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D’après une histoire vraie : un Polanski un peu moins inspiré mais toujours délicieusement tortueux


Delphine est l’auteur d’un roman intime et consacré à sa mère devenu best-seller.
Déjà éreintée par les sollicitations multiples et fragilisée par le souvenir, Delphine est bientôt tourmentée par des lettres anonymes l’accusant d’avoir livré sa famille en pâture au public.
La romancière est en panne, tétanisée à l’idée de devoir se remettre à écrire.
Son chemin croise alors celui de Elle. La jeune femme est séduisante, intelligente, intuitive. Elle comprend Delphine mieux que personne. Delphine s’attache à Elle, se confie, s’abandonne.
Alors qu’Elle s’installe à demeure chez la romancière, leur amitié prend une tournure inquiétante. Est-elle venue combler un vide ou lui voler sa vie ?

  • Réalisateur(s): Roman Polanski
  • Acteurs principaux: Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Perez
  • Date de sortie: 01/11/2017
  • Nationalité: Française

Avec ses 21 longs-métrages à son actif, Roman Polanski est un des cinéastes les plus doués. Sa filmographie explore tous les genres, aussi bien des comédies, des films fantastiques ou des thrillers bien ficelés. Sa marque de fabrique reste toutefois le huis clos, sous-genre cinématographique qu’il maîtrise à la perfection, comme en atteste ses deux précédents films, « Carnage » et « La vénus à la fourrure », deux purs exercices de style imprimant une véritable maestria sur sa gestion de l’espace. Ses purs chefs d’oeuvre, que sont dans l’ordre chronologique, « Rosemary’s baby » (1968) « Le locataire » (1976), « Le pianiste » (2003) et « The ghost writer » (2010) attestent de son talent inné pour mettre en scène un suspense angoissant, où ses personnages sont prisonniers de situations et de lieux inextricables.

Quatre ans après son dernier film (La vénus à la fourrure), Roman Polanski revient avec une nouvelle adaptation, celle du roman « D’après une histoire vraie » de Delphine De Vigan, récompensé en 2015 par le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens. Réadapté avec l’aide d’Olivier Assayas, le film traite d’une opposition entre deux femmes, une grande première dans le cinéma de Polanski, qui traite généralement de la lutte d’un homme ou d’une femme, seul face aux autres et à son environnement proche. Ou plus récemment, un duel homme/femme, voire deux couples dans le cas de « Carnage ». Il met en scène pour la cinquième fois son épouse Emmanuelle Seigner, dans le rôle de l’auteure à succès confronté au syndrome de la page blanche. Précisons d’abord que je n’ai pas encore lu le livre et que je m’appuie uniquement sur le film. Le premier plan est saisissant et traduit du génie du cinéaste qui ne nous montre le ballet incessant des fans venus faire signer leur ouvrage auprès de l’auteure filmée de dos, en la tarissant d’éloges, dont certains gratinés. Delphine craque et demande d’arrêter la séance d’autographe, jusqu’à ce qu’une mystérieuse jeune femme, prénommée Elle, lui demande un dernier effort. Au fil de la conversation, les deux femmes vont se lier d’amitié, et Elle va se montrer de plus en plus envahissante.

« D’après une histoire vraie » brasse tous les thèmes majeurs du cinéma de Polanski (le double, la folie, la dissolution de son identité). Ce thriller psychologique se révèle vite prenant, avec une tension permanente et crescendo. Cependant, « D’après une histoire vraie » semble recycler les thèmes de Polanski, sans vraiment faire preuve d’une grande inventivité. La mise en scène du cinéaste, d’habitude si créative, manque d’inspiration, utilise certaines idées de ses films précédents (l’escalier du « Locataire », les différentes échelles de plans où le personnage se trouve « accroché » symboliquement à un objet de l’arrière-plan comme dans « The ghost writer » ou « Rosemary’s baby »). Le cinéaste franco-polonais paraît avoir perdu un peu de son humour mordant, si cher à sa filmographie.

Quand au scénario, Polanski n’exploite pas suffisamment la frontière entre réalité et fantasme, même si l’ensemble demeure prenant grâce en particulier à Emmanuelle Seigner, qui habite véritablement son personnage d’écrivaine perdue. Eva Green, qui surjoue un peu, reste parfaite dans le rôle de ce double inquiétant. Contrairement à ce que bon nombre de critiques ont pu trouvé, la fin surprend, et même si ce twist n’est pas d’une folle originalité, celui-ci donne envie de visionner le film une nouvelle fois. Le talent du cinéaste est de toujours laisser planer le doute en faisant en sorte que le spectateur réfléchisse à son œuvre après la séance. Et en cela, il se démarque de bon nombre de films, que l’on oublie dès son visionnage terminé.

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SCENARIO 67%
MISE EN SCENE 70%
ACTEURS 75%
PHOTOGRAPHIE 77%
BANDE SON 74%
APPRECIATION GENERALE 75%
Vote final

Loin d'être le meilleur film de Polanski (« Le Pianiste », « Rosemary's baby », « The ghost writer » et « Le locataire » faisant toujours parti de ses références), « D'après une histoire vraie » est un thriller psychologique honnête. Même si le cinéaste semble manquer d'inspiration dans sa mise en scène, le cinéaste prouve son habileté à proposer un récit rythmé et sans temps mort, et prouve que même si son film n'est pas un chef d'oeuvre, il reste au dessus de la mêlée.

Note finale 73%