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Blue Jasmine : notre avis


Tout s’écroule dans la vie de Jasmine, femme au foyer mariée à un riche homme d’affaires. Suite à la séparation de son couple, la jeune femme quitte New-York et part s’installer chez sa soeur, à San Francisco, pour faire le point et remettre de l’ordre dans sa vie. Réjouissante, cette tragicomédie de Woody Allen nous dévoile une Cate Blanchett hyptonisante, au sommet de sa classe et de son élégance. Grâce à une mise en scène cousue à la perfection et une interprétation très juste, le réalisateur nous transporte d’un sentiment à l’autre, et conserve son fil conducteur : le cynisme.

  • Réalisateur(s): Woody Allen
  • Acteurs principaux: Kate Blanchett, Alec Baldwin, Sally Hawkins
  • Date de sortie: 25/09/2013
  • Nationalité: Américaine

 

Cate Blanchette, sublime dans le dernier long-métrage de Woody Allen.

Cate Blanchett, à la fois sublime et risible dans le dernier long-métrage de Woody Allen.

 

Réjouissant. Voilà, c’est le mot. Oui, « Blue Jasmine » est un film réjouissant : on ressort du cinéma heureux, satisfait, avec le sentiment certain d’avoir passé un très bon moment, et qui plus est, un moment enrichissant. Woody Allen nous touche, intelligemment, et la psychanalyse n’est jamais bien loin dans ses films. On se sent directement concerné, donc. Tout dans ce long métrage est maîtrisé : le ton est juste, les dialogues savoureux, le réalisateur souvent pointilleux sur certains détails du scénario, et l’interprétation exacte. Trêve de louanges, c’est «du grand Woody Allen», affirment déjà certains. On retrouve bien là la pâte du maître. Il nous emmène où il veut et comme il veut. De la maîtrise on vous dit !

 

En témoignent le scénario et la mise en scène. Ca tient la route ; entre présent et passé, la caméra nous promène dans le temps sans jamais nous perdre. Les flashbacks surgissent à des moments opportuns, soit pour illustrer le mental du personnage principal, Jasmine, soit pour éclairer une situation, voire même créer une intrigue, un suspens, en apportant à la scène principale un détail supplémentaire. Et là tout de suite, on comprend mieux. Rajoutez un peu de sel dans votre plat et tout de suite les goûts ressortent.

 

Jasmine (Cate Blanchett) et sa soeur Ginger (Sally Hawinks) lors d'un dîner chez des aùis

Jasmine (Cate Blanchett) et sa soeur Ginger (Sally Hawinks) lors d’un dîner chez des amis

Au vu de la prestation de Cate Blanchett, comment ne pas parler d’elle en premier. Le rôle semble fait sur mesure. Elle est fascinante. Fascinante dans son personnage de riche femme au foyer, dont les préoccupations semblent tellement lointaines des nôtres qu’elle nous laisse bouche bée. « Voyager en première classe alors que je suis fauchée ? Bien sûr, pauvre de moi, j’en ai tellement l’habitude !». Elle nous débéquète la Jasmine. Elle ne quitte jamais bien longtemps sa veste blanche Chanel, qu’elle porte comme une seconde peau. Pourtant l’habit ne fait pas toujours le moine… Quoique. Inconsciemment culottée, ses remarques sont parfois imprévisibles ; les dialogues servent également à merveille le personnage et tombent à pic pour créer des situations burlesques. « Ne vous disputez pas ici s’il vous plaît, mon Xanax ne fait pas effet », supplie-t-elle alors que sa sœur s’engueule avec son ex petite-ami. On tombe des nues… À un tel point qu’on en rigole. L’élégance et la classe de Jasmine n’ont d’égaux que le dégoût ou la compassion que sa folie douce, sa blessure, nous provoquent. Sans aucune grâce, en larmes et le visage décomposé, elle se mouche sans retenue et boit comme un homme. Sa rage et sa détresse sont parfois écœurantes. Le masque tombe alors, on découvre une humaine qui se sent impuissante car elle n’a plus le contrôle de sa vie. Bien sûr, on s’identifie. Et on rit beaucoup, du malheur de cette pauvre femme. Du nôtre, par la même occasion. Pour la petite comparaison et pour ceux qui auront vu le documentaire « The Queen of Versailles » (Laureen Grennfield, 2012), Jasmine n’est pas sans rappeler la milliardaire Jackie Siegel. Tandis que la crise fait rage, que son mari fait faillite et doit vendre tour à tour son patrimoine personnel, la jeune femme continue de s’acheter des fourrures, de parader…et de se voiler la face.

 

Hal (Alec Baldwin) tente de rassurer sa femme Jasmine sur ses affaires et leur avenir.

Hal (Alec Baldwin) tente de rassurer sa femme Jasmine sur ses affaires et leur avenir.

Autours de Jasmine les personnages gravitent, jamais trop effacés, jamais trop mis en avant, leur jeu est tout aussi juste : ils nourrissent le scénario tout autant que la protagoniste. Cela donne lieu à des scènes vraiment cocasses, comme par exemple celles chez le dentiste. Ce dernier, cinquantenaire et célibataire endurci, est à la fois touchant et dégoûtant. Maladroit, la drague et l’approche des femmes ne semblent pas être innées chez ce pauvre homme. Face à la retenue de Jasmine, ça fait l’effet tonnerre ! Quant à Ginger, sa sœur, c’est une follette qui regarde la dureté de la vie en pleine face. Quand elle tombe elle se fait mal, mais au moins elle se relève. D’ailleurs c’est bien simple, elle le répète, guillerette : « J’ai de mauvais gênes. Jasmine a de meilleurs gênes que moi ». Au moins elle sait à quoi s’attendre.  Jasmine, plus ambitieuse, tombe, et se remet plus difficilement. Pourtant les deux femmes ont un point commun, que nous, spectateur partageons avec elle : la poursuite du bonheur. La question n’est pas de savoir qui réussira le mieux à l’atteindre mais plutôt comment chacun l’atteint et prend les choses en main. L’idée d’une fatalité n’est jamais bien loin derrière tout ça. Celle de la folie non plus, et de la rumination (Jasmine n’a de cesse de répéter, nostalgique, qu’elle a rencontré son mari sur la chanson « Blue Moon », répétition à effet comique, au passage).

 

Woody Allen ne tombe jamais dans la caricature, ou dans l’extrême. Car « Blue Jasmine », c’est aussi l’histoire de la déchéance d’une femme. Pas franchement drôle dit comme ça, et le sujet pourrait être traité sous un tout autre angle de vue. Pourtant, d’une situation qui pourrait vite devenir pathétique, le réalisateur réussit avec brio à s’en sortir avec humour. Tout est une question d’équilibre.  Woody Allen nous balade d’un sentiment à un autre, à peine le temps de reprendre une respiration, que d’une larme de tristesse il nous arrache un éclat de rire. Ou l’inverse d’ailleurs. Cynique, le bonhomme. Sarcastique même.  C’est pour ça qu’on aime ses films.

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Scénario 85%
Réalisation 95%
Jeu des acteurs 90%
Appréciation globale 90%
Vote final

Avec "Blue Jasmine", Woody Allen fait son grand retour. Il promène son spectateur entre humour et désespoir, avec une maîtrise qui n'appartient qu'à lui. Le scénario est bien ficelé, le jeu des acteurs est juste et surtout, le réalisateur offre ici à Cate Blanchett un rôle dont rêve toutes les jeunes actrices, avec un personnage traversé par une panoplie d'humeurs et de sentiments aussi extrêmes les uns que les autres. Un très bon moment de cinéma et beaucoup de plaisir à se laisser porter par cette tragi-comédie.

Note finale 90%
Note des Lecteurs
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