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A bras ouverts : Une comédie trop caricaturale


Figure de la scène littéraire et médiatique française, Jean-Etienne Fougerole est un intellectuel humaniste marié à une riche héritière déconnectée des réalités. Alors que Fougerole fait la promotion dans un débat télévisé de son nouveau roman « A bras ouverts », invitant les plus aisés à accueillir chez eux les personnes dans le besoin, son opposant le met au défi d’appliquer ce qu’il préconise dans son ouvrage. Coincé et piqué au vif, Fougerole prend au mot son adversaire et accepte le challenge pour ne pas perdre la face. Mais dès le soir-même, on sonne à la porte de sa somptueuse maison de Marnes-la-coquette… Les convictions des Fougerole vont être mises à rude épreuve !

  • Réalisateur(s): Philippe De Chauveron
  • Acteurs principaux: Christian Clavier, Elsa Zylberstein, Ary Abittan
  • Date de sortie: 05/04/2017
  • Nationalité: Française

Ces six dernières années, Philippe De Chauveron a tourné pas moins de cinq films, faisant de lui un cinéaste prolifique : « L’élève Ducobu », sa suite « Les vacances de Ducobu » ou encore « Débarquement immédiat ». Mais sa carrière a connu un véritable tournant en 2014 avec « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu? », un véritable carton au box-office avec 12 millions de spectateurs. Alors qu’on a récemment appris qu’une suite est prévue, De Chauveron a voulu surfer sur ce succès avec « A bras ouverts », toujours avec Christian Clavier dans le rôle titre. La sortie du film est accompagnée d’une nouvelle polémique. Intitulé au départ « Sivouplééé », De Chauveron a dû changer le titre du film avec des accusations de racisme envers la communauté rom. Pourtant, hormis l’humoriste Ary Abittan, qui incarne Babik, le réalisateur a fait appel à des acteurs issus de la communauté rom et de Roumanie. Les acteurs ont passé beaucoup de temps avec eux afin d’éviter au maximum la caricature. Comme la semaine dernière avec « Gangsterdam », la presse a de nouveau vivement critiqué le film en raison de ses supposés clichés discriminants.

En tous les cas, le pitch du film, tout comme la première bande-annonce laissaient entrevoir une comédie teintée de politique assez rafraichissante. Au final, le bilan est plus contrasté. Tout commence lorsqu’un débat oppose Jean-Etienne Fougerole, intellectuel de gauche ouvert à l’accueil par la France de réfugiés et de roms, et Barzac, son opposant d’extrême-droite opposé à tout accueil, et dont son dernier ouvrage cartonne en librairie. Lors de ce débat acéré, Barzac va alors proposer à Fourgerole d’accueillir lui-même des roms dans le besoin, ce qu’il va être contraint de faire. Il ne s’attendait sans doute pas à ce qu’une famille de roms débarque le soir même chez lui.« A bras ouverts » repose sur un ressort classique simple : l’opposition de deux cultures antagonistes, à savoir ici la famille bobo humaniste et la communauté rom. Comme dans « Qu’est ce qu’on a fait au Bon Dieu? », on rit de tous les défauts des personnages. Fougerole, dont les principes humanistes théoriques vont se voir être durement mis en pratique, cette famille de roms montrée comme crasseuse et peu scrupuleuse, et parmi eux, un marseillais tout juste expulsé de chez lui, qui rêve de piquer la femme de Fougerole et de s’installer dans leur sublime propriété. En bref, tout le monde en prend pour son grade !

Comme on l’a déjà souligné ces derniers temps, Christian Clavier excelle une fois de plus dans son rôle burlesque, avec un jeu d’acteur, plus proche que jamais du jeu de Louis de Funès. Ary Abittan y aussi convaincant et incroyablement crédible dans son rôle de chef de famille. Le film repose sur cette question : « Peut-on rire de la misère? ». Certains films s’y sont essayés, comme par exemple « Affreux, sales et méchants » d’Ettore Scola. Le souci de cette comédie, c’est que, passé l’introduction du premier quart d’heure, le film est assez paresseux et ne parvient pas à proposer de sous-intrigues qui rendraient le tout corrosif ou passionnant. « A bras ouverts » souffre d’un réel souci d’écriture. Là où certaines séquences sont réussies (comme le repas partagé entre la famille Fougerole et les roms), le film se complait trop facilement dans la caricature et reste dans sa situation de départ sans toutefois en sortir. Le film pose aussi quelques soucis, comme celui de ne pas suffisamment remettre en question le discours extrémiste et isolationniste de Barzac, au moment où celui les principes moraux et humanistes de Fougerole sont constamment mis en pratiques. En cette période électorale, les maladresses peuvent paraître assez dangereuses.

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SCENARIO 61%
MISE EN SCENE 59%
ACTEURS 68%
PHOTOGRAPHIE 63%
HUMOUR 64%
APPRÉCIATION GENERALE 63%
Vote final

Finalement, si Philippe De Chauveron avait clairement l'intention de reproduire le film qui l'a fait émerger « Qu'est ce qu'on a fait au bon Dieu », « A bras ouverts » est une comédie nettement plus bancale. Très caricatural, le scénario souffre surtout de son défaut d'écriture, comme trop souvent dans les comédies françaises actuelles.

Note finale 63%