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Beira-Mar, l’âge des premières fois : Une romance tout en pudeur


C’est l’hiver au Brésil. Lorsque Martin doit rejoindre le littoral et rencontrer pour la première fois la famille de son père, il propose à son meilleur ami de l’accompagner. Tomaz accepte, voyant ce séjour comme l’occasion de raviver leur amitié. Dans cette maison faisant face à une mer froide et déchainée, les deux adolescents passent leurs journées ensemble, à l’écart du monde. Sur fond de quête identitaire et d’attraction mutuelle, ils vont découvrir le doute, la jalousie et l’amour.

  • Réalisateur(s): Felipe Matzembacher et Mauricio Reolo
  • Acteurs principaux: Mateus Almada, Mauricio José Barcellos et Elisa Brites
  • Date de sortie: 17/02/2016 et disponible en dvd depuis le 18/10/2016
  • Nationalité: Brésilienne

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« Beira-mar ou l’âge des premières fois » est le premier long-métrage du duo Felipe Matzembacher/Marcio Reolon. Tourné en 2012, et seulement sorti en février 2016 chez nous, ce drame brésilien a pour ambition de raconter l’adolescence de manière sensible, tout en restant réaliste sur le Brésil d’aujourd’hui. Les metteurs en scène ont notamment voulu traiter de l’homosexualité au moment où une pensée conservatrice s’est emparée du pays. En 2014, le Congrès brésilien a ainsi rejeté une loi pénalisant l’homophobie. Le pays a ainsi été identifié comme le pays le plus dangereux pour toute personne issue de la communauté LGBT, en 2013, pas moins de 312 homosexuels, travestis ou transexuels ont été tués, soit un assassinat toute les 28 heures ! Pendant les débats lors de l’élection présidentielle brésilienne en 2014, un candidat a même proposé l’idée immonde d’exclure les homosexuels du reste de la société et les isoler sur une île !!

La volonté du co-réalisateur Marcio Reolon était aussi de se détacher des films traitant de ce même sujet, parce qu’ils le traitent de manière trop idéalisée et nostalgique. Il dit : « Il était donc nécessaire pour nous d’établir avec notre film, un dialogue plus direct avec la jeunesse à partir d’expériences personnelles et intimes. »

 

Après un temps de répétition de sept mois pour les deux acteurs principaux, « Beira-mar » présente la particularité d’avoir été tourné dans l’ordre chronologique pour avoir plus de liberté pour ajouter ou enlever des petites séquences, et développer au mieux le voyage psychologique des personnages. Le film nous présente ainsi deux meilleurs amis légèrement en froid. Martin doit alors se rendre dans la famille de son père, et propose à Tomaz de l’accompagner. Ce court voyage initiatique d’1h20 suit donc ce rapprochement extrêmement progressif entre les deux adolescents, qui sera l’occasion de rencontres et de confidences. Contrairement à ce qu’on voit habituellement dans des films qui s’intéressent aux adolescents, le long-métrage adopte un rythme assez lent. Pendant une bonne partie du film, le récit décrit relativement peu le rapprochement entre ces deux jeunes hommes, mais on suit plutôt le parcours psychologique différent de l’un et de l’autre. D’un côté, Martin est en froid avec sa famille et souffre d’un manque de repères. Et de l’autre côté, Tomaz passe ses journées dans ses carnets de dessin.

« Beira-Mar » développe une mise en scène d’une grande douceur. Si les cadrages du duo de cinéastes paraissent encore hésitants, ce qui est pardonnable pour un premier long-métrage, l’atmosphère dépeinte et les choix dans les teintes de couleur entre le bleu et le gris sont très réussis. La mise en scène délicate calque parfaitement le récit misant davantage sur l’introspection des sentiments que sur l’outrance. Cela a parfois des mauvais côtés (avec un scénario donnant l’impression d’avoir été rempli par des futilités), mais le film parvient avec plus de force à provoquer l’attente dans ce suspense grandissant autour des sentiments de Martin et Tomaz. Tout cela aboutit à un final puissant, soudain et incandescent, auquel succède un plan sublime sur la plage et qui dit tout (sans utiliser de mots) sur l’affirmation de soi.

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SCENARIO 72%
MISE EN SCENE 83%
ACTEURS 85%
PHOTOGRAPHIE 79%
BANDE SON 68%
APPRECIATION GENERALE 76%
Vote final

Sublimé par la photographie azurée et la prestation très convaincante de ses deux comédiens, « Beira-mar, ou l'âge des premières fois » parvient à tracer sa voie dans le sous-genre de la romance adolescente, où malgré les maladresses de mise en scène et un récit un peu lent, se dégage une pudeur des sentiments bienvenue.

Note finale 77%