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De la terre sur la langue : de l’onde sur l’écran…


Don Silvio, malade et condamné, demande à ses petits-enfants de le tuer, en échange il leur lèguera ses terres. Lucia et Fernando découvrent son passé, sa sauvagerie et préfèrent prolonger son agonie.

  • Réalisateur(s): Ruben Mendoza
  • Acteurs principaux: Richard Cordoba, Gabriel Mejia, Alma Rodriguez
  • Date de sortie: Inconnue à ce jour
  • Nationalité: Franco-colombienne
Un film aride sur ses rapports humains...

Un film aride sur ses rapports humains…

 

Présenté en compétition internationale au 34ème Festival international du film d’Amiens, « De la terre sur la langue », film franco-colombien est le deuxième long-métrage de Ruben Mendoza. D’entrée, le film ne fait pas dans la demie-mesure et nous montre des images de vie en fash-back et en image sépia.

Âpre, « De la terre sur la langue » est un film sans concession, qui montre un homme irrascible Don Silvio qui, malade et se sentant condamné, demande à ses deux petits-enfants de le tuer, selon un schéma bien précis. Après « Violent » et « Ventos de Agosto », la nature est encore très présente dans ce film, non seulement dans son titre, mais surtout dans la résonance qu’entretient cette nature avec les êtres qui y vivent. L’un des axes fondamental de ce film réside dans la mise en scène d’échos permanents, au travers de jeux des ondes et des ombres, que Ruben Mendoza filme avec fascination pour le spectateur. Le personnage de Don Silvio fait souvent des ricochets sur l’eau paisible qui va servir de réceptacle à sa détresse et à ses plans (cailloux, puis son tracteur  qu’il va plonger dans le lac). En plus de l’onde provoquée par l’eau, motif régulier du film, on retrouve dans la mise en scène tranchante, on retrouve un procédé d’accumulation des éléments : on nous montre une vache en décomposition, avant d’en voir un peu plus tard une dizaine! Cela pourrait même faire penser à un procédé hitchcockien avec « Les oiseaux ».

Aussi bien dans sa forme et dans son fond, le film est un film très aride, où les émotions restent cachées et qui donne très peu narrativement. C’est à la fois sa force de demeurer dans le registre d’un visuel qui en dit plus que les mots, mais c’est aussi sa petite faiblesse de ne pas avoir suffisamment bâti un récit plus solide dans cette histoire, certes sordide mais forte.

Même si le film présente des trous d’air narratifs (on regrette par exemple que Ruben Mendoza se focalise presque exclusivement sur le personnage de Don Silvio, et que le dilemme psychologique des deux petits-enfants ne  soient pas suffisamment mis en avant)  « De la terre sur la langue » demeure un film intéressant dans sa photographie, qui se joue des contrastes des éléments et dans sa mise en scène de la putréfaction (qui touche d’abord l’âme avant les corps, les animaux avant les Hommes). Sur ce point, la scène du massacre du cochon, particulièrement violente est le reflet d’une progression inéluctable vers une violence devenue presque nécessaire.

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SCENARIO 69%
MISE EN SCENE 83%
ACTEURS 68%
PHOTOGRAPHIE 85%
BANDE SON 59%
APPRECIATION GENERALE 68%
Vote final

Film âpre et aride dans sa forme et dans son fond, "De la terre sur la langue" est brillant dans sa mise en scène des ondes (et des conséquences de chaque action) et par sa photographie proche des éléments et des Hommes, mais un peu plus chaotique dans son récit qui ne creuse pas assez le dilemme psychologique des petits-enfants.

Note finale 72%