Nos avis Ciné

Amanda : Une chronique familiale douce-amère lumineuse (En DVD le 2 avril)


Paris, de nos jours. David, 24 ans, vit au présent. Il jongle entre différents petits boulots et recule, pour un temps encore, l’heure des choix plus engageants. Le cours tranquille des choses vole en éclats quand sa sœur aînée meurt brutalement. Il se retrouve alors en charge de sa nièce de 7 ans, Amanda. 
  • Réalisateur(s): Mikhael Hers
  • Acteurs principaux: Vincent Lacoste, Stacy Martin, Isaure Multrier
  • Date de sortie: 21/11/2018
  • Nationalité: Française

Après « Memory lane » et « Ce sentiment de l’été », Mikhael Hers signe son troisième long-métrage, « Amanda » présenté au dernier Festival de Venise. Le cinéaste continue d’explorer la thématique du deuil, à l’instar de son précédent film (Ce sentiment de l’été) mais en se situant sur un terrain plus actuel et moins rétroactif. Hers explique dans ses interviews :« Dans mes précédents films, l’inspiration venait plutôt par un biais rétrospectif et mélancolique, qui me permettait de réinvestir une époque ou des lieux. Pour « Amanda » le point de départ était l’envie de parler du Paris d’aujourd’hui et de capturer quelque chose de la fragilité, de la fébrilité et de la violence de l’époque. Amanda est donc effectivement plus inscrit dans le présent et le quotidien que mes précédents films ».

Avec « Amanda », Mikhaël Hers sonde le Paris d’aujourd’hui, traumatisé par le terrorisme depuis le 13 novembre. Ce point d’ancrage, vu comme « la perte de repères et la prise de conscience de notre réalité ». Le film suit David, un horticulteur, fusionnel avec sa soeur Sandrine et la fille de cette dernière Amanda. Si le premier quart d’heure joue d’une certaine confusion volontaire où le retard successif des protagonistes participent à rendre le récit tourmenté, Hers nous présente ce socle familial qui semble trouver son équilibre. Mais le jour où un attentat éclate dans le bois de Vincennes et emporte la vie de Sandrine, cet équilibre vole en éclats. En l’absence de parents en France, David doit alors prendre Amanda en charge, et accepter ensemble l’inacceptable.

Si dans la prémonition funeste est de mise dans les dialogues (Sandrine qui intervient sur la dangerosité du monde quelque temps avant d’en être la victime), « Amanda » est avant tout un portrait de Paris à la fois intimiste et terriblement actuel. En assumant une certaine lenteur, le film met en valeur la résilience de ces êtres qui continuent à vivre malgré tout. On retrouve ici un Vincent Lacoste, dans un registre différent, celui du drame, où il s’en sort très bien. En témoigne ce moment fort où David doit annoncer la mort de Sandrine à sa fille Amanda. Extrêmement lumineux et solaire, étonnamment positif dans son ton, le film est pourtant traversé par des séquences difficiles, comme celui où la jeune fille se rend compte que la brosse à dents de sa mère a été retirée par David. Evidemment difficile, cet apprentissage du rôle de parent par le personnage de Vincent Lacoste est la grande force du film. La violence du film reste quasiment toujours en fond, n’est jamais outrancière. On est toujours à rebours de cette violence pour en retirer le positif, l’amour et la persévérance. A l’instar de ces scènes successives dans des parcs alors que la fusillade meurtrière ait eu lieu justement dans un parc, comme si le fait de se rendre dans le même lieu servait à exorciser son traumatisme, et à continuer à vivre.

Cette tragédie du deuil trouve aussi un écho, celui de la réunion des êtres éloignés, avec la mère de David, Alison, qui retrouve son fils et sa petite-fille lors d’un séjour de ces derniers à Londres. Même si le film contient quelques longueurs, on est toutefois captivés par cette chronique pleine de douceur et de tendresse. La dernière scène du film où Amanda et David assistent à un match de tennis à Wimbledon, où le « chouchou » d’Amanda est d’abord malmené avant de renverser la vapeur prouve qu’il faut toujours garder espoir, que la vie est un combat de chaque instant et qu’il faut continuer à vivre. Un très beau film !

 

email
SCENARIO 74%
MISE EN SCENE 82%
ACTEURS 80%
PHOTOGRAPHIE 79%
BANDE SON 69%
APPRECIATION GENERALE 79%
Vote final

En traitant le deuil dans le Paris d'aujourd'hui, "Amanda" est une chronique tendre et lumineuse qui met en valeur la résilience des êtres. On retrouve Vincent Lacoste dans un rôle à contre-emploi nettement plus dramatique, et on découvre la jeune Isaure Multrier, pétrie de talent. Une ôde au courage et au rapprochement des individus forte et intelligente.

Note finale 77%