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Arrêtez-moi là : Kafkaïen


Chauffeur de taxi à Nice, Samson Cazalet, la trentaine, charge une cliente ravissante à l’aéroport. Un charme réciproque opère. Le soir même, la fille de cette femme disparaît et des preuves accablent Samson. Comment convaincre de son innocence lorsqu’on est le coupable idéal ?

  • Réalisateur(s): Gilles Bannier
  • Acteurs principaux: Reda Kateb, Léa Drucker, Gilles Cohen
  • Date de sortie: 06/01/2016
  • Nationalité: Française
Quand toucher une fenêtre devient une erreur fatale...

Quand toucher une fenêtre devient une erreur fatale…

 

Après avoir réalisé des épisodes de séries télévisées (Reporters ou encore Engrenages), Gilles Bannier signe ici son premier long-métrage pour le cinéma. Le cinéaste a été intrigué par un roman, lui même inspiré d’un fait divers survenu aux Etats-Unis en 2002 où un homme innocent a été incarcéré, après avoir été accusé à tort de l’enlèvement d’Elizabeth Smart, une adolescent de 14ans. Dans son roman, Iain Levison a été frappé par l’engouement des médias pour ce fait divers qui concernait une jeune victime (riche et blanche qui plus est). Devant la pression médiatique, la police avait dû arrêter un suspect, avant de retrouver la fillette dix mois plus tards, mais entre-temps, l’innocent est mort en prison dans des circonstances étranges.

Pour adapter cette sombre affaire sur fond d’erreur judiciaire, Gilles Bannier modifie quelque peu l’histoire vraie et l’adapte également à la justice et à la culture française. Pour interpréter cet homme accusé à tort, le réalisateur a fait appel à l’acteur Reda Kateb (acteur iconoclaste souvent habitué aux seconds rôles mais qui depuis plusieurs mois se révèle de plus en plus, avec « Hippocrate » ou encore« La résistance de l’air ». « Arrêtez-moi là » commence d’abord par nous montrer ce mec ordinaire, chauffeur de taxi et sa fin de journée faite d’une rencontre avec une femme qui la trouble (jouée par Léa Drucker) et d’une autre rencontre plus désagréable (où lors d’une course gratuite, il embarque deux étudiantes fortement alcoolisées dont une vomira dans son taxi). Après cette journée fatigante, Samson va être interpellé et accusé de l’enlèvement de la fille de la femme qu’il convoitait la veille. Dès lors, le film s’appuie à démontrer l’engrenage infernal de la justice, ce qui lorgne fortement vers le côté kafkaïen de l’affaire, où un homme a beau clamer son innocence, chaque omission d’un détail de ses faits et gestes la veille devient suspect pour la justice.

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Prenant, l’est indéniablement tant le cinéaste s’efforce de filmer les réactions des policiers et des avocats comme pour montrer la toute-puissance de cette justice, qui peut broyer un individu, sur de simples suspiscions. Le cinéaste insiste beaucoup sur la psychologie du personnage de Samson, en montrant les effets dévastateurs d’une erreur judiciaire à l’échelle humaine. Il y montre aussi la confrontation entre l’accusé et son avocat maître Portal, que l’on devine rapidement incompétent, et qui donne lieue à une absurdité comique qui peut désamorcer la tension dramatique du film d’une part, mais qui d’autre part accentue cette impuissance de Samson, qui ne peut même pas compter sur la force de persuasion de son avocat.

Le film n’est pas dénué de défauts malheureusement, comme tout d’abord une orientation du scénario pas assez poussée. « Arrêtez-moi là » omet de montrer plusieurs séquences qui auraient pu ajouter de cette effet assommant de la justice. Ainsi on perd complètement le point de vue du personnage de la mère de la victime, alors qu’il aurait été intéressant de voir comment la simple cliente du taxi aurait découvert que c’est l’homme qui l’avait conduit la veille qui était accusé. Il est aussi très curieux que le cinéaste ait complètement délaissé le poids des médias qui aurairent traqué Samson (d’autant plus étonnant que les journalistes réapparaissent lorsque l’affaire est en cours de résolution). Si je trouve également que voir l’après-procès et le retour à une vie normale est une bonne idée dans l’absolu (avec cette question : comment se reconstruire après une telle épreuve?), ces vingt dernières minutes, animées de bonnes intentions, perdent un peu le spectateur dans des directions étranges (où est passé le chat Gershwin ? Ou encore une romance un peu forcée et peu crédible).

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SCENARIO 65%
MISE EN SCENE 70%
ACTEURS 72%
BANDE SON 61%
PHOTOGRAPHIE 68%
APPRECIATION GENERALE 66%
Vote final

Au final, "Arrêtez-moi là" est film assez accrocheur, où Reda Kateb excelle, avec une solide construction du récit mais ce premier long-métrage de Gilles Bannier comporte quelques trous d'air ou d'omissions (comme l'absence de scènes carcérales) qui affadissent légèrement ce film.

Note finale 67%