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Au-delà des montagnes : Bouleversant et puissant !


Chine, fin 1999. Tao, une jeune  fille de Fenyang est courtisée par ses deux amis d’enfance, Zang et Lianzi. Zang, propriétaire d’une station-service, se destine à un avenir prometteur tandis que Liang travaille dans une mine de charbon. Le cœur entre les deux hommes, Tao va devoir faire un choix qui scellera le reste de sa vie et de celle de son futur fils, Dollar. Sur un quart de siècle, entre une Chine en profonde mutation et l’Australie comme promesse d’une vie meilleure, les espoirs, les amours et les désillusions de ces personnages face à leur destin.

  • Réalisateur(s): Jia Zhang-Ke
  • Acteurs principaux: Zhao Tao, Zhang Yi, Jing Dong Liang
  • Date de sortie: 23/12/2015
  • Nationalité: Chinoise
Une oeuvre romanesque puissante !

Une oeuvre romanesque puissante !

 

Récompensé à Cannes en 2013 pour son scénario avec son précédent film « A touch of sin », Jia Zhang-Ke revient au cinéma avec « Au-delà des montagnes », également présenté à Cannes l’an dernier (mais reparti bredouille). Le cinéaste avait pour ambition que son film parle de la relation des sentiments avec le temps qui passe. Ainsi, il a déclaré une citation que je trouve très juste : « Quand on est jeune, on ne pense pas à la vieillesse, quand on se marie, on ne pense pas au divorce, quand on a ses parents, on n’envisage pas qu’ils vont disparaître, quand on est en bonne santé, on ne pense pas à la maladie. Mais, à partir d’un certain âge, on entre dans ce processus qui est celui du présent mais aussi des projections dans l’avenir. »

Le film suit donc Tao, une jeune femme courtisée par ses deux amis d’enfance Zang et Lianzi. Tao va devoir faire un choix entre ces deux jeunes hommes venant de milieux totalement différents, choix qui scellera l’avenir de Tao. « Au-delà des montagnes » présente l’originalité d’être coupé en trois parties, ce qui représente une fresque de 25 ans. La première partie du film se situe en 1999 au fin fond de la Chine rurale et aborde la thématique du triangle amoureux. La deuxième partie se déroule ensuite de nos jours (en 2014 précisément) où l’on suit la relation filiale compliquée entre Tao et son fils, sur fond d’évolution du monde. Enfin, la dernière partie du film nous projette en 2025 en Australie, avec une intrigue concentrée sur le fils de Tao. Même si je connais très peu le cinéma chinois, j’attendais beaucoup « Au-delà des montagnes » après d’abord avoir visionné sa bande-annonce prometteuse, et ensuite parce que j’apprécie les films traitant du temps qui passe et de la question des choix que l’on fait, et leur répercussions dans le temps.

Visuellement, le film dégage une excellente idée de mise en scène, celle de couper ses trois parties en trois cadres différents, la première partie dans le passé projeté en format carré, utilisé dans « Mommy » de Xavier Dolan (et qui est là pour figurer l’image du souvenir), puis la deuxième partie, celle du présent est montrée en format moyen, coupé sur les côtés, et enfin dans la partie futuriste cadrée en cinémascope qui prend tout l’écran. Cette progression transmet au spectateur l’ouverture progressive au monde, et en même temps la parte des souvenirs. Narrativement, le film dégage une sensibilité touchante autour des choix passés et des occasions manquées, autour de cette femme Tao, attachante et jouant extrêmement bien.

« Au-delà des montagnes » commence comme une joyeuse fête, lorsque la Chine est en pleine mutation économique, un synonyme d’espoir à cette époque. Mais très vite, dans la deuxième partie, le film parle avec finesse de thèmes comme le déracinement culturel, lorsque Tao (qui a perdu la garde de son fils, qui s’appelle Dollar, ce qui n’est pas un hasard) découvre que celui-ci s’est américainisé et n’a pas reçu les valeurs chinoises, ni la même alimentation. Enfin, la dernière partie nous montre un retour en arrière sur ces valeurs lorsque Dollar a grandi, ce qui met une note d’optimisme dans le futur, alors que le film est pluôt une charge contre la Chine occidentalisée et américanisée.

Dans ce mélo superbement mis en scène, qui utilise avec brio la célèbre musique « Go west » des Pets shop boys, à des moments bien précis (musique que l’on écoute et réécoute après le film), on est littéralement absorbé dans cette histoire d’amour de cette femme, à l’épreuve du temps. Universel et magnifique, « Au delà des montagnes » est un film émotionnellement puissant, ample et romanesque, à la fois beau et douloureux et d’une émotion rare, et ce jusque son final marquant et bouleversant où l’on retient son souffle (même si certaines questions restent en suspens, ce qui peut paraître frustrant à posteriori, cependant, le cinéaste nous met sur la piste des réponses, où il est du ressort du spectateur d’y répondre). En tous les cas, une grande œuvre de cinéma qui donne envie d’être revue.

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SCENARIO 87%
MISE EN SCENE 92%
ACTEURS 89%
PHOTOGRAPHIE 92%
BANDE SON 94%
APPRECIATION GENERALE 91%
Vote final

Universel et magnifique, « Au delà des montagnes » est un film émotionnellement puissant, ample et romanesque, à la fois beau et douloureux et d'une émotion rare, et ce jusque son final marquant et bouleversant où l'on retient son souffle (même si certaines questions restent en suspens). En tous les cas, une grande œuvre de cinéma qui donne envie d'être revue.

Note finale 90%