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Chocolat : Biopic fort et nécessaire


Du cirque au théâtre, de l’anonymat à la gloire, l’incroyable destin du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française. Le duo inédit qu’il forme avec Footit, va rencontrer un immense succès populaire dans le Paris de la Belle époque avant que la célébrité, l’argent facile, le jeu et les discriminations n’usent leur amitié et la carrière de Chocolat. Le film retrace l’histoire de cet artiste hors du commun.

  • Réalisateur(s): Roschdy Zem
  • Acteurs principaux: Omar Sy, James Thiérrée, Clotilde Hesme
  • Date de sortie: 03/02/2016
  • Nationalité: Française

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Quelle incroyable histoire que celle de Raphael Padilla (alias le clown Chocolat) devenant le premier artiste noir en France. Cette histoire avait eu le droit à une pièce de théâtre réussie que j’avais eu la chance de voir en première représentation à Amiens en 2012(« Chocolat, clown nègre » mis en scène par Marcel Bozonnet. Après avoir signé trois films qui avait comme point commun d’aborder le racisme sous toutes ses formes (avec « Mauvaise foi », l’émouvant « Omar m’a tuer » et le convaincant « Bodybuilder »), Roschdy Zem adapte donc à son tour cette histoire pour trois raisons, selon lui : filmer le Paris du 19ème siècle, racontant l’histoire d’une amitié entre deux hommes sociologiquement très différents, enfin et surtout pour raconter l’histoire du personnage de Chocolat.

Ce film se sépare en deux parties, celle de l’ascenscion irrésistible du duo entre Chocolat et Footit, et celle de la chute. Loin de se cantonner à un film politique, « Chocolat » est un film protéiforme qui dépeint un homme devenue une légende. Sur ce schéma narratif classique, Roschdy Zem développe d’abord la rencontre dans un cirque de province entre Chocolat, d’aborrd là pour effrayer les spectateurs comme si c’était un animal sauvage, et Footit, le clown blanc qui souhaite relancer la carrière. Les premiers numéros sont laborieux et ne font rire personne. Jusqu’à ce qu’un sketch bête et méchant où Footit bote les fesses de Chocolat, provoque l’hilarité du public et devient le gimmick qui fera leur gloire. De là, le film nous montre la montée progressive de ce duo comique, puis, la déchéance de ce duo, après que Chocolat voulut s’introduire dans la société d’une manière différente.

« Chocolat » est, avant tout, un film qui parvient parfaitement à faire la symbiose entre un divertissement familial et un biopic sombre sur fond de racisme. En effet, le film est une charge envers les stéréotypes racistes, et devient un hommage vibrant au monde du spectacle (avec des numéros extrêmement réussis filmés avec soin). Agréablement surprenant, le film immisce le spectateur dans le monde du cirque, dans le Paris de la Belle époque en nous intéressant à cette histoire, qui résonne avec force dans la société actuelle où le racisme refait trop souvent surface. Familiale et touchante, la première partie du film laisse donc la part belle aux numéros de cirque, tout en montrant que le public rit avant tout de ces stéréotypes racistes. Et c’est cela qui va déclencher le retournement du film. Chocolat a toujours l’impression de se faire avoir, rêve de devenir un comédien de théâtre comme les autres (et si possible jouer du Shakespeare) et sortir de ce rôle récurrent où l’on se moque de lui. Ce personnage est toujours accroché à ce dilemme où il doit accepter de se faire boter les fesses pour conserver sa place sociale.

Dans sa seconde moitié, « Chocolat » dégage un fond dramatique en montrant la chute du personnage joué par un Omar Sy absolument formidable. Même chose pour le personnage du clown blanc Footit interprété par James Thiérrée, qui n’est autre que le petit fils de Charlie Chaplin. Dans ce film assez émouvant et terrifiant (lorsque l’on comprend que le public de l’époque riait au premier degré des stéréotypes racistes), il est difficile de lui trouver des défauts (à part quelques longueurs), si ce n’est que Roschdy Zem a préféré concentrer cette histoire dans les coulisses de cette histoire, en effaçant la dimension politique. Mais c’est un parti pris, et l’ensemble passe très bien comme cela.

 

 

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SCENARIO 84%
MISE EN SCENE 88%
ACTEURS 86%
BANDE SON 81%
PHOTOGRAPHIE 88%
APPRECIATION GENERALE 87%
Vote final

Finalement, « Chocolat » remet au goût du jour cette légende disparue de la mémoire collective, mis en scène avec talent par Roschdy Zem et interprété avec brio par ses comédiens. Un film que je vous recommande chaudement.

Note finale 85%