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De toutes mes forces : Brillant de réalisme !


Nassim est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer. Malgré la bienveillance de la directrice, il refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre. Tel un funambule, Nassim navigue entre ses deux vies, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer…

 

  • Réalisateur(s): Chad Chenouga
  • Acteurs principaux: Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu
  • Date de sortie: 03/05/2017
  • Nationalité: Française

Deuxième long-métrage après le méconnu « 17, rue bleue » sorti il y’a 17 ans, Chad Chenouga revient à la réalisation après s’être essayé au court-métrage et à la série télé, avec une teneur autobiographique, à l’instar de son premier film. Le cinéaste avait déjà raconté son placement en foyer dans « La niaque », une pièce de théâtre qu’il avait écrite et jouée en 2011. « De toutes mes forces » a obtenu le Grand Prix Sopadin 2015 du Meilleur scénariste, et le film ne sort donc que deux ans après sa première projection. Chenouga a voulu transmettre une méthode de travail spécifique pour ce film, comme il l’explique dans ses interviews : « Je désirais que la mise en scène soit vivante et rythmée à l’image de leur propre énergie. Nous avons alterné des plans posés avec des plans à l’épaule, qui épousaient plus leur rythme et leur laissaient une liberté de mouvement dans le cadre. Nous avons surtout essayé de ne pas trop les contraindre techniquement parlant (…) Je les ai systématiquement encouragés à s’amuser face à la caméra. »

La volonté de Chenouga était de raconter un parcours initiatique de cet adolescent pas comme les autres, en cloisonnant deux mondes : celui de son établissement scolaire parisien huppé et celui de son foyer tourmenté. On suit donc Nassim, 17 ans, un ado comme tous les autres en apparence. Jusqu’à ce que sa mère malade meure soudainement d’un excès de médicaments. Il cache alors à ses camarades de classe qu’il vient d’être placé dans un foyer de jeunes. Difficile de ne pas penser aux « 400 coups » de François Truffaut dans l’apprentissage de la vie par des adolescents. On songe beaucoup au récent « La tête haute » d’Emmanuelle Bercot dans ce tumulte d’ados violents. « De toutes mes forces » parvient à s’inspirer de ces influences sans jamais les copier, et en trouvant son propre ton. Même s’il traite de sujets difficiles (l’échec scolaire, le suicide, le deuil), le film n’est jamais plombant, et trouve sa force dans son naturel et son réalisme social, très empreint du cinéma de Ken Loach.

Malgré quelques longueurs dans le récit, « De toutes mes forces » reflète notre société, dans ses classes séparées entre deux France, celle chanceuse et une autre moins chanceuse. Au milieu, l’acteur Khaled Alouach nous éblouit et nous bouleverse par son jeu naturel. Une vraie révélation ! Yolande Moreau est également parfaite dans cette directrice de foyer, parfois dépassée, parfois autoritaire, mais toujours au grand cœur. La mise en scène d’une grande simplicité n’est pas sans nous rappeler le cinéma des frères Dardenne, en prenant des airs de documentaire et sert à la puissance narrative du propos. Chad Chenouga nous propose un récit tout en nuances, qui suit les errements psychologiques de Nassim, qui ment à tout le monde dont la fille qu’il convoite. Il va aussi faire le difficile apprentissage de la vie, avec son lot de bêtises et d’erreurs plus ou moins graves. Oscillant constamment entre drame et comédie, le film fait la part belle aux sentiments, et tire le portrait d’une adolescence en morceaux et fracturée.

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SCENARIO 77%
MISE EN SCENE 84%
ACTEURS 83%
PHOTOGRAPHIE 78%
BANDE SON 76%
APPRECIATION GENERALE 82%
Vote final

« De toutes mes forces » impressionne par sa justesse dans la peinture qu'il fait de la vie en foyer mais aussi dans la performance de Khaled Alouach qui crève littéralement l'écran ! Une vision à la fois moderne, touchante et réaliste de « 400 coups » de Truffaut.

Note finale 80%