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Avé, César ! : Burlesque!


La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique.Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. La journée promet d’être mouvementée.

  • Réalisateur(s): Ethan et Joel Coen
  • Acteurs principaux: Georges Clooney, Josh Brolin, Scarlett Johannson
  • Date de sortie: 17/02/2016
  • Nationalité: Américaine

Hail, Caesar!

 

Avec pas moins de seize films à leur actifs, le duo des frères Coen (Ethan et Joel) ont su se faire connaître en proposant une filmographie variée dans les genres des films qu’ils ont proposés, même si la comédie semble être le genre qui les passionnent le plus. Parmi les films marquants, on peut citer leur premier long-métrage Sang pour sang, un polar sombre sur fond d’adultèremais aussi Barton Fink, Palme d’Or à Cannes en 1991 et qui suit un auteur de théâtre tentant de retrouver l’inspiration dans un hôtel miteux, mais aussi l’adaptation d’un western féministe, avec True Grit. On dénombre aussi bon nombre de comédies burlesques et décalées sur fond réaliste toutefois comme Fargo, O’Brother, Burn after reading ou encore A serious man.

Avec « Avé, César! », les frères Coen accomplissent une idée de longue date, qui était de réaliser une trilogie dit « des idiots », après O’Brother (2000) et Intolérable cruauté (2003). Comme le présentent Ethan Coen : « C’est un film sur le cinéma, la vie, la religion et la foi. La foi et le business au cinéma. Et toujours avec Georges Clooney qui faisait déjà parti des deux films précédents de la trilogie. ». « Avé, César ! » raconte donc le parcours véridique d’Eddie Mannix, un « fixer », c’est à dire un homme engagé par les studios hollywoodiens dans les années pour régler les problèmes des stars. Le film a l’ambition de suivre également le contexte de cette crise des années 50 à Hollywood, face à la concurrence nouvelle avec la télévision ou encore la psychose de la guerre froide. Face à cela, les studios ont dû produire une avalanche de films à gros budgets pour faire revenir et faire rêver les spectateurs. Pour la première fois, les acteurs furent considérés comme des objets marketings, contrôlés par des producteurs avide d’argent, et de contrôle envers leurs acteur.

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A l’image de son démarrage, « Avé, César ! » est un film qui décontenancera bon nombre de spectateurs, surpris par le ton du film, qui reste constammment sur le fil entre d’un côté la vie foisonnante et sérieuse d’un studio de cinéma, et de l’autre l’humour décalé et parodique de l’ensemble. Les frères Coen ne choisissent ni l’un, ni l’autre mais entrecroisent ces deux éléments, ce qui donne au film son caractère singulier. L’une des grandes forces de ce film, c’est d’abord son casting impeccable, mais aussi sa reconstitution minutieuse des archives cinématographiques (entre 2500 et 3000 costumes ont été utilisés pour l’ensemble de la distribution). Mais « Avé César » a le don de nous passionner pour ce métier méconnu de « fixer » où gérer les caprices des stars doit cohabiter avec les souhaits des réalisateurs et producteurs.

Tout l’aspect reconsitutif de l’ensemble donne lieu à de sublimes scènes (cette scène musicale très kitch dans un bar avec des marins) où l’on se trouve immergé dans la manière dont se tourne un film à l’époque, et les frères Coen parviennent à nous intéresser à ces personnages très différents, et notamment ce jeune acteur à qui l’on confie habituellement un rôle de film de western avec très peu de dialogues, et où il se retrouve dans un film dramatique d’envergure, ce qui débouchera sur la meilleure séquence comique.

Malgré ses nombreuses qualités, « Avé César » faiblit nettement en cours de route, la faute à une intrigue principale manquant de teneur, le personnage d’Eddie Mannix n’est pas suffisamment creusé, et le message du système de production Hollywood n’apparaît qu’en sous-texte. Et paradoxalement, le film surligne un peu trop fort la question du communisme, où l’enlèvement de l’acteur phare (joué par un George Clooney en grande forme) a du mal à passionner. De plus, les multiples références au cinéma des années 50 se révèlent assez excluantes pour le grand public.

 

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SCENARIO 66%
MISE EN SCENE 74%
ACTEURS 83%
BANDE SON 68%
PHOTOGRAPHIE 77%
APPRECIATION GENERALE 65%
Vote final

Au final, « Avé César » dispose d'une photographie somptueuse et se veut être un hommage à l'âge d'or du cinéma hollywoodien. Parsemé de savoureux moments, le film donne cependant l'impression de ne pas être totalement abouti, avec une trame narrative trop légère et décousue et une fin expéditive.

Note finale 72%