Nos avis Ciné

Baccalauréat : Un engrenage infernal sur la corruption


Romeo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en œuvre pour que sa fille, Eliza, soit acceptée dans une université anglaise. Il ne reste plus à la jeune fille, très bonne élève, qu’une formalité qui ne devrait pas poser de problème : obtenir son baccalauréat. Mais Eliza se fait agresser et le précieux Sésame semble brutalement hors de portée. Avec lui, c’est toute la vie de Romeo qui est remise en question quand il oublie alors tous les principes qu’il a inculqués à sa fille, entre compromis et compromissions…

 

  • Réalisateur(s): Christian Mungiu
  • Acteurs principaux: Adrien Titieni, Maria Dragus, Lia Bugnar
  • Date de sortie: 07/12/2016 et sorti en dvd le 12/04/2017
  • Nationalité: Roumaine

Rares sont les occasions de découvrir du cinéma roumain. Et pourtant, celui ci est en train de se révéler ces dernières années. Parmi les cinéastes majeurs de cette nouvelle vague roumaine, on retrouve Christian Mungiu, réalisateur de « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » qui avait été auréolé de la Palme d’Or en 2007. Son dernier film « Baccalauréat » a obtenu le Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Si j’avoue ne pas encore avoir eu la chance de découvrir de films roumains faute de distribution plus importante dans nos salles, celui-ci m’attire particulièrement par son audace. Christian Mungiu définit son film comme « une histoire sur les compromis et les principes, sur les décisions et les choix, sur l’individualisme et la solidarité mais aussi sur l’éducation, la famille et le vieillissement. » Il résume son œuvre comme celle-ci : « C’est l’histoire d’un parent qui se demande ce qui est le mieux pour son enfant, si son enfant devrait être préparé à devenir un survivant dans le monde réel ou s’il devrait se battre pour être toujours honnête et changer le monde autant qu’il le peut. »

A l’instar du réussi « Léviathan » du russe Andrey Zvyagintsev, « Baccalauréat » aborde la corruption généralisée comme moteur dramatique du film, même si Mungiu parle aussi et avant tout d’une relation entre père et fille. Le premier plan du film est marqué du sceau de l’inquiétude : un plan montre quelqu’un creusant la terre au pied d’un immeuble dans l’indifférence générale, comme un prémisse du drame qui va se jouer. Le plan suivant, le carreau d’une vitre se brise. Le drame infiltre les premiers plans. On suit Roméo, père de famille, proche de sa fille Eliza, médecin émérite mais qui trompe sa femme en couchant avec une de ses patientes. Lors d’une de ses escapades amoureuses, il apprend que sa fille a été victime d’une agression, et même d’une tentative de viol, heureusement avortée. Cet événement dramatique va avoir des conséquences bien plus larges au delà de l’agression en elle-même. Car Eliza, brillante étudiante était à quelques jours de passer les épreuves du baccalauréat, prévu pour être comme une formalité pour elle. Ces examens étaient surtout la rampe de lancement pour obtenir une bourse lui permettant de poursuivre ses études en Angleterre.

« Baccalauréat » nous interroge sur la remise en question de nos vies lorsqu’un événement dramatique survient. Comment cette agression va t-elle faire ressurgir des secrets familiaux ? Mungiu porte en étendard la question de la légalité dans un pays comme la Roumanie où la corruption fait rage. A travers les choix de Roméo, qui va tenter d’obtenir les copies des examens, « Baccalauréat » pose la question suivante : Faut-il toujours respecter la loi et rester dans la légalité quitte à ne pas suivre ses objectifs ? Ou alors faut-il courir après son but premier au risque de glisser dans l’illégalité ? Dans cette exploration passionnante de la corruption, le récit se révèle passionnant et forme un huis clos assez étouffant. Christian Mungiu prouve qu’il n’a pas volé son Prix de la mise en scène, avec une réalisation éblouissante, insistant sur l’individu broyé et tiraillé entre ses idéaux de respect des lois et la réalité froide des situations. Ce conte moral détonne dans son drame humain se muant en polar. Toutefois, on regrettera un film parfois assez confus et aussi un final quelque peu décevant.

email
SCENARIO 77%
MISE EN SCENE 84%
ACTEURS 75%
PHOTOGRAPHIE 78%
BANDE SON 68%
APPRÉCIATION GENERALE 78%
Vote final

Intense et lucide, « Baccalauréat » est une réflexion passionnante sur la corruption généralisée en Roumanie. Malgré des longueurs, le film nous bouscule dans son questionnement autour de la compromission en forme d'engrenage infernal et de l'accomplissement de ses objectifs à tout prix.

Note finale 76%