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Carol : Voluptueux


Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol, femme séduisante, prisonnière d’un mariage peu heureux. À l’étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond. Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

  • Réalisateur(s): Todd Haynes
  • Acteurs principaux: Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler
  • Date de sortie: 13/01/2015
  • Nationalité: Américaine
Rooney Mara, prix d'interprétation féminine à Cannes

Rooney Mara, prix d’interprétation féminine à Cannes

 

Présenté en compétition au Festival de Cannes et après avoir obtenu la Queer Palm et le Prix d’interprétation féminine pour Rooney Mara, « Carol » arrive enfin dans nos salles, huit mois après ses premières projections. Tiré du roman du même nom de Patricia Highsmith, publié en 1952, le film dépeint une relation lesbienne dans la société américaine des années 1950, rigide sur ses valeurs. Cette histoire d’amour dépeinte dans le livre et le film s’inspire largement de la romance qu’a entretenue l’auteur avec une femme bourgeoise plus âgée qu’elle qui a perdu la garde de son enfant du fait de ses relations homosexuelles.

Le film commence d’une manière tout à fait mystérieux où l’on voit deux femmes discuter autour d’un verre dans un bar chic de New York en 1963. Un homme, qui reconnaît la plus jeune des deux femmes, interrompt l’intimité évidente entre les deux femmes. On se retrouve ainsi à la fois déboussolé (on a l’impression d’arriver en cours de film) et immergé (puisque le spectateur suit cet homme qui vient s’immiscer dans cette discussion à l’évidence privée). Puis, le film revient en arrière et nous découvrons la rencontre assez commune entre les deux femmes. Thérèse (Rooney Mara) est une vendeuse modeste dans un magasin de jouets alors que l’intrigue commence en plein rush de Noël. Elle croise le regard de Carol (Cate Blanchett) vêtu d’un élégant manteau de fourrure qui l’intrigue par sa classe naturelle et son assurance. Une paire de gants oubliée par Carol va permettre le rapprochement entre les deux femmes, qui vont devoir gérer leur vie familiale compliquée. Le couple entre Carol et son mari bat de l’aile, et celle-ci veut tout faire pour ne pas perdre la garde de sa fille, alors même que son passé ne joue pas en sa faveur (elle a couché avec une autre femme, qui n’est autre que la marraine de sa fille). Peu à peu, Carol et Thérèse vont se rapprocher et tomber amoureuse.

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La brillante idée du film est d’avoir conçu deux caractères très différents, l’intériorité timide de Thérèse contre l’exubérance assumée de Carol, créant une complémentarité entre les deux femmes, jouées avec grâce et talent par Cate Blanchett et Rooney Mara, qui sans dégager une alchimie parfaite, sont assez époustoufflantes dans leur jeu respectif. Là où le film est vraiment réussi, c’est dans son esthétique. Cette histoire d’amour bénéficie en effet d’une mise en scène voluptueuse, sensorielle et quasi onirique, très proche du rêve. Sauf que le film entrecroise justement le rêve de l’amour et le cauchemar (le récit du film est assez sombre lorsqu’il aborde le poids des traditions de la société, et la difficulté de s’affranchir de ces conventions conservatrices.

Aux antipodes stylistiques et émotionnelles de « La vie d’Adèle » (d’Abdellatif Kechiche) l’autre grand film traitant de l’homosexualité féminine, « Carol » se veut être un film plus sobre, à la photographie plus travaillée et soignée, et aux cadres recherchés. Cette recherche de l’esthétisation parfaite a malgré tout tendance à écraser un peu les sentiments et à rendre le film un peu froid et rigide. En clair, le film a tous les arguments pour bouleverser : une histoire forte, des actrices parfaites, une photographie et une mise en scène excellente jouant sur des jeux de miroirs et de voiles ajoutant un certain raffinement et une certaine mélancolie au film. Pour l’anecdote, le film a été tourné en Super 16 afin de restituer au mieux des films en 35mm de l’époque. Mais le film n’arrive pas à faire parvenir autant de sentiments que prévu, la faute à un récit parfois un peu plat et un scénario qui parfois ennuie (en témoigne la scène de sexe assez ratée et expédiée rapidement), et surtout un manque d’émotion y compris chez les actrices. La scène finale réhausse finalement ce film, où l’intériorité des sentiments prime sur l’outrance. Au final, « Carol » est donc un film sensible sur un sujet fort, mais qui aurait pu être un chef d’oeuvre si le film, un poil renfermé sur lui-même, aurait contenu et surtout partagé plus d’émotions avec le spectateur.

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SCENARIO 78%
MISE EN SCENE 84%
ACTEURS 85%
BANDE SON 82%
PHOTOGRAPHIE 86%
APPRECIATION GENERALE 63%
Vote final

« Carol » est un film sensible sur un sujet fort et interprété avec grâce par Cate Blanchett et Rooney Mara mais qui aurait pu être un chef d'oeuvre si le film, un poil renfermé sur lui-même, aurait contenu et surtout partagé plus d'émotions avec le spectateur.

Note finale 79%