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Béliers : Une affaire de béliers en famille


Dans une vallée isolée d’Islande, deux frères qui ne se parlent plus depuis quarante ans vont devoir s’unir pour sauver ce qu’ils ont de plus précieux : leurs béliers.

  • Réalisateur(s): Grimur Hakonarson
  • Acteurs principaux: Sigurour Sigurjonsson, Theodor Juliusson, Charlotte Boving
  • Date de sortie: 09/12/2015 et disponible en dvd depuis le 19/07/2016
  • Nationalité: Islandaise

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Auréolé du prix « Un certain regard » au Festival de Cannes, « Béliers » a suscité un vif intérêt dans son pays d’origine, l’Islande, où il est sorti peu de temps après. Pour nous, cette production peut paraître exotique mais aussi originale et intéressante. Le film est réalisé par un parfait inconnu : Grimur Hakonarson, qui s’est servi de ses souvenirs personnels après avoir grandi en milieu social islandais. Il explique : « Mes deux parents ont été élevés à la campagne et j’y ai passé la majorité de mes vacances d’été, pour y vivre et y travailler, jusqu’à mes dix-sept ans. De ce fait, j’ai développé un goût pour les récits, les personnages et les paysages ruraux d’Islande. ». Tourné dans des conditions difficiles suite aux changements rapides de la météo, « Béliers » s’intéresse (comme son nom l’indique) à cet animal presque sacré en Islande, comme une connexion inexpliqué entre les fermiers et les moutons, plus encore qu’avec les autres animaux.

« Béliers » parle de la famille (mais rien à voir avec « La famille Bélier ») et nous montre deux personnages princiaux, voisins et frères, éleveurs de moutons tous les deux, mais qui ne s’adressent plus la parole depuis 40 ans. Des querelles de voisinage très fréquentes en Islande, du fait du caractère très indépendants de ses habitants. Le long-métrage commence de manière assez étonnante et quasi-documentaire, où l’on y voit un homme élever et prendre soin de ses bêtes. En réalité, il les prépare à un concours devenu comme une tradition ancestrale. Malgré ses efforts, cet homme du nom de Gummi, finit deuxième, battu de peu par un autre éleveur, qui s’avère être son frère. Et pourtant, point d’effusion entre eux, l’ambiance est aussi glaciale que le paysage environnant. Amer après sa défaite, Gummi pense que le bélier vainqueur souffre de la « tremblante », une maladie contagieuse et incurable, qui attaque le cerveau et la moelle épinière des moutons. Cette maladie est la plus néfaste à laquelle l’Islande ait eu à faire face. Si ce cas de tremblante est confirmée, les vétérinaires n’auront d’autre choix que de tuer tous les béliers pour éliminer la maladie, et ce malgré le fait que les béliers est la principale (sinon l’unique) source de revenus de la région.

Un point de départ dramatique qui va permettre de réunir les deux frères. Si le film est annoncé comme une comédie dramatique, c’est en réalité plutôt un drame auquel nous avons affaire, de par des scènes assez terribles où Gummi décide de tuer lui-même ses 147 béliers, avant que n’arrive le service de décontamination, et où par la mise en scène, ces animaux vont tomber symboliquement sur le personnage, comme pour entasser le personnage principal en l’enterrant au sens figuré. Outre la perte de ses bêtes, il doit aussi jeter tout son matériel, ainsi que son foin, par crainte d’être aussi contaminé. L’hiver s’annonce rude et le frère de Gummi, prénommé Kiddi en veut à son frère d’avoir alerté les services de santé, le jugeant responsable de cette grande précarité menaçante. « Béliers » bénéficie d’une mise en scène lumineuse qui appelle à l’évasion, mis en valeur par une très belle lumière et une photographie sublime nous donnant à voir des décors naturels enneigés. Même si le récit est parfois poussif et répétitif, on conserve un ton profondément humain, porté par un souffle de liberté et de réconciliation social. S’il n’est pas commun de voir un film islandais, celui-ci devrait fortement rester en tête par son histoire attachante et cruelle à la fois, son final saisissant et triste et sa portée universelle.

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SCENARIO 81%
MISE EN SCENE 79%
ACTEURS 75%
PHOTOGRAPHIE 83%
BANDE SON 64%
APPRECIATION GENERALE 82%
Vote final

Empreint d'un cinéma social, dramatique et documentaire, « Béliers » est une petite réussite, dans sa mise en scène qui porte le sceau de la réconciliation, entre l'homme et l'animal ou entre les membres d'une même famille. Une curiosité que je vous incite à découvrir !

Note finale 77%