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Desierto : Tel père, tel fils…


Interdit aux moins de 12 ans
Désert de Sonora, Sud de la Californie. Au cœur des étendues hostiles, emmené par un père de famille déterminé, un groupe de mexicains progresse vers la liberté. La chaleur, les serpents et l’immensité les épuisent et les accablent… Soudain des balles se mettent à siffler. On cherche à les abattre, un à un.

  • Réalisateur(s): Jonas Cuaron
  • Acteurs principaux: Gael Garcia Bernal, Jeffrey Dean Morgan, Alonda Hidalgo
  • Date de sortie: 13/04/2016
  • Nationalité: Mexicaine

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En 2013, sortait « Gravity », un space-opéra fabuleux autour d’une femme tentant de survivre dans l’espace et faisant tout son possible pour rejoindre la terre ferme. Réalisé par Alfonso Cuaron, « Gravity » était un film d’une virtuosité technique rare et qui s’est révélé être un pur chef d’oeuvre. Le fils du réalisateur Jonas Cuaron a quand à lui participé à l’écriture de « Gravity » et avait également signé la même année un court-métrage tout à fait original, intitulé « Aningaaq » qui nous offrait un point de vue terrestre de l’histoire orchestrée par son père. Pour « Desierto », c’est cette fois le fils Jonas qui passe à la réalisation et Alfonso, le père qui l’écris et le produit. Pour Jonas Cuaron, qui signe ici seulement son deuxième long-métrage, cette histoire serait une version parallèle de Gravity. Il explique : « Desierto est en quelque sorte sa version terrestre. La différence essentielle -en plus du budget (3 millions de dollars contre 100)- c’est qu’il devait, lui, inventer une réalité, alors que je devais m’adapter à celle déjà existante. Comme pour Gravity, mes principales références ont été Duel de Spielberg et Runaway Train de Kontchalovski. Deux films qui semblent être de purs thrillers, de purs films d’action, mais qui finalement dépassent l’action pour devenir existentiels… »

Evidemment, le film ne peut échapper à la comparaison avec l’illustre film de son père, et cela dès son démarrage, où l’on voit sur un plan fixe de très loin, une voiture rouler de la droite à la gauche de l’écran avec une traînée de poussière derrière elle. On pense tout de suite à Gravity dans cette certaine lenteur dans le mouvement de quelque chose qui nous apparaît peu à peu à l’écran, tout en insinuant une impression de danger. Tourné dans des conditions naturelles très difficiles, Jonas Cuaron a dû faire face à de nombreux soucis, comme la chaleur écrasante qui a provoqué l’évanouissement de deux acteurs au début du tournage, mais aussi l’isolement et les problèmes de télécommunications. Ceci dit, le jeu en vaut la chandelle tant « Desierto » est un très bon film. On y suit donc un groupe de clandestins mexicains franchissant la frontière pour entrer aux Etats-Unis, leur voiture ayant tombé en panne, ils doivent donc finir le trajet à pied. Seulement voilà, un homme mystérieux va traquer et veut les éliminer un par un.

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Le gros point positif du film réside dans son atmosphère oppressante et étouffante, avec une mise en scène similaire à celle du père de Jonas Cuaron, avec une relation de l’homme avec la nature, la création d’un huis clos à ciel ouvert (qui fonctionne extrêmement bien ici) et un parallèle entre le lenteur des mouvements et le caractère urgent des situations humaines. Le film nous montre toute la cruauté de cet homme (joué avec brio par le tétanisant Jeffrey Dean Morgan, aperçu récemment dans le rôle de méchant déjà dans la dernière saison « The walking dead »). Si la longue séquence d’éxécution froide et violente nous accroche littéralement à notre fauteuil tout en provoquant une certaine gène révoltante, le film va ensuite se muer en survival où un petit groupe de 5 clandestins mené par Moïse (la connotation religieuse n’étant évidemment pas innocente) va donc devoir éviter ce terrifiant tueur Sam, mais aussi de son chien Traqueur, absolument terrifiant, puisque comme son maître, ce chien est un véritable tueur armé de ses crocs et de sa vitesse. Si l’on peut peut-être regretter le manque de profondeur des personnages (qui auraient mérité d’être étoffés sur leurs motivations) et si l’on peut constater quelques incohérences dans le récit, mais cependant, le scénario direct mais surtout empreint d’une énorme tension nous offre un film sans temps mort, extrêmement prenant. Mais « Desierto » est aussi une réflexion tout à fait juste et terrifiante sur le reflet de cette Amérique xénophobe et raciste, où des hommes n’hésiteraient pas à se servir d’armes (à cause de cette politique de libre accès des armes aux Etats-Unis) pour se faire justice eux même, en se servant du désert pour tuer en toute discrétion. On ressort du film le cœur lourd et assez effaré par la violence brute du film (qui est vraiment à déconseiller aux moins de 12 ans!) Le film est au final un sorte de mix efficace entre « Duel » de Spielberg ou encore « Hors de portée » dans le face à face, « 127 heures » de Danny Boyle pour le côté survivaliste et aussi « Gerry » pour la désorientation.

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SCENARIO 86%
MISE EN SCENE 92%
ACTEURS 88%
BANDE SON 87%
PHOTOGRAPHIE 92%
APPRECIATION GENERALE 87%
Vote final

Certes un cran en dessous de « Gravity », « Desierto » est une chasse à l'homme dans le désert absolument terrifiante, incarné par ce face à face tendu entre Gael Garcia Bernal et Jeffrey Dean Morgan. Suivant les traces de son père, Jonas Cuaron signe une mise en scène au cordeau hyper réaliste et efficace et ménageant un énorme suspense de bout en bout, et ce malgré ses quelques incohérences largement pardonnables.

Note finale 88%