIATION GENERALE 88%
Vote final

Finalement, « D'une famille à l'autre » est un drame brésilien intense et brillant autour de la quête d'identité d'un adolescent en perte de repères perdu dans sa famille originelle. Dommage que le film soit si court et ne déploie pas son récit sur une durée plus longue.

Note finale 84%