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Bande de filles : Verre à moitié vide ou à moitié plein…


Marieme vit ses 16 ans comme une succession d’interdits. La censure du quartier, la loi des garçons, l’impasse de l’école. Sa rencontre avec trois filles affranchies change tout. Elles dansent, elles se battent, elles parlent fort, elles rient de tout. Marieme devient Vic et entre dans la bande, pour vivre sa jeunesse.

  • Réalisateur(s): Céline Sciamma
  • Acteurs principaux: Karidja Touré, Assa Sylla, Lindsay Karamoh
  • Date de sortie: 22/10/2014
  • Nationalité: Française
Le thème du corps, point central du film !

Le thème du corps, point central du film !

 

Après la claque (suivi de la récente polémique ridicule) provoquée par « Tomboy », Céline Sciamma revient sur les écrans avec un film qui colle parfaitement une fois de plus, aux thèmes de prédilection de la réalisatrice : celui de l’adolescence (après la relation lesbienne dans son premier long-métrage « Naissance des pieuvres »), celui de l’ambiguïté (sexuelle et/ou sociétale) mais aborde surtout celui du corps.

En effet, « Bande de filles » est un film qui se déshabille constamment, couche après couche ! On pense à la couche sociale de la banlieue dans laquelle on est plongé. Mais c’est surtout des couches de vêtements que les personnages enlèvent très souvent, pour jouer sur un jeu de corps brut. Toutes ces couches se retirent du film petit à petit : ça commence par cette scène d’ouverture où les filles en groupe partent les unes après les autres, pour mieux s’intéresser à une seule fille du groupe, comme si on déshabillait le film. Par la suite, on déshabillera aussi le babybel, ou encore le corps du petit ami de Marieme !

A moitié réussi...

A moitié réussi…

On peut voir « Bande de filles » comme un film à moitié plein, ou comme un film à moitié vide, en fonction de ce que l’on recherche dans un film. Si l’on cherche un réelle chronique sociale, on peut être un peu déçu par ce film qui, à mon sens, n’explore pas assez les limites du film. Par exemple, la sous-intrigue de Meriem qui ment à sa mère sur le fait qu’elle doit changer d’orientation (alors qu’elle lui annonce qu’elle est admise en seconde) est totalement mise de côté ! En réalité, lorsque le film s’intéresse à la bande des 4 filles, il se dégage une certaine énergie, certes un peu bruyante mais plutôt communicative et intéressante (mention spéciale à la scène du karaoké de « Diamonds » de Rihanna), pour savoir comment une fille peut trouver sa place dans une bande de filles déjà constituée.

En revanche, lorsque le film suit un seul personnage à part, « Bande de filles » séduit moins, et l’histoire d’amour convainc à moitié, la faute à un réel enjeu. La mise en scène réhausse l’ensemble parce que, comme je le disais, Céline Sciamma sait très bien filmer les corps en train de grandir et utilise des artifices de mise en scène pour les mettre sur un pied d’estale ses personnages, et la fin du film où elle fait intervenir Meriem dans un plan flou est une très bonne idée et fait ressortir la volonté d’avancer dans la vie.

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SCENARIO 56%
MISE EN SCENE 81%
ACTEURS 67%
BANDE SON 83%
APPRECIATION GENERALE 63%
Vote final

Malgré l'énergie communicative que dégage le film dans les scènes de groupe, une bande son convaincante, cette "Bande de filles" séduit à moitié à cause d'un scénario pas assez exploité et d'un message social pas suffisamment fort ! Néanmoins, la scène de karaoké de "Diamonds" restera comme une scène très marquante !

Note finale 70%

  • Maud

    Si, dans Bande de filles, le modèle recherché est celui d’un film à thèse mettant en avant la dénonciation sociale d’une banlieue parisienne X, effectivement nous nous sommes trompés de porte.

    Quoique.

    N’est-ce pas aussi au cinéma de savoir poser son regard et observer?

    Le décors en dit déjà long en terme d’idées préconçues ou véhiculées par les médias: la banlieue. Bande de filles est un film de banlieue, avec tout ce que cela peut induire : des blocs d’immeubles formant une micro-société avec son fonctionnement, des jeunes assis sur des barrières, des histoires d’amours, des grands-frères et des petites sœurs, des mères, des copines, une bande de copines, des bandes rivales, des interdits et des désirs d’ailleurs. Et pourtant, Sciamma ne pointe pas la banlieue comme le lieu de tous les démons, d’ailleurs a-t-on une seule fois une dénonciation antipolice, un jugement ou une victimisation de la banlieue ? Non, avec Bande de Fille, Céline Sciamma dresse le portrait en marche, changeant d’une jeune fille, qui se fait fresque intime de cette micro-société, finalement peu connue et placardée à tout va.

    N’est ce pas également au cinéma de se jouer des clichés pour mieux les habiter ? Je pense notamment à l’instant où les filles montent dans le métro et en font leur cabaret, leur lieu de show, leur lieu de vie, l’espace temps de quelques minutes où les barres du métro deviennent barres de danse. Le citoyen lambda est agacé, et le spectateur du film, amusé.

    N’est ce pas là que le social rentre en scène dans le film de Sciamma ? Lorsque les idées pré-conçues, les clichés se font la part belle en étant incarnés par une bande de fille, toutes différentes, pleines de vie, de rêves, d’autant de légèreté que d’aplomb et de force. Pourquoi Meriem ment-elle à sa mère ? Avons nous vraiment besoin d’une réponse ? N’est ce pas le ressort même de l’adolescence que de ne pas dire la vérité, que de maquiller. L’école, l’émancipation par l’éducation, oui, Meriem la désirait, mais pouvait-elle vraiment l’avoir ? Ce sont des questions sans réponse qui permettent de trouver un second ressort, d’ouvrir une nouvelle porte : l’émancipation de la jeune fille.

    Passée de Meriem à Vic, de la petite fille, à l’adolescente, à la grande sœur réfléchie et consciente, à l’adulte en devenir. De la petite fille habillée classiquement, à celle féminine cherchant dans la figure des autres filles des modèles/des guides, à celle s’affirmant comme femme (scène de la bagarre), puis à celle se couvrant de costume aussi masculin que féminin.

    Qui mieux que son petit ami, fidèle au poste, peut se permettre de parler de ses changements ? « D’abord tu te coupes les cheveux, maintenant tu te bandes la poitrine ». La relation couple, d’abord mignonne, maintenant sérieuse prend un autre tournant. Qui est vraiment la Meriem qu’il connait ? Où l’a-t-il perdu ? N’est ce pas son questionnement vis à vis de l’évolution de Meriem qui importe, plutôt que la toile niaiseuse et sans intérêt de leur histoire d’amour ? Gage d’émancipation, peut être, mais cela reviendrait à penser que la femme à besoin de l’homme pour être; mais Meriem non.

    C’est un film où Meriem n’est jamais là vraiment où on l’attend, toujours en avance. Elle n’a plus besoin de personne, peut être à tord – libre à chacun d’avoir son avis-, elle est, elle s’est donné naissance au sein d’une bande dont elle a quitté le cocon: elle est VIC, « Vic comme Victoire ».

    A mon sens, c’est un film qui ne cesse de se rhabiller, de grandir, de se former, à l’instar de sa principale héroïne. Il ne se rhabille pas de lourds et longs manteaux, mais dans la finesse et l’élégance d’un diamant, où à la manière d’un sculpteur la matière est modelée, tranformée, ajoutée afin de donner corps et chaire.
    J’en reprendrai bien un verre carrément plein.
    Maud.