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Amour (1971) : Une pépite hongroise à redécouvrir ! (le 21 décembre en salles)


Budapest, 1953. Pendant les années staliniennes les plus dures en Hongrie. Le régime de Rákosi multiplie les arrestations arbitraires et de nombreux opposants sont enfermés en secret. Luca vit ainsi dans l’angoisse de ne pas savoir si son mari János est vivant ou non. Désirant protéger sa belle-mère malade, elle invente que son fils est en Amérique où il travaille sur un film. La vieille dame vit dans l’attente de la prochaine lettre contant les histoires invraisemblables de son fils devenu là-bas un cinéaste renommé.

  • Réalisateur(s): Karoly Makk
  • Acteurs principaux: Mari Torocsik, Lilly Darvas
  • Date de sortie: 1971, et ressortie le 21/12/2016
  • Nationalité: Hongroise

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Tourné en 1970, « Amour » a été récompensé par le Prix du Jury ainsi que le Prix de l’Office Catholique internationale du cinéma au Festival de Cannes un an plus tard. A 90 ans aujourd’hui, Karoly Makk fait parti des cinéastes hongrois les plus célèbres même s’il n’a plus réalisé de film depuis 2003. Si la relève du cinéma hongrois est assurée avec le jeune Laszlo Nemes, auteur de l’étouffant mais brillant « Le fils de Saul », il convient de revenir sur l’oeuvre de Karoly Makk, à l’occasion de la ressortie d’ « Amour » en copie restaurée le 21 décembre. Attention d’abord à ne pas confondre avec l’autre film du même nom « Amour » réalisé par son voisin autrichien Michael Haneke en 2012. Le « Amour » de Karoly Makk est une adaptation de deux nouvelles écrites par Tibor Déry, un auteur hongrois qui a fait part de son vécu dans cette œuvre. De par le sujet sensible du film (à savoir le stalinisme) à l’époque où la Hongrie en faisait encore parti, il est a été particulièrement compliqué de faire ce film pour Karoly Makk. Ce dernier a ainsi dû demander la permission du gouvernement hongrois chaque année, et ce pendant 6 ans, avant d’obtenir enfin leur accord.

Tourné en noir et blanc (auquel la restauration donne un grain à l’image superbe), « Amour » commence en nous présentant une femme âgée, entrecoupée d’objets qui apparaissent en flashs. Rapidement, Luca, une femme rend visite à cette vieille femme, qui est en fait, sa belle-mère. Elle lui apporte régulièrement des gâteaux et des fleurs. Mais ce qui intéresse le plus cette femme malade, c’est que son fils vienne rapidement lui rendre visite avant sa mort qui lui semble imminente. Or, Janos, ce fils a été fait prisonnier politique par le régime de Rakosi et sa femme ignore où il se trouve. Pour ne pas inquiéter sa belle-mère, elle va alors établir une fausse correspondance en lui faisant croire que son mari est parti aux Etats-Unis pour tourner un film, promis au succès.

Prenant la forme d’un quasi huis-clos tout du long, « Amour » porte une grande attention au décor, avec comme point focal, cette vieille femme qui représente l’idée si riche soit-elle d’une mémoire collective en train de vasciller, comme l’est une société qui oublie son Histoire pour sombrer à nouveau dans la guerre. Le film opère constamment des flash-backs, avec des allers-retours entre le passé et le présent, où cette vieille femme se rappelle des moments qu’elle a passé jeune. Elle déclare que si son fils ne peut pas venir, elle préfère mourir seule, « comme les animaux » selon ses mots. Peu à peu, sa mémoire flanche sérieusement, et le drame humain opère autour d’une question pleine de suspense : « Arrivera t-elle à revoir son fils avant sa mort ? ». Dans cette histoire qui traite de la dictature hongroise et d’un homme arrêté arbitrairement, on ne retrouve pas paradoxalement le point de vue politique. Karoly Makk s’intéresse davantage à l’intime et à la symbolique du souvenir (par la présence de pommes coupées par exemple).

Le film qui propose une structure linéaire en terme de montage, offre des rôles en or pour ses deux comédiennes principales Lilli Darvas et Mari Torocsik absolument bouleversantes. Mis en scène à la fois de manière naturaliste et minimaliste, « Amour » se révèle modeste, mais aussi sensible dans la peinture des sentiments. Tourné en 1970 (je le rappelle), « Amour » établit un parallèle avec la société d’aujourd’hui, comme lorsque Luca accueille chez elle des étrangers, et où la peur et la souffrance sont combattus par le courage au quotidien des personnages. Le happy-end final apporte une touche d’humanité empreinte d’espoir pour l’avenir sur la liberté.

 

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SCENARIO 76%
MISE EN SCENE 81%
ACTEURS 84%
PHOTOGRAPHIE 82%
APPRECIATION GENERALE 76%
Vote final

En salles le 21 décembre prochain, « Amour » développe une atmosphère intimiste, assez dramatique tout en plaçant ça et là quelques traits d'humour. Proche du cinéma de Robert Bresson, et pas si éloigné de Ingmar Bergman, celui de Karoly Makk mérite d'être redécouvert au travers de cette œuvre brève mais sincère et délicate.

Note finale 79%